Entretien

Glyphosate, l'après-OGM avec les NBT, robotique... Entretien exclusif avec le ministre de l'Agriculture Julien Denormandie

Dans un entretien exclusif avec L'Usine Nouvelle, le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie défend le rôle de l’innovation dans la transition écologique.

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Julien de Denormandie ministre de l'agriculture
Julien Denormandie, ministre de l'agriculture, estime que l'innovation est un levier pour la transition agroécologique.

L'Usine Nouvelle. - Où en est-on de la sortie du glyphosate ?

Julien Denormandie. - A l’heure actuelle, une exploitation sur trois est déjà sortie du glyphosate et une sur trois a entamé sa transition. Cela signifie que, contrairement à ce que certains disent, le changement est déjà profondément là. Au-delà de cet herbicide, si l’on considère les produits prioritaires dits CMR1, entre 2016 et 2019, leurs ventes ont chuté de 83%. Ces chiffres illustrent que la transition est, contrairement à ce que certains disent, sous nos yeux. Pour accompagner les agriculteurs, nous investissons dans la recherche et nous accompagnons les agriculteurs, notamment au travers de France Relance et de crédits d’impôt.

Quelle est désormais la position de la France sur l’interdiction du glyphosate ?

Notre position est de dire que nous devons sortir du glyphosate à chaque fois que cela est possible ; c’est-à-dire en ne laissant personne sans solution. Cela signifie qu’à chaque fois qu’il y a une solution viable disponible à mettre en œuvre, nous l’encourageons. Cela veut aussi dire accélérer l’effort de recherche pour trouver de nouvelles solutions. Comme l’a rappelé le Président de la République, cette position doit également être portée au niveau européen car nous sommes dans un marché commun et donc les transitions doivent être portées à cette échelle pour éviter toute distorsion de concurrence.

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"Nous devons sortir du glyphosate à chaque fois que cela est possible"

Plus largement, il faut cesser d’opposer agriculture et environnement. Cela ne fait aucun sens. Le monde agricole chérit l’environnement. Son bien le plus précieux est le sol. Il faut en revanche toujours avoir en tête que les transitions environnementales seront d’autant plus rapides qu’elles seront créatrices de valeur pour l’agriculture. Or, ce n’est pas suffisamment le cas aujourd’hui. C’est cela qui doit être accéléré. La transition agroécologique sera d’autant plus rapide qu’elle aura un impact positif sur le compte de résultat des agriculteurs.

Quel est le rôle de l’innovation dans cette transition agro-écologique ?

L’innovation permet d'asseoir notre souveraineté alimentaire, de remplir la mission de l’agriculture de nourrir les Français avec une alimentation de qualité et de faire face aux défis du changement climatique. Or, le monde agricole n’est généralement pas perçu comme un monde innovant. Ce qui est contraire à la réalité. On constate en effet que l’innovation y est incroyablement présente. Aujourd’hui, le nombre d’agriculteurs utilisant le numérique est supérieur à la moyenne nationale ; en 2017, un drone sur deux utilisés dans le civil l’est par le secteur agricole, 50% des agriculteurs utilisent les données satellitaires pour la gestion de leur exploitation… Il est important de montrer à quel point ce secteur est moderne, innovant et offensif. Cela permettra également de répondre à l’enjeu majeur du renouvellement générationnel de notre monde agricole.

Comment ça ?

Dans les dix années qui viennent, un agriculteur sur deux arrivera à l’âge de la retraite. De son côté, la nouvelle génération est profondément attirée par le travail sur le vivant mais recherche également des métiers modernes et innovants. En rétablissant cette image résolument innovante du monde agricole, un certain nombre de vocations se déclareront notamment chez les plus jeunes.

Vous vous êtes rendu le 4 mars chez Naïo Technologies. Comment le gouvernement accompagne-t-il l’évolution du secteur des agroéquipements ?

A l’image de Naïo Technologies, il y a aujourd’hui tout un vivier d’entreprises qui innove dans le secteur de l’agroéquipement. Notre rôle est de rendre accessibles ces solutions. En accompagnant la modernisation et la performance environnementale des agroéquipements, l’agriculture gagnera en efficacité, réduira les intrants et sera moins dépendants de la ressource en eau. Au final, elle gagnera en souveraineté.

