En plein congé maternité, avec un bébé d’à peine un mois et une petite fille de 19 mois, pas facile de trouver le temps pour une interview. C’est par visioconférence, enfermée dans une petite pièce décorée par l’affiche du film It Follows – le cinéma est un de ses loisirs –, que Coralie Barrau raconte avec énergie son attrait pour l’optique. Après avoir découvert la discipline en classes préparatoires scientifiques, cette Perpignanaise a intégré l’Institut d’optique Graduate School (ex-Sup’Optique), implanté sur le plateau de Saclay.
La prochaine conquête des femmes : Les quotas n’empêchent pas les femmes d’être souvent cantonnées à des postes dits féminins. Il faut les faire accéder à des postes plus stratégiques, qu’elles aillent là où on les attend moins.
Malgré son intérêt pour la recherche, son stage dans un laboratoire ne l’encourage pas vers une carrière académique. « Autant j’aime la physique pure et lire des articles théoriques, notamment sur la physique quantique, autant, professionnellement, j’ai besoin d’applications concrètes », justifie-t-elle.
Animée depuis toujours par l’envie de travailler dans un milieu proche de la santé, elle candidate spontanément chez Essilor quand elle apprend que l’industriel crée un laboratoire de recherche en partenariat avec l’Institut de la Vision pour étudier l’impact de la lumière sur le vieillissement rétinien. « Dès mes premiers résultats, la photobiologie a été une évidence pour moi », s’enthousiasme Coralie Barrau. Pendant près de huit ans, passant plus de temps à l’Institut de la Vision qu’au centre de recherche d’Essilor à Bastille (Paris XIIe), elle étudie la lumière bleue et ses impacts sur la santé de l’œil et du corps. D’abord seule, puis avec une équipe de deux à quatre personnes – « que des jeunes femmes ! ».
Filtres brevetés et commercialisés
Aux côtés des biologistes, « Coralie a mis à profit sa formation de physicienne pour développer des outils lumineux sur mesure, qui nous ont permis d’identifier quelle nuance de bleu était nocive », détaille Serge Picaud, le directeur de l’Institut de la Vision. Ces travaux menés sur les dommages induits par la lumière ont fait l’objet de plusieurs publications scientifiques – une doit encore paraître en novembre dans Nature Neuroscience. Ils ont aussi permis à Coralie Barrau de concevoir de nouvelles solutions de filtrage pour les verres et les lentilles ophtalmiques. Brevetées, elles sont progressivement converties en nouveaux produits, mis sur le marché par Essilor pour prévenir la toxicité de la lumière.
C’est sur cet aspect de la recherche que la jeune femme travaille désormais. Pianiste amatrice et passionnée de grandes randonnées, elle a rejoint en 2019 l’équipe Light management du Centre d’innovation et de technologie d’Essilor, situé à Créteil (Val-de-Marne), en qualité de responsable d’innovation. « Mon cœur penche pour la recherche amont, mais j’avais besoin d’ouvrir mon champ de vision, confie-t-elle. J’apprends beaucoup sur le développement des produits, leur production industrielle et la complexité de leur mise sur le marché.»
Travaillant toujours sur la lumière bleue, pour améliorer les produits et apporter de nouvelles preuves scientifiques aux côtés des académiques, Coralie Barrau a aussi ouvert deux nouveaux champs de recherche : l’un sur l’impact de la lumière sur le sommeil, l’autre sur le lien entre la lumière et la myopie. De quoi mêler, à nouveau, découvertes scientifiques et applications industrielles.



