Ingénieure ? Architecte ? Artiste ? Pourquoi faudrait-il choisir ? Léonard de Vinci était tout cela à la fois – et bien plus encore –, et personne ne s’en émeut. Milène Guermont appartient à cette famille où ériger des frontières immuables oppresse, où les cases qui garantissent une tête bien faite ont vocation à être bousculées. « On naît artiste. Ensuite, on a ou on trouve un environnement qui fait qu’on va jusqu’au bout de son audace », analyse-t-elle.
La prochaine conquête des femmes : Promouvoir le nombre de femmes visibles dans l’espace public. Et faire en sorte qu’il y ait notamment autant d’œuvres commandées à des créatrices qu’à des créateurs.
Si sa sensibilité la pousse vers la création, elle n’oublie pas l’autre face de sa personnalité. En témoignent les brevets qu’elle a déposés au fil de ses œuvres, comme ce béton polysensoriel qui, quand on le touche, émet un son en fonction de l’état émotionnel de la personne. Alors pourquoi choisir ? « Tous les jours, je suis artiste. Tous les jours, je suis ingénieure. L’ingénieure aide l’artiste et l’artiste aide l’ingénieure », poétise-t-elle d’une voix douce où perce une détermination à toute épreuve. Bonne élève, elle va en classes prépa math sup et math spé, sans que son âme d’artiste en souffre. « Je ne le regrette pas, car on y apprend à travailler l’endurance. » Puis elle entreprend des études d’ingénieur, avec une spécialité matériaux, à l’Ensiacet à Toulouse et aux Mines de Nancy, en passant par la Brown University aux États-Unis. Une fois diplômée, elle poursuit avec une formation aux Arts décoratifs (Ensad), sur les conseils du designer Roger Tallon.
Mobiliser et émerveiller
C’est que la curiosité de Milène Guermont est sans limite. Ce n’est pas le genre d’artiste à vivre retirée du monde, dans sa tour d’ivoire. Elle aime que ses œuvres soient au cœur de la ville, à l’image de Phares, une sculpture exposée en 2015 et 2016 place de la Concorde à Paris, ou de la Maison Guermont, située dans le IXe arrondissement de la capitale. Une « œuvre d’art totale », habitable, où elle a tout conçu, du parquet au lustre, en passant par l’air dépollué. Pour cela, il a fallu faire travailler ensemble 80 entreprises, des industriels et des start-up. « J’avais à cœur de mettre en lumière les talents extraordinaires que compte la France. » La Maison Guermont se veut une vitrine des savoir-faire hexagonaux.
Artiste et ingénieure, Milène Guermont est aussi une meneuse d’hommes qui aime transmettre sa passion et mobiliser des équipes. Pour la Maison Guermont, elle a travaillé pendant le confinement. « Il a fallu remonter le moral de certaines personnes. C’était aussi une aventure humaine », indique-t-elle. D’un projet précédent, elle se souvient avec émotion de l’implication d’ouvriers qui ont repoussé leurs vacances pour finir dans les temps. « Dans tous les métiers, on peut faire quelque chose de magique. » En 2020, elle a reçu le prix Fellow, dans la catégorie « art et diplomatie », de la fondation Eisenhower Fellowships qui œuvre pour un monde meilleur. Un engagement qui, selon elle, peut aussi passer par « l’émerveillement ». Pour cela, elle nous surprendra encore : « Refaire la même chose ne m’intéresse pas ».



