Analyse

Face aux poids-lourds du nucléaire, les start-up européennes des SMR de quatrième génération unissent leurs forces

Les start-up des SMR de quatrième génération veulent unir leurs moyens face aux poids-lourds du nucléaire. Après avoir annoncé un partenariat avec la start-up italo-britannique Newcleo, la société française Naarea va collaborer avec son homologue néerlandaise Thorizon. Les trois entreprises travaillent déjà avec Orano pour anticiper le traitement de leur futur combustible usé.

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Boucle de sels fondus
Naarea et Thorizon vont travailler sur l'utilisation de sels fondus comme fluide caloporteur des mini-réacteurs nucléaires à neutrons rapides.

Pas question d’attendre l’Europe et son Alliance industrielle sur les petits réacteurs modulaires (SMR), lancée par la Commission européenne début février. Pour exister face aux projets de SMR de troisième génération (basés sur une technologie des réacteurs actuels ndlr), comme le Nuward d’EDF, les start-up qui développent des mini-réacteurs de 4e génération ou AMR (moins énergivores en combustible et plus sûrs ndlr), ont décidé de s’associer pour rendre crédibles leurs projets. Après avoir annoncé, début janvier un partenariat stratégique et industriel avec le britannique Newcleo, l'entreprise française Naarea a tenu parole et signé un accord analogue avec son homologue néerlandaise Thorizon, fondée en 2018. Ce ne devrait pas être le dernier.

«Ces partenariats s’insèrent bien dans l’Alliance des SMR de Bruxelles, explique Jean-Luc Alexandre, le président de Naarea. Mais nous, le petit groupe de la 4e génération, avons estimé nécessaire de nous mettre ensemble. Car dans la Gen IV, il y a six technologies différentes. Il faut qu’on existe. Et il vaut mieux avancer en ordre rassemblé qu’en ordre dispersé.» Des partenariats sont possibles car, sur le papier, les start-up ne sont pas directement concurrentes. Parmi celles qui développent des réacteurs à neutrons rapides, certaines misent sur un refroidissement au plomb, comme Newcleo ou Sparta, d’autres sur un fluide caloporteur au sodium, comme Hexana, ou aux sels fondus, comme Naarea et Thorizon. Et lorsqu’elles travaillent sur des technologies similaires, elles se positionnent sur des segments différents.

Créer des centres d'essais communs

Ainsi, le français Naarea développe des SMR de 80 mégawatts thermiques (MWt) et 40 mégawatts électriques (MWe) pour produire de la chaleur industrielle ou du dessalement et veut les construire ainsi que les exploiter. A l'inverse, Thorizon cherche à développer un réacteur de 250 MWt et 100 MWe destiné aux clients industriels et aux collectivités, mais sans vouloir le construire ou l’exploiter. Le modèle économique des start-up pourrait évoluer au fil des étapes de R&D en cours. Les deux entreprises veulent développer des laboratoires et des centres d’essais partagés ainsi que sécuriser l’accès aux combustibles retraités nécessaires à la synthèse des sels fondus. Une problématique partagée par Newcleo, les réacteurs à neutrons devant utiliser comme combustibles le plutonium et actinide extraits des combustibles usés des réacteurs de troisième génération.

Ces start-up ont également en commun la question du retraitement leurs futurs combustibles usés. Les trois ont déjà signé des partenariats avec Orano sur les sujets de la production, mais aussi du recyclage. «Il est plus simple pour Orano d’avoir un seul interlocuteur qui lui donne une vision consolidée de nos besoins», explique Jean-Luc Alexandre. D’autant plus qu’il va s’agir de construire une ou plusieurs nouvelles usines de production et recyclage de ces nouveaux combustibles. L’industriel français n’est pas seul en piste. «Orano est l’un de nos partenaires principaux, explique Jean-Luc Alexandre. Mais l’on ne s’interdit pas de développer de la R&D avec d’autres partenaires.»  Des laboratoires en France, mais aussi en Belgique, au Royaume-Uni, en Allemagne et aux Pays-Bas travaillent sur ces sujets.

Développer des composants standards

Le partenariat vise enfin à définir des briques technologiques communes et des composants standards qui pourront être fabriqués en série en usine et entrer dans la construction d’une gamme de réacteurs à neutrons rapides aptes à répondre aux différents segments de marché. Les start-up, comme Thorizon qui a ouvert un bureau à Lyon, veulent être plus réactives, et bénéficier de l’environnement français favorable aux SMR, notamment via le programme France 2030. «Grâce à notre partenariat avec Naarea, nous voulons connecter le meilleur des savoir-faire français et néerlandais pour développer et commercialiser la technologie des sels fondus en Europe», explique Kiki Lauwers, PDG de Thorizon, dans un communiqué. Le marché potentiel est vaste. Mais d’autres technologies de SMR sont sur les rangs.

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