FertigHy développe un premier site d'engrais décarbonés en Espagne, un investissement d'1,7 milliard d'euros

Consortium réunissant EIT InnoEnergy, Siemens, In Vivo ou encore Heineken, la société FertigHy envisage un premier investissement de 1,7 milliard d’euros pour construire un site d’engrais azotés décarbonés en Espagne, d’une capacité de 1 million de tonnes par an. Plusieurs projets similaires sont en projet en Europe.

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Nitrate d'ammonium engrais
Selon FertigHy, qui prévoit un premier complexe d'engrais azotés bas carbone, d'une capacité de 1 million de tonnes par an en Espagne, la consommation européenne s'élève à 11 millions de tonnes par an pour ces engrais produits aujourd'hui avec du gaz naturel.

Après GravitHy en France, pour de l’acier décarboné à Fos-sur-Mer Bouches-du-Rhône), l’organisme européen public-privé EIT InnoEnergy vise un déploiement industriel de grande envergure dans les engrais décarbonés, avec un premier site en Espagne. Le projet, dévoilé le 28 juin 2023, porte sur un complexe d’engrais azotés produits à partir d’hydrogène vert en Espagne. FertigHy (prononcer « Fertidji »), la société porteuse de ce vaste investissement, évalué à un total de 1,7 milliard d’euros, réunit un consortium, autour d’EIT InnoEnergy, comprenant Siemens Financial Services (branche financement de l'allemand Siemens), RIC Energy (acteur espagnol du photovoltaïque), l’ingénieriste italien Maire, le brasseur néerlandais Heineken et le groupe agricole français In Vivo.

La construction de ce complexe espagnol est programmée à partir de 2025, pour une mise en service envisagée en 2028. FertigHy ne compte toutefois pas se contenter de l’Espagne et ambitionne un modèle d’usine réplicable dans d’autres pays européens

L’objectif est double, avec d’un côté la décarbonation d’une filière particulièrement émettrice de CO2 en raison de l'utilisation du gaz naturel pour la production d'ammoniac, matière de base des engrais azotés, et de l’autre avec la situation des approvisionnements en gaz qui a été largement perturbée avec l’invasion russe en Ukraine. «Quand vous produisez 1 million de tonnes par an d’engrais azotés», soit la capacité envisagée du futur site espagnol, «vous émettez environ 2 millions de tonnes de CO2», explique Jacob Ruiters, président du conseil d’administration de FertigHy. Ajoutant que le conflit actuel en Ukraine avait été «aussi un déclencheur du projet», entre les pénuries de gaz et l’envolée des coûts dont l’impact a été significatif sur la chaîne de valeur des engrais en Europe en 2022.

D'autres complexes similaires d'engrais azotés bas carbone en Europe

Les futurs complexes d’engrais azotés de FertigHy reposent sur une alimentation en énergie verte. En amont, la société prévoit d’utiliser de l’électricité verte afin d'alimenter un électrolyseur d’eau pour la production d’hydrogène vert. Lequel servira ensuite à la production d’ammoniac vert. Le même modèle est envisagé pour tous les complexes, en s’adaptant aux pays en fonction des sources disponibles d’électricité. Jacob Ruiters n’exclut aucun pays de l’Union européenne, y compris la France, estimant que cela «dépendra du foncier disponible, des sources d’électricité disponibles, du moment qu’elles sont renouvelables. Cela peut être du solaire, comme en Espagne, de l’éolien, ou de l’hydroélectricité comme en Suède ou Norvège». Il souligne aussi que même si FertigHy «ne dépendra pas des subventions de quiconque pour lancer ses projets, nous serons évidemment heureux d’être accueillis dans des régions ou des territoires qui se voudront attractif ».

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Pour le premier complexe, le choix de l’Espagne s’est imposé. Jacob Ruiters évoque «des conditions favorables, un formidable potentiel et un climat idéal pour l’énergie solaire, du foncier disponible. Nous sommes actuellement en train de déterminer le meilleur endroit d’implantation». Le projet comprendrait l’usine d’engrais, un électrolyseur d’une capacité de 500 MW par an, ainsi qu’un vaste parc photovoltaïque d’une capacité d’au moins 500 MW et jusqu’à 1 GW. FertigHy prévoit un investissement de 1,2 milliard d’euros pour le complexe. La facture totale atteint 1,7 milliard d’euros avec le parc solaire intégré. En termes d’emplois, la société prévoit la création de 500 postes directs.

Des engrais verts moins chers, assure FertigHy

En termes de compétitivité, l’entreprise semble sûre de la solidité de son projet. «Nous avons mené des analyses très poussées sur le calcul des prix, en prenant en compte tous les paramètres comme le prix du carbone, et nous sommes persuadés de la solidité de notre modèle, même sans subvention. Dans la grande majorité des scenarii nous aurons des engrais azotés décarbonés moins chers», assure encore Jacob Ruiters. Et, poursuit-il, «même si dans de rares cas de prix très faibles du gaz, certains clients seront enclins à payer un premium pour leurs objectifs de réduction de leur empreinte environnementale». Ce sera sans doute le cas pour des acteurs comme Heineken par exemple, qui est lui actionnaire de FertigHy et qui a des objectifs d’une chaîne de valeur nette zéro d’ici 2040.

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