Verkor recrute à tout va. Créée il y a un peu plus d’un an avec six salariés, la start-up, qui porte le projet d’une gigafactory de batteries électriques à Grenoble (Isère), en accueille aujourd’hui 50, vise les 100 à la fin de l’année et les 200 à la fin de 2022. Où trouver les compétences nécessaires ? « Nous avons commencé par recruter à l’international une quinzaine d’experts en manufacturing de batteries, des compétences qu’on ne trouvait pas en France, raconte Gilles Moreau, son cofondateur. Aujourd’hui, nous embauchons des ingénieurs, jeunes diplômés ou expérimentés, qui ne sont pas spécialisés dans les batteries. Nous avons besoin d’acculturer aux problématiques de la batterie ces ingénieurs qualité, sécurité, mais aussi les salariés des fonctions support, les ressources humaines… »
Pour y arriver, Verkor est en discussion avec l’un des deux organismes de formation, Apave et IFP Training, qui ont signé cet été un accord-cadre pour déployer en France les formations de l’Académie européenne de la batterie.
Selon une étude de la Commission européenne, l’Union européenne aura besoin de 800 000 salariés pour les différentes industries de la batterie d’ici à 2025, dont 150 000 en France, où trois gigafactories sont déjà annoncées. Disposer de ces compétences est primordial pour positionner l’Europe sur cette technologie et limiter la casse sociale que risque d’entraîner la disparition de pans entiers de l’industrie avec la fin du moteur thermique.
L’Institut européen de l’innovation et de la technologie (EIT) InnoEnergy, un accélérateur créé à la demande de la Commission européenne (ex-Knowledge and innovation community ou KIC) pour accompagner la transition énergétique, par ailleurs animateur de l’Alliance européenne de la batterie (EBA250), a lancé l’Académie européenne de la batterie pour gagner du temps et de l’efficacité. «L’idée est de capitaliser à l’échelle européenne, pour que chaque pays ne réinvente pas dans son coin ses formations et pour doter l’Europe d’une force de frappe immédiate », explique Karine Vernier, la directrice générale d’EIT InnoEnergy France. La France est le deuxième pays européen, après l’Espagne, à avoir signé un partenariat avec EIT InnoEnergy pour déployer sur son territoire les formations de l’Académie européenne de la batterie, qui seront assurées par des organismes de formation.

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Pétrole et automobile en première ligne
L’EBA Academy propose 30 modules de formation aux technologies de la batterie, de dix heures à six mois, généraux ou très techniques, des matières premières au recyclage, prêts à être utilisés par les organismes de formation partenaires. Une formation pour devenir « expert du stockage » est par exemple prévue en 131 heures, avec six modules en ligne, des jours de présentiel et un projet personnel. Un serious game en réalité augmentée forme au montage et démontage des batteries. Le catalogue est appelé à s’enrichir à mesure qu’apparaîtront les besoins des entreprises.
« Nous ne proposons pas de formations sur catalogue, mais adaptons nos parcours en fonction des besoins de nos clients, insiste Loïc du Rusquec, le directeur marketing d’IFP Training. Quand ils seront identifiés, nous verrons comment intégrer les modules existants de l’EBA Academy dans nos parcours. » L’organisme de formation de l’IFP Énergies nouvelles a l’habitude de former les salariés de l’extraction pétrolière, du raffinage… Ils sont tout autant concernés que ceux de l’automobile par les reconversions professionnelles vers les métiers de la batterie.
« Travailler avec InnoEnergy est intéressant pour nous, car ils sont au cœur d’une révolution industrielle européenne, connaissent les nouveaux besoins des acteurs historiques comme ceux des nouveaux arrivants, poursuit Loïc du Rusquec. Nous, nous apportons notre connaissance de la formation aux métiers techniques. » IFP Training prévoit, pour trouver des formateurs, de piocher dans ses compétences internes et externes, parmi les experts avec qui l’organisme a l’habitude de travailler. Les formations des formateurs devaient commencer fin septembre.
Celles des cadres et ingénieurs suivront. Les gigafactories ne sortiront de terre qu’en 2023 au plus tôt, la montée en compétences ou la reconversion des techniciens et opérateurs se fera plus tard, même si elle se prépare dès maintenant. « Aujourd’hui, nous avons une vingtaine d’ingénieurs à acculturer, indique le responsable de Verkor. En septembre 2022, nous entamerons les formations des techniciens et opérateurs, tout en continuant celles de nouveaux ingénieurs. » Gilles Moreau n’est pas inquiet pour les reconversions à venir, voyant de nombreux points communs entre les métiers : « Il y a beaucoup de mécanique dans la partie pack, et les personnes qui travaillent sur la corrosion ou la peinture s’adapteront sans problème. » Comme tous les industriels, il recherche aussi des spécialistes du digital, pour la traçabilité et l’amélioration des process. Renault, qui s’est montré intéressé par les formations de l’Académie européenne de la batterie, est en cours de discussion pour les proposer à ses salariés.
Avantage des formations proposées dans le cadre de l’Académie européenne de la batterie : elles bénéficient des financements de l’Union européenne, par le biais du Fonds social européen (FSE) ou de l’État français avec les fonds du FNE Formation mobilisés dans le cadre du plan de relance, par des accords avec l’Opco 2i et l’Opco Mobilités. Le taux de prise en charge des formations par les fonds publics oscillera entre 40 et 100 %, en fonction de la taille de l’entreprise et de sa situation économique (création ou mutation).
Chiffres clés
- Emplois créés d’ici à 2025
- 800 000 en Europe, dont 150 000 en France
- Métiers concernés
- 40 % d’opérateurs
- 30 % de techniciens
- 20 % d’ingénieurs
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10 % de chercheurs et d’experts
Source : EIT InnoEnergy
Julien Portales, Responsable HSEQ chez Verkor (46 ans) : "J'ai testé l'un des programmes de l'Académie"
« Ingénieur sécurité et environnement depuis une vingtaine d’années, dont 17 chez Thales, je souhaitais me rapprocher d’un poste réellement porteur d’un enjeu environnemental. Verkor, c’était une opportunité magique ! Je maîtrisais la réglementation ICPE (installations classées protection de l’environnement) et les risques liés aux substances utilisées dans la fabrication des batteries, mais étais novice sur les risques électro-chimiques des cellules lithium-ion. J’ai testé le programme Fondamentals on battery de l’Académie de la batterie, vingt heures de formation à distance. Les modules généralistes sont parfaits pour les novices non ingénieurs, et les modules techniques, intéressants pour les ingénieurs ou techniciens qui n’ont jamais exercé dans le domaine de la batterie. »

Vous lisez un article publié dans L'Usine Nouvelle n°3699 de novembre 2021



