On n’échappe pas aux yeux verts d’Aurore Saintigny qui pétillent sous une mousse de boucles acajou. Son charisme explique comment, après vingt ans dans l’automobile, cette ingénieure a rapidement convaincu un milieu si différent : celui des soignants. Avec une solution pour les grands prématurés, Calinange. Celle-ci maintient, à l’aide de stimuli sensoriels, le lien entre le bébé hospitalisé et ses parents via un petit cœur en tissu où sont enregistrés la voix, les battements de cœur et l’odeur de la maman ou du papa. En réalité, c’est un peu plus compliqué que cela. Les matériaux sont conformes aux exigences hospitalières, les sessions multisensorielles cadencées, et le rythme des battements de cœur retraité pour apaiser l’enfant.
La prochaine conquête des femmes : Il faut arrêter de cliver. Et si venir au boulot avec ses jeunes enfants ou les faire garder sur place générait une plus grande efficience dans son travail ?
Cette native de Belfort, présidente du conseil d’administration de l’École nationale d’ingénieurs de Metz (Enim) de 2016 à 2019, a vécu, avec son enfant, la douloureuse expérience d’un service de néonatalité pendant plusieurs mois. « Dans ce lieu, à chaque fois qu’on part, on ne sait pas si l’on va retrouver son bébé vivant. » Pudique, elle n’aime pas trop s’étendre sur son histoire et préfère raconter comment son projet a jailli un soir de décembre 2017, devant la télévision, lorsqu’elle tombe coup sur coup sur deux reportages de parents déchirés en quittant une couveuse. « Je me suis dit : ce qu’il faut, c’est toujours laisser à l’enfant un bout de ses parents. Calinange était né.» En avril 2018, elle présente son idée à un médecin de Port-Royal qui attrape dans le couloir le chef du service de réanimation néonatale. « Quand j’ai eu fini de parler, ils se sont regardés et m’ont dit : cela fait six mois qu’on cherche un projet pour améliorer le bien-être du bébé. Quand pouvez-vous nous présenter un prototype ? »
Passionnée de course automobile
Tout s’enchaîne : l’entrée dans un incubateur du Grand Est, la création de son entreprise, Calinescence, les financements de la Région, une bourse french tech, et le soutien du business angel Pôle emploi. Car entrée en 2000 chez PSA, et après avoir terminé la flexibilisation de la ligne diesel de Trémery (Moselle) vers l’électrique, elle se décide à sauter le pas de l’entrepreneuriat. Le reste relève de la gestion de projet innovant, une compétence que cette diplômée de Supméca, fondue de rallye automobile depuis toute petite (elle conserve précieusement l’autographe d’Ari Vatanen), maîtrise à fond. « Dès le début de ma carrière, on m’a mise sur des sujets compliqués : les premiers toits en verre, les ouvrants rétractables des cabriolets, les premières portes latérales motorisées... Mon chef de l’époque me disait : tu n’aimes travailler que sur des bêtes à chagrin.»
Aujourd’hui, elle parcourt les hôpitaux et n’a plus le temps d’aller aux 24 Heures du Mans, mais espère que son soutien de toujours, Jean-Marc Finot, le directeur de Stellantis Motorsport, gagnera la prochaine course. Son entreprise, déjà référencée par plusieurs services de néonat en France, a fabriqué une centaine de produits made in Grand Est (« électronique comprise »). Et comme le lien sensoriel n’apaise pas que les prématurés, elle travaille sur des solutions pour les enfants autistes et pour les personnes âgées frappées par Alzheimer.



