Une ingénieure agro chez Louis Vuitton ? C’est le cas de Valérie Dubois, qui semble être la bonne personne à la bonne place. Au troisième étage du siège social d’une des maisons les plus connues de LVMH, face au Pont Neuf, on est loin des podiums. Parce qu’elle avait envie de produire des objets au cœur de la vie des gens, Valérie Dubois est devenue ingénieure. «Ce qui m’intéressait c’était le lien avec le client final, et donc la production. Bien sûr, on m’a dit que c’était un métier d’homme, mais je me suis accrochée.»
Cap sur une école d’ingénieurs agro à Toulouse, avant d’entrer dans la boulangerie industrielle Pasquier. Le luxe et la mode ne l’intéressent pas plus que cela : «Comme jeune femme, je regardais les pages mode des magazines, mais c’était très loin de mon univers de travail. J’avais une image un peu erronée du secteur que je percevais éloigné du monde industriel.» La jeune ingénieure avait choisi son camp : plutôt l’usine ultramoderne que l’atelier traditionnel !
Une part de créativité
Désormais directrice des ateliers de maroquinerie de Louis Vuitton, elle vérifie que le secteur du luxe «partage avec l’agroalimentaire le souci permanent du consommateur et l’obsession de la qualité». Autre point commun : «Il faut embarquer les équipes sur un projet. Avec un avantage dans le luxe : quand un fabricant parle de ses produits, de la manière dont il fait un point compliqué, il transmet une émotion qui fait vibrer.»
Chez Louis Vuitton, l'activité maroquinerie mobilise aujourd’hui 4800 personnes qui travaillent sur neuf sites regroupant 18 ateliers. «On réfléchit sur la polyvalence des artisans, un moyen de concilier la croissance de la demande et la bonne organisation du travail.» Les ressources humaines sont au cœur de sa mission : au cours des cinq dernières années, il a fallu recruter 1800 collaborateurs. Début 2022, elle a participé à la négociation d’un accord sur l’annualisation du temps de travail. Toujours pour être agile, elle a œuvré avec des architectes pour réduire le temps de création d’un atelier car Louis Vuitton les enchaîne. Le délai est passé de deux ans à huit mois.
Mieux produire, c’est aussi «ne pas fabriquer des produits qu’on ne vendra pas», ajoute Valérie Dubois. À l’heure du développement durable, il faut confectionner la juste quantité au bon moment. Pourtant, n’allez pas lui dire qu’elle est la rationnelle au milieu de créatifs. La tête bien faite, Valérie Dubois revendique aussi une part de créativité. «Pour le futur du made in France, il faut aussi savoir innover comme on l’a fait avec des cuirs sérigraphiés.» Mais également trouver des solutions pour réussir à fabriquer les créations nées de l’imagination des stylistes maison. Et de conclure : «Mon job est de s’assurer que nos produits sont toujours aussi désirables. Il faut être souple sans jamais rogner sur la qualité proposée.»



