Frénésie de contrats et de milliards pour réserver des vaccins Covid dans le monde

Contrats et accords se multiplient sur la planète pour réserver des centaines de millions de doses de vaccins contre le SARS-CoV-2 auprès des développeurs et producteurs. Ce qui débloque des milliards d’euros de financement pour soutenir les programmes de développement. L’OMS essaie de calmer le jeu auprès des gouvernements en prônant une mobilisation planétaire plutôt que la défense des seuls intérêts nationaux.

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Les gouvernements multiplient les contrats quand l'OMS souhaite une mobilisation commune pour un vaccin Covid.

AstraZeneca indique avoir déjà obtenu des garanties pour écouler près de 3 milliards de doses de son futur vaccin contre le SARS-CoV-2, qu’il élabore en partenariat avec l’Université d’Oxford. Le 14 août, le laboratoire anglo-suédois a annoncé qu’un accord avait été conclu avec la Commission européenne pour 300 millions de doses et une option pour 100 millions supplémentaires. Ces dernières semaines, AstraZeneca a conclu de tels accords avec la Russie, l’Australie, la Corée du Sud, la Chine, le Japon, ou encore le Brésil. Sans compter les Etats-Unis qui pourraient injecter jusqu’à 1,2 milliard de dollars (1 milliard d’euros) pour au moins 300 millions de doses de ce vaccin, selon le contrat signé en mai dernier.

Les Etats-Unis en première ligne...

Face à la pandémie qui continue de s’étendre sur la planète, de nombreux gouvernements s’activent pour tenter de sécuriser des doses de futur vaccin pour lutter contre le Covid-19. Les Etats-Unis, pays le plus touché au monde aussi bien en nombre de cas que de décès, sont en première ligne et dépensent abondamment. Le dispositif national Operation Warp Speed, piloté par plusieurs ministères et administrations, vise à obtenir 300 millions de doses initiales d’un vaccin dès janvier prochain.

... avec 10 milliards de dollars d’engagements

Depuis mars, huit accords d’envergure, allant de 450 millions à 2 milliards de dollars chacun, ont été conclus avec des entreprises de biotechnologies comme Moderna ou Novavax ainsi que des géants pharmaceutiques des vaccins, comme AstraZeneca, Pfizer, Johnson & Johnson (J&J), ou encore GSK et Sanofi. Au total, l’Operation Warp Speed est déjà engagée sur un potentiel de plus de 10 milliards de dollars de dépenses publiques pour immuniser au plus vite la population américaine !

Quatre grands accords en Europe

L’Union européenne est à ce stade un peu plus prudente avec seulement quatre grands accords conclus. Le 20 août a été officialisé un contrat portant sur 225 millions de doses pour le projet de vaccins de l'Allemand CureVac. Trois autres ont été signés ces dernières semaines: avec AstraZeneca le 14 août pour 300 millions de doses, avec Janssen Pharmaceutical, filiale de J&J, le 13 août pour 200 millions de doses, et avec Sanofi et GSK le 31 juillet, pour l’achat en avance de 300 millions de doses. Contrairement à l'administration américaine, l'UE ne dévoile pas les montants envisagés par ces contrats.

L’OMS contre le nationalisme

Cette frénésie d’accords en tous genres sur la planète ne plaît guère à l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). "Nous devons absolument empêcher le nationalisme en matière de vaccins", a ainsi déclaré le 18 août, au cours d’une conférence de presse en ligne, Tedros Adhanom Ghebreyesus. Le directeur général de l’OMS note que les "dirigeants du monde souhaitent tout d’abord protéger leur propre population", alors que la "riposte à la pandémie doit être collective", car "personne ne sera en sécurité tant que tout le monde ne le sera pas".

Un mécanisme commun pour couvrir 20% de la population mondiale

L’OMS vient ainsi tout juste d’expédier des courriers à chacun de ses Etats membres pour les encourager à rejoindre le mécanisme Covax d’achats groupés de vaccins. L’objectif du Covax, mené avec deux organisations internationale, le Gavi et la Coalition for Epidemic preparedness innovations (CEPI), est de distribuer avant la fin 2021 environ 2 milliards de doses de vaccins approuvés afin de couvrir environ 20% de la population mondiale.

Le mécanisme Covax doit se dérouler en deux phases. La première consiste en la répartition simultanée, et de façon proportionnelle, de doses à tous les pays participants, avec une attribution prioritaire aux professionnels de soins et de santé ainsi qu’aux personnes les plus à risques. La seconde phase vise à attribuer des doses supplémentaires en fonction des besoins, de la vulnérabilité et de la menace du Covid-19 selon les pays.

18 milliards de dollars de besoins

L’OMS compte dévoiler le 31 août les pays engagés dans le Covax. Aujourd’hui 165, dont 75 prêts à participer au financement et 90 qui n’en n’ont pas les moyens, seraient intéressés. Au total, l’OMS estime qu’il faudrait lever un peu plus de 18 milliards de dollars (plus de 15 milliards d'euros) pour mener le Covax à bon terme jusqu’à fin 2021. La moitié de cette somme serait destinée à soutenir financièrement la R&D pour la mise d’un ou plusieurs vaccins. Car sur près de 170 vaccins recensés en développement aujourd’hui, et à l’image des développements pharmaceutiques habituels, la grande majorité n’aboutira pas, que ce soit par manque d’efficacité ou de sécurité.

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