En 2012, l’usine Crolles 200 mm de STMicroelectronics, près de Grenoble (Isère), qui fabrique des puces sur plaquettes de 200 mm de diamètre, entre dans un cycle de baisse d’activité dû à l’effondrement de son grand client Nokia dans la téléphonie mobile. En 2017, retour à la croissance tirée par le redéploiement vers de nouveaux produits et clients. Ce rebond n’aurait pas été possible sans le travail de transformation de Sandra Levasseur, qui a dirigé la production de 2012 à 2020, avant de devenir, en octobre 2021, la patronne du site avec (1 300 personnes). « Le défi était surtout humain, explique-t-elle. Il fallait gérer les sureffectifs en transférant du personnel notamment vers Crolles 300 mm, l’usine de fabrication sur plaquettes de 300 mm alors en croissance. Ma priorité était de préserver au maximum les compétences pour garder la capacité d’un futur rebond. »
Originaire d’Albi (Tarn), cette ingénieure de Grenoble INP–Phelma a rejoint l’usine Crolles 200 mm de STMicroelectronics en 1997 à l'issue de son stage de fin d’études. Elle fait ses premiers pas en étant chargée de l’installation des programmes de test sur les équipements. « C’est par ce bout de la lorgnette que j’ai découvert l’univers de la salle blanche », rappelle-t-elle.
En 1999, elle entre de plain-pied en production en prenant la direction de l’équipe de lithographie (50 opérateurs et techniciens), l’opération la plus critique de fabrication qui détermine les motifs gravés sur les puces. Trois ans plus tard, elle gravit un échelon en prenant la responsabilité de l’équipe du week-end. À 27 ans, elle est propulsée à la tête de plus de 200 opérateurs, techniciens et ingénieurs.
À 27 ans, elle est propulsée à la tête de plus de 200 opérateurs, techniciens et ingénieurs.
Une mission qui tombait bien. « Cela me laissait le temps de m’occuper de mon premier enfant, raconte-t-elle. C’est une étape enrichissante et passionnante où j’ai beaucoup appris du terrain, notamment le rôle de la communication pour amener l’équipe au maximum de ses capacités. » Pendant quatre ans, elle dirige une équipe comparable dans l’usine Crolles 300 mm, en semaine, avec des horaires mieux adaptés à son statut de mère de trois enfants. En 2012, elle retourne à ses premières amours, l’usine Crolles 200 mm, dont elle devient directrice de la production.
L’humain d’abord
Les perspectives d’activité sont alors moroses. Pas de quoi entamer son « esprit combatif et compétiteur ». Elle réorganise la production, ajuste l’effectif, forme le personnel et accompagne le développement de nouveaux produits en multipliant par six la fabrication des prototypes. Environ 600 collaborateurs sont touchés par un plan de mobilité et de formation. Le rebond est au rendez-vous en 2017. L’usine Crolles 200 mm est prête. C’est le travail dont elle est le plus fière.
L’humain est au cœur de sa gestion. « Ce qui m’interpelle, c’est l’engagement du personnel, souligne-t-elle. C’est quelque chose que j’essaie de cultiver. Je mets un point d’honneur pour que chacun comprenne pourquoi il est là et pour le motiver. » Malgré un contexte difficile, elle s’attache à améliorer le cadre de travail en mettant en place des pratiques venues d’Asie comme l’éveil postural avant la prise de poste ou la microsieste. D’esprit marathonien, elle pratique le yoga et se détend en s’occupant de la décoration de sa maison.
En quoi ou en qui aimeriez-vous vous réincarner ?
« En Joséphine Baker pour son rôle extraordinaire dans la Résistance et sa lutte pour les droits des Noirs, pour son courage et son esprit de femme libre. »



