Ce ne sera pas le premier réseau de transport d’hydrogène gazeux transfrontalier d’Europe. Air Liquide, notamment, en opère déjà un, privé, entre la France et la Belgique. Mais ce sera le premier hydrogénoduc transfrontalier «ouvert» à tous producteurs et clients «sans discrimination en Europe», assure Antony Mazzenga, le directeur du développement de GRTGaz, filiale indépendante de transport de gaz d’Engie.
Le gestionnaire de réseau de gaz français a annoncé le 10 avril sa décision d'investir 40 millions d’euros dans le projet MosaHyc, en collaboration avec son homologue allemand Creos Deutschland Wasserstoff, filiale hydrogène de l’opérateur réseau Creos Deutschland. Le projet, d'un montant total de 110 millions d'euros, avait été lancé en 2020. Un groupement d’intérêt économique, baptisé Grande Région Hydrogène, a été créé pour le développer. Il compte parmi ses membres cinq entreprises ayant des projets de production d’hydrogène par électrolyse pouvant se raccorder à MosaHYc : les français Verso Energy, Gazel Energie et H2V et les allemands RWE et IQONY.
Ensemble, ils vont mettre en service d’ici à fin 2027 une canalisation de transport d’hydrogène de 90 kilomètres. Elle comprendra 70 kilomètres de gazoducs existants convertis, dont 50 en France, entre les bassins industriels de Carling-Saint-Avold en Moselle côté français et de la Sarre, notamment pour alimenter en hydrogène le site sidérurgique de SHS-Stahl-Holding-Saar de Dilligen, le premier client de MosaHYc.
Creapix - GRTgaz SHS a en effet décroché une subvention de l’Etat allemand et du Land de la Sarre de 2,6 milliards d’euros pour fermer ses hauts fourneaux et produire de l’acier vert. Mais, l'Allemagne ne disposant pas assez d'électricité décarbonée pour que l'industriel puisse produire sur place son hydrogène en vue d'alimenter ses installations de réduction directe de minerais (DRI), il a réservé pour 25 ans 80% de la capacité du projet Mosahyc, qui est de 100 000 nm3h. De quoi lui fournir 50 000 tonnes d’hydrogène par an. Le fournisseur n’est pas encore choisi. L’aciériste a lancé un appel à projets pour le sélectionner en vue d’une signature de contrat d’ici à la fin 2024.

- 69.4+7.26
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
- 1.2165+5.8
27 Mars 2026
Gazole France HTT€/litre
- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
80% des capacités déjà réservées
Le projet MosaHYc a été reconnu projet d’intérêt commun au niveau européen, ce qui devrait simplifier les démarches administratives des deux côtés de la frontière et donner accès au guichet de financement Connecting Europe Facilities. «Nous allons y présenter MosaHyc avec une dimension d’optimisation du tarif de transport», explique Antony Mazzenga. Car si SHS a pu négocier un tarif de transport très compétitif, GRTgaz et Creos doivent encore trouver des clients pour les 20% des capacités restantes. Pour ce projet, GRTgaz n’a pour l’instant obtenu que 7,6 millions d’euros d’aide de France 2030 sur le volet innovation lié à la conversion des canalisations de gaz à l’hydrogène. «Un tarif type de transport d’hydrogène est entre 11 et 21 centimes d’euros par kilogramme et par 1000 km soit entre 4 et 8 euros du MWh/1000 km. C’est très peu alors qu’on parle d’un coût de production autour de 4 euros le kg», indique le responsable du développement de GRTgaz.
Mosahyc n’est qu’un début. GRTgaz a en portefeuille neuf projets de canalisation de transport d’hydrogène dont cinq transfrontaliers. Ils représentent un investissement de l’ordre de 7 milliards d’euros. Six de ces projets, HY-FEN, MosaHYc, RHYn, DHUNE et WHHYN et BarMed, ont été labellisés «projet d’intérêt européen». Leurs mises en service sont, pour l’instant, prévues entre 2028 et 2030. Mais GRTgaz a lancé des appels à manifestations d’intérêt pour s’assurer des potentiels clients.



