Haffner Energy en Bourse pour produire de l’hydrogène à empreinte carbone négative à 1,5 euro le kg

Prête à déployer sa technologie de production d’hydrogène ou de gaz négatif en carbone, la PME de Vitry-le-François (Marne) a lancé le 31 janvier son introduction en Bourse sur Euronext Growth à Paris.

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Unité pilote d'Hynoca d'Haffner Energy dans les ateliers du distributeur strasbourgeois de gaz R-GDS
Haffner Energy a validé sa technologie Hynoca dans une unité pilote qui produit en continu depuis juin 2021 à Strasbourg jusqu’à 264 kg d’hydrogène décarboné par jour à partir de biomasse.

Fini la cogénération. Depuis un an, Haffner Energy, start-up de Vitry-le-François (Marne) issue du bureau d’études Soten spécialisé dans les centrales biomasse et les unités de valorisation des déchets, ne travaille plus que sur sa technologie de production d’hydrogène décarboné à partir de biomasse. Elle est désormais prête à être industrialisée.

Une unité pilote d’une capacité de thermolyse de 300 kg de bois par jour, installée en mars dans les ateliers du distributeur strasbourgeois de gaz R-GDS, «tourne en continu depuis juin et produit jusqu’à 264 kg d’hydrogène par jour, se félicite Marc Haffner, co-fondateur et directeur général technique de l’entreprise.Nous avons validé les deux étapes clés de notre procédé Hynoca (Hydrogen no carbon) de production d’un gaz de synthèse décarboné riche en hydrogène (Hypergas) par thermolyse et vapocraquage de biomasse. L’étape de purification, pour extraire l’hydrogène de cet hypergaz, étant standard». Le gaz obtenu correspond aux attentes.  «Il est équivalent à celui produit par SMR (vaporeformage) du gaz naturel», qui permet de produire l’hydrogène gris utilisé aujourd’hui par l’industrie.«Au même prix de 1,5 euro le kilo», assure le dirigeant et cofondateur de l’entreprise, Philippe Haffner (le frère de Marc). Le coût pouvant grimper à 3 euros le kilo, dépendant de la taille du projet et de sa proximité avec le lieu de consommation.

Le CO2 séquestré dans un fertilisant

Sauf que le procédé d’Haffner Energy, au lieu d’émettre du CO2, en capture. Le procédé séquestre dans du biochar - un fertilisant pour les sols coproduit par le procédé à hauteur 5,5 kg par kg d'hydrogène - «16 kilo de CO2 par kilo d’hydrogène produit, compte tenu des émissions amont du procédé (énergie et matériel), soit [un bilan de]  -12kg CO2/KgH2 net et -0,5kg CO2/KWh PCi lorsque l’Hypergas  est utilisé directement dans un procédé thermique comme les fours, explique Philippe Haffner. Alors que la production d’hydrogène bas carbone par électrolyse émet environ 2kg CO2/kg d’hydrogène». Haffner, qui réalise séparément et à seulement 500°C dans Hynoca les deux opérations de thermolyse et le craquage des molécules de gaz, fait également mieux en termes d'émissions que les procédés de pyrogazéification de la biomasse à plus de 1000 °C, ce qui empêche la séquestration du CO2 de l’opération dans du biochar.

Des données validées par Det North Veritas (DNV). Haffner a fait auditer son unité pilote en novembre et décembre 2021 par le cabinet norvégien, «qui a  confirmé les performances annoncées et évalué la technologie Hynoca, protégée par 15 familles de brevets, au TRL 8», explique Marc Haffner. Le procédé fonctionne avec sept fois moins d’électricité que l’électrolyse et utilise «une biomasse durable issue des déchets agricoles ou forestiers inexploités et non confrontés à une concurrence d’usage, celle dont personne ne veut», assure Philippe Haffner. Deux atouts qui permettront aux unités Hynoca, embarquées dans des conteneurs de 40 pieds, de produire 24 heures sur 24 sans être tributaires des cours de l’énergie ni de l’approvisionnement en matière première.

Du gaz de synthèse décarboné

Une capacité qui a déjà séduit le spécialiste des énergies renouvelables et de la biomasse GreenVolt. Il a retenu le procédé d’Haffner Energy dans son offre hybride photovoltaïque hydrogène décarboné, pour la conversion de la centrale électrique à charbon de Pego au Portugal. L’installation aurait une capacité de production de 20 tonnes d’hydrogène par jour, soit une trentaine de modules Hynoca. Ces derniers peuvent produire entre 360 et 720 Kg/j d’hydrogène, équivalent d’un électrolyseur de 4,5 MW.

En novembre, Haffner Energy avait également annoncé un accord de fourniture d’équipements Hynoca avec la société d’investissement Kouros, pour décarboner le transport de marchandises, avec deux projets en Bourgogne en lien avec le réseau de stations services Avia. Malgré l’absence d’une équipe commerciale dédiée, Haffner Energy affiche déjà un carnet de commandes de 32 millions d’euros, 78 millions d’euros de projets en mobilité et 128 millions d’euros «de projets industriels robustes dans lesquels nous avons établi des offres», précise Philippe Haffner. Un succès «qui s’accélère avec l’envolée des prix de l’électricité. On est les seuls à avoir cette double production de gaz et d’hydrogène carbone négatif». Car Haffner Energy compte bien aussi commercialiser une offre de production de gaz négatif en carbone, avant lavage pour extraire l’hydrogène.

360 emplois industriels à créer

Pour répondre à la demande, les frères Haffner se sont résolus à aller chercher des capitaux en Bourse, sur Euronext. Ils espèrent lever environ 73 millions d’euros. Plusieurs industriels devraient souscrire, dont Eren Industries (services à l'environnement), le cimentier Vicat et le fabricant de stations hydrogène isérois HRS, avec qui Haffner Energy vient de signer un partenariat commercial. Environ 45% des sommes levées serviront au déploiement industriel d’une unité d’assemblage de 10 000 m2 en 2024, sur un site détenu en propre par l’entreprise. Il aura une capacité de 200 modules par jour. Les pièces pourront être sourcées chez des sous-traitants et équipementiers de la région Grand-Est.

Concept de station hydrogène Hynoca d'Haffner Energy et HRSHaffner Energy
Concept de station hydrogène Hynoca d'Haffner Energy et HRS Concept de station hydrogène Hynoca d'Haffner Energy et HRS

Le reste des fonds levés ira pour 25% au développement commercial, notamment en Italie, en Allemagne et aux États-Unis, pour 20% à la R&D, avec notamment l’installation d’une unité pilote ouverte aux essais des clients, et pour 10% à l’investissement minoritaire en capital dans les projets des clients. L’entreprise prévoit un chiffre d’affaires de 30 millions d’euros pour son exercice 2022/2023 et de 250 millions d’euros en 2026. Ses effectifs devraient passer de 28 personnes aujourd’hui à plus de 500 d’ici à cinq ans, dont 360 en production.

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