En 2022, l’inflation devrait atteindre 5,7% dans les pays avancés, et même 8,7% dans les économies émergentes et en développement, selon le Fonds monétaire international. Implanté dans 52 pays à travers ses 270 usines et présent commercialement dans 150 pays, le géant tricolore du lait Lactalis en ressent forcément les effets.
« Cette accélération de l’inflation, on ne l’avait pas anticipée. Nous prévoyons une hausse de 15% de nos matières premières cette année, soit trois milliards d’euros de coûts supplémentaires », a reconnu Thierry Clément, le directeur général des opérations du groupe, lors de la présentation de ses résultats 2021 mercredi 4 mai à Boston, aux Etats-Unis. L’annonce de la nomination de Thierry Clément à ce nouveau poste a eu lieu en mars dernier, quelques semaines seulement après l’éviction de l’ancien directeur général Philippe Palazzi.
Difficile de répercuter les hausses
L’impact de l’inflation sur le groupe a commencé bien avant la guerre en Ukraine. « L’inflation du coût des matières premières, des emballages et de la logistique a débuté dès septembre dernier. Nous n’avons pas été capables de répercuter cette hausse à nos clients », a indiqué Emmanuel Besnier, le président de Lactalis. Petit-fils du fondateur de l’entreprise et fils de Michel Besnier, qui l’a développée à partir de 1955, Emmanuel Besnier détient avec son frère Jean-Michel Besnier et sa sœur Marie Besnier-Beauvalot 100% de ce groupe non coté. « Les distributeurs n’ont pris les hausses que de manière très, très modérée au 1er mars [date de clôture des négociations commerciales sur les marques nationales, ndlr].Cela représente la moitié de ce qu’il aurait fallu pour faire face au niveau de l’inflation », a-t-il poursuivi.

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Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
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Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
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Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Conséquence : le résultat courant (résultat d’exploitation diminué des charges financières) du premier groupe laitier au monde a reculé de 2,42% en 2021, pour atteindre 5,3% de son chiffre d’affaires, contre 5,7% en 2020 et 5,9% en 2019. Il s’est établi à 1,171 milliard d’euros, alors qu’il était encore de 1,2 milliard l’année précédente. Les bénéfices du groupe s’élèvent à 445 millions d’euros, soit 2% du chiffre d’affaires, un pourcentage stable en comparaison avec 2020, et dans la moyenne basse des dernières années. Ses investissements ont représenté 650 millions d’euros sur l'année écoulée, dont 200 millions environ pour la France et 100 millions présentés comme étant en faveur de l’environnement. En 2020, le montant des investissements de cette entreprise de 85 500 salariés était inférieur de 30 millions d’euros.
Une dette nette en forte hausse
Egalement douzième groupe mondial de l’alimentaire, Lactalis a réalisé 22 milliards de chiffre d’affaires en 2021, en croissance de 4,2%. Plus de la moitié de l'activité provient d'Europe (55%), 27% des revenus sont issus du continent américain et 12% en Océanie et en Asie. Le fromage est l’activité phare du groupe avec 36% du chiffre d’affaires, devant le lait de consommation (21%), l’ultra-frais avec les yaourts et les desserts (15%) et le beurre et la crème (13%). Sur ces segments, Lactalis a renforcé l’ensemble de ses parts de marché en valeur en France. « Notre croissance a été essentiellement organique et les écarts de change par rapport à l’euro minorent le chiffre d’affaires, a expliqué Emmanuel Besnier. L’impact des acquisitions des fromages naturels de Kraft aux Etats-Unis et de Leerdammer en Europe sur le chiffre d'affaires est moindre, car ces opérations ont eu lieu respectivement en décembre et en octobre derniers. »
D’un montant de 2,7 milliards d’euros, l’opération sur les fromages naturels de Kraft pèse en revanche déjà fortement sur la dette nette du groupe. Elle a gonflé de 1,8 milliard d’euros entre 2020 et 2021, pour atteindre environ 7 milliards d’euros.
Deux nouvelles acquisitions
Celle-ci devrait continuer à se creuser dans une moindre mesure avec deux acquisitions de taille moyenne. Lactalis a annoncé le rachat dans les semaines à venir de l’entreprise australienne Jalna, qui fabrique des yaourts grecs et bio en pots. La seconde opération porte sur l’activité lait frais, yaourt, quark et crème de la coopérative bavaroise Bayerische Milchindustrie. « Nous avons déjà connu ce niveau de dette. Notre groupe réinvestit ses résultats dans l’entreprise, donc nous sommes capables de nous désendetter. D’autant que nous sommes désormais plutôt dans une phase d’intégration », a précisé Emmanuel Besnier.
Cette phase d’intégration pourrait bien être de courte durée. Questionné sur l'intérêt de Lactalis pour participer au projet de Danone de réaliser une rotation de portefeuille de 10% de son chiffre d’affaires, Emmanuel Besnier a laissé entendre que des opportunités dans les produits laitiers pourraient être étudiées. Le patron n’a en revanche pas fait de commentaires sur un hypothétique rachat de Danone, une perspective qui agite le monde de l’agroalimentaire.



