«Ne pas sourire ? D’accord, je pense au trafic parisien !» Pour se prêter aux injonctions d’une séance photo, Béatrice Pierre lutte contre sa nature. Nommée à la tête de l’entreprise minière calédonienne Prony Resources début 2022, la PDG, croisée à Paris fin juin, a l’air guilleret. «Je suis connue pour mon sourire», assure-t-elle.
Bonus : elle vient de présenter de bons résultats opérationnels à ses actionnaires. Au bout de sept mois, Prony est en ligne avec ses objectifs de production de nickel pour 2023. Une première après des années de mauvaises performances et de durs conflits lors de la cession en 2021 de l’usine par Vale à Prony Resources (un consortium alliant des intérêts calédoniens à 51% et le négociant suisse Trafigura)...
Repérée par un chasseur de têtes pour diriger Prony, Béatrice Pierre avait l’expérience et les capacités diplomatiques pour le poste, ainsi que l’avantage d’afficher un visage neuf... loin de l’histoire mouvementée de l’île. Née en Haïti, éduquée au Canada, cette ingénieure chimiste de 44 ans commence sa carrière dans l’entreprise canadienne Noranda, absorbée par Glencore après quelques rachats.
Un leadership empathique
La mine ? Un choix fortuit : une affiche vantait les défis et le voyage. À peine sortie de la fac, elle plonge dans le monde canadien du cuivre et du zinc, où elle se passionne pour l’amélioration continue et devient “master black belt six sigma”, un grade élevé. «Même dans les situations où l’on dit “on a tout essayé” ou “des améliorations ont été faites il y a quinze ans”, il y a des progrès à faire», s’enthousiasme-t-elle en jurant ne pas faire référence à la situation calédonienne.
Toujours chez Glencore, elle devient la première directrice générale de l’usine de recyclage de Providence, aux États-Unis. Elle passe ensuite au Chili, comme première directrice générale – encore – d’une fonderie de cuivre. Des expériences qui lui ont donné la passion du leadership, version empathie plutôt que grosses colères. La conviction aussi de la beauté de la diversité, alors que «c’est l’humain qui est au cœur de l’usine, et c’est l’intelligence collective qui résout les problèmes».
Des méthodes qu’elle applique en Nouvelle-Calédonie, attirée par le soleil qui a «réveillé la caribéenne». Depuis, elle s’habitue au «calme» du Caillou et se ménage du temps de marche et de lecture tout en optimisant les opérations et les coûts de Prony Resources. L’usine hydrométallurgique qui, depuis 2021, ne produit que du nickel (NHC) pour les voitures électriques, doit prouver sa rentabilité malgré la compétition du métal indonésien, l’isolement de l’île et ses luttes politiques. L’intelligence collective ne sera pas de trop.
Avec qui rêveriez-vous de travailler ?
"Avec la poète américaine Maya Angelou. La qualité de ses mots pour transmettre un message me transporte, fait pleurer et rêver."