Comment faire ?

Dans le cadre de France Relance, nous avons mis à disposition 215 millions d’euros pour financer le renouvellement des équipements. En moins d’un mois, plus de 15 000 dossiers ont été déposés par les agriculteurs. Cela illustre le besoin et l’appétence du monde agricole sur le sujet. Par ailleurs, une première analyse des dossiers montre que 75% du matériel acheté avec ces 215 millions d’euros est du matériel de substitution comme le remplacement de pulvérisateurs par des bineuses… Cela conforte une réalité ; cette modernisation est mise au service des différentes transitions.

"Il faut faire évoluer un certain nombre de réglementations", comme celle sur les OGM

Quels sont les autres leviers d’innovation dont disposent les agriculteurs ?

La révolution de la data concerne aussi le monde agricole. Ce sujet ouvre des opportunités et doit être traité de manière volontariste pour ne pas laisser à d’autres l’hégémonie sur l’acquisition de la data et leur utilisation. Aujourd’hui, c’est le secteur du machinisme qui récupère la data agricole, or la data doit être mise au service du monde agricole dans sa totalité. C’est pourquoi nous soutenons des initiatives comme Numagri ou Agdatahub. Ces plates-formes permettent d’avoir accès à une utilisation simplifiée et interconnectée des données, de répondre aux exigences de traçabilité des produits, d’accompagner les agriculteurs dans la gestion logistique et l’optimisation des intrants avec un volet prédictif. Ce volet de la data ouvre également la porte de l’utilisation de l’intelligence artificielle. Le recours à la donnée permettra d’avoir demain une robotique extrêmement forte, une gestion par GPS et une coordination des différents outils connectés incroyablement puissante.

Quid de la sélection variétale dans ses transitions ?

C’est un sujet fabuleux. Et depuis de nombreuses années, la France est à la pointe de la recherche variétale notamment grâce à la recherche publique menée à l’INRAE, au rôle des instituts techniques et des semenciers. Je mets beaucoup d’espoir dans cette source d’innovation notamment pour répondre aux défis les plus complexes comme le stress hydrique des plantes et des forêts. La recherche variétale est un angle très pertinent. Mais il faut que la recherche soit en adéquation avec les transitions que l’on présage à trois, cinq et dix ans. Aujourd’hui nous voyons qu’il y a des sujets sur lesquels nous arrivons trop tard, dans lequel nous sommes confrontés à des impasses sur un certain nombre de transitions à l’image du débat sur la betterave.

Ces sujets sont toutefois au centre de nombreuses polémiques…

Il faut avoir le courage politique de porter ces sujets d’innovation et de les considérer comme une source de progrès. Je suis convaincu que le débat politique n’est pas l’émotion et la vertu, mais la raison. Je crois à un débat où on remet la raison et la science au cœur des discussions.

Comment faire pour y parvenir ?

Il faut aussi être extrêmement pédagogue et poser le débat en des termes scientifiques, pragmatiques, loin de toute idéologie ou dogme quel qu’il soit. Les NBT [Nouvelles techniques d’amélioration des plantes, qui font appel à l'édition du génome, ndlr], ce sont des techniques. Et ces techniques permettent une accélération de la sélection végétale. Cela veut dire qu’une plante issue des NBT est une plante qui, un jour donné, dans un endroit donné du globe, aurait pu apparaître ou être développée par des méthodes classiques de sélection variétale… mais beaucoup plus lentement ! Il faut profondément expliquer tout cela.

Qu'en est-il du contexte réglementaire ?

Il est nécessaire de préciser voire de faire évoluer un certain nombre de réglementations. Aujourd’hui, nous avons une réglementation européenne [portant sur les OGM, ndlr], qui date de 2001, et qui n’est plus en adéquation avec la réalité scientifique. Nous attendons le rapport de la Commission européenne sur le sujet. Ce dernier doit intervenir ce printemps.

Propos recueillis par Adeline Haverland et Pascal Gateaud

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