Il aura fallu moins d’un mois au groupe Lemoine pour devenir le premier et unique producteur d’écouvillons en France. Alertée par un reportage télévisé sur cette pénurie industrielle dans le pays pour le dépistage du Covid-19, Jeanne Cluzel-Lemoine a enclenché le projet le 25 mars. Elle mobilise ses équipes nuit et jour, week-end compris. Le prototype est mis au point en huit jours grâce à la conception d’une nouvelle machine. Après validation par les services de santé de cet écouvillon rhino-pharyngé, la ligne de fabrication est installée dans son usine de Caligny (Orne) et la mise sur le marché intervient dès le 24 avril, avec une cadence d’un million d’unités par semaine.
Ce projet, elle l’a porté de bout en bout en s’appuyant sur ses équipes, précisant n’avoir "jamais lâché un seul interlocuteur" et en étant "sur le pont non-stop" pour aller au bout de cette aventure. Rémy Point, le directeur industriel, loue sa "capacité unique à fédérer les équipes et une force inébranlable de conviction".
Ces caractéristiques, alliées à son esprit entrepreneurial, Jeanne Cluzel-Lemoine les puise en partie dans son héritage familial. De son père et son grand-père, tous deux chefs d’entreprise, et aussi de son arrière-grand-mère, laquelle a joué un rôle décisif et inspirant pour embrasser une carrière industrielle. Son aïeule, qu’elle a connue enfant, a été l’une des premières femmes chef d’entreprise en France, prenant, à la fin du XIXe siècle, suite à la disparition précoce de son mari, les rênes de la société familiale de matériaux de construction fondée en 1825. L’entreprise restera dans la famille, et, après une formation à Sciences Po et en droit à Assas, un bref passage au Conseil de Paris, Jeanne Cluzel-Lemoine en prendra la tête entre 1974 et 1978.
"Mon mariage m’a fait changer de projet", précise-t-elle. Originaire de l’Allier, elle épouse un entrepreneur normand et se lance avec lui dans le développement de sociétés. D’abord Roval, dans les eaux de Cologne, puis la Maison du Parfum, spécialisée dans le conditionnement à façon de parfums de luxe, qu’il a fallu redresser. Le couple crée en 1985 une gamme complémentaire, pour la grande distribution, de bâtonnets ouatés et de produits de soins à base de coton. Le groupe Lemoine est né, et se hisse leader européen et n°2 mondial du secteur, grâce à une expansion internationale industrielle et commerciale. En 2010, l’incendie de l’usine principale, dans l’Orne, met en péril l’aventure. "Nous n’avons pas envisagé un quart de millième de seconde de tout arrêter", tonne Jeanne Cluzel-Lemoine. La dirigeante se démène, relance en six semaines la production dans des locaux loués, avant la mise en service d’une nouvelle usine dès 2013. Comme pour les écouvillons, pour elle, "chaque résultat majeur a été précédé d’un défi majeur".
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