Portrait

Femme de production 2021 : Ingrid Johanis (SEB), l'excellence opérationnelle

Lauréate du prix de la production du Trophée des femmes de l'industrie 2021 de L'Usine Nouvelle, Ingrid Johanis dirige l'usine SEB de Pont-Evêque (Isère), l'un des plus grands de SEB en Europe.

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Ingrid Johanis, directrice de l'usine SEB de Pont-Évêque.
Ingrid Johanis, directrice de l'usine SEB de Pont-Évêque, est nominée aux Trophées des femmes de l'industrie 2021.

Directrice de site ? Ingrid Johanis a eu du mal à s’y faire. « Je trouvais que ça faisait un peu directrice d’école. Mais je m’y suis habituée, il n’y a pas de raison d’utiliser “directeur”. » Elle reconnaît avoir fait l’objet, jeune fille dans l’industrie chimique, de remarques, « mais ça ne m’a jamais arrêtée ». Fonceuse, elle l’a montré lors de son arrivée chez SEB, en 2017. À peine nommée à la tête de deux sites isérois, elle réussit à convaincre le PDG du groupe, Thierry de la Tour d’Artaise, de transférer l’activité de la petite usine vieillissante de Saint-Jean-de-Bournay dans des locaux neufs construits juste à côté de l’usine de Pont-Évêque.

La prochaine conquête des femmes : Que L’Usine Nouvelle n’ait plus besoin d’organiser des Trophées des femmes parce que leur présence dans l’industrie sera banalisée.

Un investissement de 15 millions d’euros, qui rapproche l’atelier d’injection plastique du site qui utilise ses pièces pour fabriquer des centrales vapeur et des fers à repasser. L’affaire est rondement menée : le déménagement des 35 presses et le transfert des salariés se fait trois ans plus tard, en pleine crise du Covid. «L’usine de Saint-Jean-de-Bournay était vétuste, on ne pouvait plus rien y développer. La nouvelle organisation, plus économique pour l’entreprise, améliore les conditions de travail des salariés et est plus respectueuse de l’environnement, puisqu’on évite les navettes entre les deux sites», explique-t-elle.

Garder l’industrie sur le territoire

Le nouveau site, l’un des plus grands de SEB en Europe avec 750 salariés, permet au groupe français de petit électroménager de développer la différenciation retardée. Le processus de production est organisé pour pouvoir personnaliser un produit en toute fin du processus, en modifiant par exemple la couleur de pièces visibles. «C’est un avantage concurrentiel évident. Nous avons gardé une étape qui aurait pu être sous-traitée. Conserver de l’industrie en France me tient à cœur. »

Jeune diplômée de l’Itech Lyon (école d’ingénieurs spécialisée en chimie), Ingrid Johanis a débuté comme formatrice dans un centre de formation de la plasturgie, où elle s’est perfectionnée dans le métier de thermo-régleur. « Je suis devenue une experte, ce qui m’a donné une légitimité technique pour la suite. » Plusieurs fois dans sa carrière, elle tombe « sur des hommes qui [lui] font confiance ». Elle prend des responsabilités dans des entreprises de plus en plus grandes, une taille qu’elle évalue en nombre de presses...

Avec la crise de 2008, elle s’intéresse au management : comment impliquer les gens, alors que l’entreprise n’a aucune marge pour les augmenter ? Elle lit beaucoup, se forme à l’excellence opérationnelle, part pour un nouveau poste dans un groupe américain où ces principes sont très poussés. « On a fait une année 2016 extraordinaire », se souvient-elle, fière d’avoir prouvé que « le droit du travail français n’empêche pas d’avoir d’excellents résultats ». Elle reconnaît avoir mis du temps à prendre conscience des inégalités entre hommes et femmes en entreprise. «Aujourd’hui, de jeunes filles me disent que mon parcours est inspirant. Si ça peut servir à ce qu’elles voient l’industrie autrement, je veux bien témoigner ! »

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