"L'agriculture de demain sera responsable et innovante. Elle prendra en compte les attentes sociétales, la performance économique et sera une solution au changement climatique".Ce futur, c’est celui décrit par Thierry Blandinières. En marge de la convention annuelle de la coopérative agricole en décembre 2019, le directeur général d’InVivo dessinait déjà les contours de la troisième voie de l’agriculture, "à la croisée de l’agriculture conventionnelle et du 100 % bio" dans laquelle le groupe, qui rassemble 210 coopératives adhérentes pour un chiffre d’affaires de 5,2 milliards d’euros en 2018, s’est lancé.
Ce projet repose sur la raison d’être dont InVivo s’est dotée en 2019 : fédérer les coopératives pour transformer durablement l’agriculture et assurer la qualité alimentaire en France et dans le monde. "Notre ambition est de participer à la transformation de la société. L’agriculture se situe au cœur des grands enjeux mondiaux contemporains et le statut de société à mission est une opportunité pour notre groupe de concilier profitabilité et objectifs sociaux impactants", commente Thierry Blandinières.
Une place de marché à la façon d’Amazon
Pour accomplir cette transformation, InVivo dispose d’une large palette d’outils au sein de laquelle le numérique occupe une place de choix. Pour preuve : la création de l’InVivo digital factory, une entité dédiée au sujet. Cette dernière a pour mission d’accélérer la transformation digitale du secteur, notamment via l’agriculture de précision. "L’agtech sera la pierre angulaire de ces nouveaux modes de production", précise Thierry Blandinières. "La R & D et les nouvelles technologies apporteront les solutions qui permettront de réaliser ce qui aujourd’hui semble impossible", ajoute le responsable.
L'amazon des agriculteurs
Il fait notamment référence aux problématiques de réduction des intrants, d’état des sols, de protection de la biodiversité, de traçabilité et d’efficacité économique. Principal projet de la digital factory, Aladin.farm a été lancé en fin d’année 2019. Cette plate-forme, que les professionnels du secteur surnomment déjà l’"Amazon des agriculteurs", propose plus de 3 000?références de produits et services pour accompagner la" troisième voie de l’agriculture".
Dans le détail, bien que Aladin.farm mette à disposition tous types de produits, son algorithme favorise les références alternatives comme celle des filières "de qualité". On retrouve ainsi les gammes nécessaires à la production du blé responsable Lu Harmony. "Aladin nous permet d’outiller l’amont des industriels, mais également de sortir d’une logique descendante où les agriculteurs dépendent des demandes des fournisseurs, pour être désormais moteurs de l’évolution des pratiques agricoles", explique Antoine Poupart, le directeur stratégique de Bioline, l’une des filiales d’InVivo qui a participé à la création de la place de marché.
Open innovation sur l’ensemble de la foodchain
Parmi les solutions proposées, celles développées par Bioline figurent en bonne position. Fer de lance du pivot entamé par Invivo, la filiale acquise en 2016 entend devenir le leader de l’agrodigital d’ici à 2025. Pour y parvenir, Bioline compte sur les solutions de sa filiale, l’éditeur de logiciels Smag. Son dernier outil de gestion parcellaire, AgrOptimization System, a pour but d’optimiser la fertilisation et le meilleur usage des sols, "il est l’illustration de la nouvelle voie que cherche à tracer InVivo", observe Antoine?Poupart.
Répérer les start-up
L’offre d’InVivo est complétée par les nombreuses start-up avec lesquelles elle travaille. Pour les repérer, la coopérative a lancé, il y a trois ans, InVivo quest, un programme de soutien à l’agtech, à la foodtech et à la winetech.
L’objectif de cet incubateur est d’identifier les initiatives qui permettront de créer l’agriculture de demain et leur permettre de bénéficier des infrastructures des coopératives adhérentes. Ainsi, des pépites comme Telaqua, qui surveille à distance les systèmes d’irrigation grâce à des capteurs, et Natup, qui optimise l’eau d’abreuvoir en élevage, ont pu accéder aux "fermes leaders".
Ce réseau, mis en place depuis 2018, est "un living lab dans lequel des agriculteurs de toute la France acceptent de tester les nouvelles technologies", détaille Antoine Poupart. De quoi permettre aux jeunes pousses de valider leurs technologies dans des contextes climatiques ou géologiques variables, et à la coopérative de les valoriser plus facilement auprès des agriculteurs. "Notre objectif est de créer un écosystème à partir des acteurs économiques déjà en place et non de disrupter la chaîne de valeur", se défend Antoine Poupart.
Un message qui sonne comme un pied de nez à Amazon dont les ambitions dans l’agtech sont de plus en plus pressantes.



