Elle sait pourquoi elle se lève le matin, certaine de contribuer à réduire les inégalités entre les femmes et les hommes. Elle sait aussi qu’elle participe à une cause, les toilettes, portée par les Nations unies pour davantage de propreté et de sécurité. C’est en 2017, après avoir manqué le début d’un concert au festival Rock en Seine à cause de la queue devant des WC – peu ragoûtants – pour dames, que Nathalie des Isnards cherche une solution à ce problème. L’idée lui vient d’inventer l’« urinoire », avec un « e », pour « plus de liberté et d’égalité ». L’édicule n’existe qu’au masculin dans le « Larousse ». Cela tombe bien ! Après une école de commerce à Lille, des débuts dans ce secteur et dix ans au sein des ressources humaines d’Alcatel-Lucent (racheté par Nokia), elle en a assez des plans sociaux. Elle fonde Madame Pee et installe son siège au sein de l’incubateur French Event Booster, porte de Versailles à Paris.
Entourée de six collaborateurs, elle peut phosphorer sur des toilettes publiques pour dames, alors que ces espaces reflètent aujourd’hui une société pensée et structurée par des hommes pour les hommes. « Les infrastructures ne peuvent pas être adaptées qu’à 50 % de la population », affirme Nathalie des Isnards. Mère de quatre enfants, elle avait déjà ressenti un sentiment d’injustice quand, d’évidence pour ses deux garçons, « le monde entier est une toilette… ».
Un succès immédiat
JCDecaux la considère comme une partenaire. Paris teste son invention dans les rues, avec les JO de 2024 en ligne de mire…
Enquêtes d’opinion et R & D lui permettent de mieux comprendre les besoins et les comportements des femmes. Elle imagine la cabine, rouge, fait appel à un designer danois pour concevoir la cuvette, une sorte de nez allongé. Ses filles et leurs amies servent de cobayes. Et comme Nathalie des Isnards ne fait jamais rien sans conviction, elle la conçoit sans eau, écolo, dans une démarche d’économie circulaire. Les urines sont récupérées pour se transformer en substrats pour engrais. En mars 2018, Madame Pee est testée lors d’une course à pied dans le bois de Boulogne. Puis à VivaTech et au festival Solidays en 2019. Succès immédiat, le besoin est immense. Madame Pee séduit l’événementiel, les festivals et franchit les frontières. De la Belgique à l’Afrique, ses urinoires sont déjà implantées dans six pays.
« Le sport me permet de compenser l’énergie que me demande mon travail », explique cette fonceuse, adepte de l’ultra-trail, qui se bat pour la liberté des femmes et sait profiter de la sienne sur l’île de Groix. Elle n’a pas peur de s’emparer de « sujets dont on a du mal à parler », mais se cache derrière une grande pudeur. Parce qu’elle met du sens dans toutes ses actions. Et aussi parce que ses différentes vies, familiale, amicale et professionnelle, reposent sur des « socles solides » qu’elle protège.
La pandémie entrave son envol, mais libère sa créativité. Monsieur Pee, de noir vêtu, naît en 2020. Aujourd’hui, à Rennes, « la production monte en cadence pour produire plusieurs milliers de cabines par an ». JCDecaux la considère comme une partenaire. Paris teste son invention dans les rues, avec les JO de 2024 en ligne de mire… L’avenir s’annonce serein. Une levée de fonds de 3 millions d’euros est en cours avec en projet Monsieur et Madame Poo. Et ce ne sont pas les critiques qui vont arrêter Nathalie des Isnards. D’autant que son dernier fils, qui n’osait pas dire le métier de sa mère à l’école, en est maintenant très fier.
En quoi ou en qui aimeriez-vous vous réincarner ?
« En aigle, pour la hauteur qu’il peut prendre et la puissance qu’il dégage. Cela fait du bien de respirer l’air frais d’en haut ! »



