« Grâce à notre modèle très diversifié en termes d’activités et de géographie, Air Liquide réalise à nouveau une performance opérationnelle très solide, en 2024, dans un contexte macroéconomique atone», abonde François Jackow, le dg du groupe français spécialisé dans la fourniture de gaz industriels. « C’est une année record. En termes d’augmentation de marge et de projets majeurs remportés, sans oublier la progression de tous nos indicateurs financiers », complète Jérôme Pelletan, le directeur financier d’Air Liquide.
En croissance comparable (hors effets de change, énergie et de périmètre significatif), le chiffre d’affaires (CA) global d’Air Liquide a progressé de 2,6 %, pour atteindre 27,6 milliards d’euros. « Toutes nos activités Gaz & Services, soit 95 % des ventes du groupe, sont en croissance », précise François Jackow. En données publiées, le CA est en revanche ressorti à - 2 %, « reflétant un effet de change négatif et la baisse des prix de l’énergie dont les variations sont répercutées à nos clients », explique-t-il.
Entre autres grâce à son plan de transformation, annoncé à la mi-2024, visant à simplifier son organisation interne, Air Liquide annonce avoir d’ores et déjà généré 497 M€ d’économies, surpassant l’objectif fixé de 400 M€. Mais ce que le groupe brandit surtout, c’est l’augmentation « sans précédent » de sa marge opérationnelle : + 1,1 %, hors effet énergie en 2024. Le p-dg raconte : « Si on regarde la performance passée, elle augmentait historiquement d’environ 0,1 à 0,2 % par an. Entre 2019 et 2023, nous sommes passés à la vitesse supérieure, avec 0,7 à 0,8 % de hausse annuelle. Et en 2024, on a dépassé 1 %. »
Trois leviers ont permis de la faire progresser, explique le directeur financier : « Les économies record de 500 M€, la gestion dynamique des prix (+ 4 %) dans l’Industriel marchand et une gestion dynamique du portefeuille d’activité, avec des acquisitions et des cessions stratégiques. »

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Aussi, le groupe annonce relever – à l’instar de l’année précédente – son ambition de marge. En somme, cela se traduit par le prolongement de son plan stratégique quadriennal Advance (2022-25), qui s’étend désormais jusqu’à l'année 2026. Avec comme nouvelle ambition, et alors même que l’objectif initial a déjà été doublé, de viser 4,6 % de hausse entre 2022 et 2026, ce qui impliquera de réaliser une hausse cumulée de 2 %, sur 2025 et 2026.
Selon l’AFP, le groupe a ainsi décidé « d’étendre d’un an la période prévue pour remplir les objectifs de son plan Advance (2022-25), en les musclant au passage ». À la question d’un journaliste qui s’interroge sur les raisons de cette « prolongation », pointant un potentiel « retard » dans l’annonce d’un nouveau plan stratégique, le p-dg répond qu’« il n’a jamais été question de tenir un Capital Markets Day en 2025 », la date prévue ayant toujours été celle de 2026.
Hydrogène bas-carbone et CCS, deux domaines d’investissement privilégiés
« Outre la marge, il faut aussi retenir nos succès commerciaux majeurs qui se traduisent par des niveaux d’investissements record, 4,4 Mrds € en 2024, gage de croissance future », déclare le p-dg. Et ce, dans les secteurs traditionnels du groupe ainsi que ceux portés par les transformations liées à la transition énergétique et aux semi-conducteurs, surtout aux États-Unis (50 % des investissements), mais aussi en Europe, et en Asie. Avec, comme facteur de différenciation, la technologie, « notre marque de fabrique », ajoute-t-il.
Ainsi, le groupe se dit tout à fait en ligne avec les 8 Mrds € d’investissements prévus d’ici à 2035, dans le cadre du plan Advance. « Si on regarde les perspectives, on prévoit une augmentation globale des décisions d’investissements, dont une partie liée à l’hydrogène bas-carbone et au CCS », détaille le dg. Dans ces deux secteurs, plusieurs projets ont été conclus, l’année passée.
Pour répondre au besoin massif de volume d’oxygène d’ExxonMobil, dans le cadre de leur projet commun de production d’hydrogène bas carbone à Baytown, au Texas, Air Liquide pourrait aller jusqu’à investir 850 M$ dans « la plus grande production d’oxygène bas-carbone des Amériques », selon son communiqué de juin 2024. Il s’agira pour lui de construire et d’exploiter quatre unités modulaires de séparation des gaz de l’air (ASU), qui fourniraient un volume record de 9 000 tonnes d’oxygène par jour, et jusqu’à 6 500 t/j d’azote.
Aux États-Unis, toujours, mais cette fois dans le Tennessee, Air Liquide a annoncé, en octobre 2024, investir 150 M$ pour étendre ses capacités de production et son réseau de canalisation, dans le cadre d’un nouveau contrat avec LG Chem. Ceci, dans le but de répondre aux besoins en oxygène de la future usine de matériaux actifs cathodiques (CAM) du chimiste sud-coréen.
Côté Europe, cette fois, le groupe a reçu le soutien de l’Union européenne, à travers une subvention de 160 M€ (40 % du coût total du projet), dans le cadre de son projet « d’Artagnan » de construction d’un terminal de réception et de liquéfaction du CO2, qu’il co-opère avec Dunkerque LNG, le propriétaire du terminal de gaz naturel liquéfié (GNL) du bassin de Dunkerque. Le projet se compose notamment des projets de captage de CO2 au sein de la cimenterie d’Eqiom, à Lumbres, ainsi que dans l’usine de chaux de Lhoist, à Réty, au moyen de la technologie propriétaire « Cryocap » d’Air Liquide.



