Chronique

Face aux taxes de Trump, l’agroalimentaire français prêt à exporter à tour de bras ?

[Agronomix : deux fois par mois, un regard sur l'agro] Quelques mois après les vives oppositions au Mercosur, les filières agroalimentaires sont vent debout contre la guerre commerciale initiée par Donald Trump. Les Etats-Unis, très bons clients de l’agroalimentaire national, imposent de penser à de nouveaux débouchés. Quitte à infléchir certaines positions ?

Réservé aux abonnés
Trump signant un décret
Le "Liberation day" a conduit a appliquer des taxes supplémentaires de 20% sur tout l'agroalimentaire.

Revoilà le Mercosur. Quelques mois après la signature de l’accord par l’exécutif européen, certaines voix sur le Vieux-Continent s’élèvent pour que le long processus de ratification soit accéléré. L’enjeu ? Trouver des débouchés commerciaux alors que les flux pourraient se tarir durablement avec les États-Unis si ces derniers maintiennent les taxes décidées par Donald Trump, entrées en vigueur en ce début avril... puis ramenées à 10% le 9 avril. En attendant le prochain revirement. 

La menace des fameux 20% de barrière douanière supplémentaire plane toujours. Particulièrement sur l'agroalimentaire hexagonal, alors que l’excédent commercial avec les États-Unis est de quasi 4 milliards d’euros pour ce seul secteuren raison des très bonnes performances des vins et spiritueux (4 milliards d’euros exportés). D’autres filières contribuent à l'effort de guerre comme les produits laitiers (350 millions d’euros d’exportations vers les États-Unis l’an dernier) et les produits de boulangerie, viennoiserie et biscuiterie (environ 200 millions d’euros). Si les producteurs de fromages sous appellation se montrent confiants quant à l'aptitude des consommateurs à absorber le surcoût lié aux taxes, ce sera loin d'être le cas de tout le monde. Le vin a souffert de la précédente guerre commerciale initiée en 2019, abandonnant pas loin de 20% de chiffre d'affaires. 

«Mettre la pression sur le développement d'accords commerciaux»

La quête des nouveaux débouchés commerciaux débute. S’il est loin de voir la situation avec enthousiasme, et s’inquiète de voir le soja pris dans la spirale, le directeur général de la coopérative Even, Christian Griner, voit «deux opportunités» au relèvement des droits de douane décidés par Trump. «Cela va remettre la pression sur le développement d’accords commerciaux, juge celui dont la coopérative est derrière la marque Paysan Breton – partagée avec Eureden et Terrena. Et cela permet de mettre la vraie question sur la table, à savoir, la compétitivité de la filière laitière française. Car pour s’exporter, il faut être compétitif.» Le directeur général indique que sa coopérative ira prospecter les marchés émergents.

François-Xavier Huard, président de la Fnil, association qui regroupe les industriels privés, nous indique aussi «qu’il faut trouver des marchés de report. Quid d’un accord comme le Ceta qui est en suspens ?» Cet accord de libre-échange, noué avec le Canada n’a toujours pas été définitivement ratifié bien qu'appliqué depuis 2017. Le blocage au Parlement côté français empêche l’accord d’être siglé du sceau «définitif». Une situation d’incertitude qu’aimerait bien voir levée les fromagers, histoire de sécuriser pour de bon un marché lucratif, le contingent de 18500 tonnes "Origine UE" ayant été atteint dès 2022.

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Les vins et spiritueux, trop seuls pour faire bouger les lignes ?

Au reste, même si la situation reste taboue en France, on imagine qu’une ratification accélérée de l’accord du Mercosur soulagerait certains acteurs des vins et spiritueux. Outre la reconnaissance d'indications géographiques comme le Rhum de Martinique, l’accord prévoit de démanteler des droits de douanes de 27%. Le problème, c'est que ces acteurs sont quasi seuls, du moins verbalement, à soutenir cet accord au sein du paysage agroalimentaire national. La tempête déclenchée par Trump fera-t-elle bouger les lignes ?

Annie Genevard, la ministre de l'Agriculture demeure réticente. Interrogée sur Radio J le 8 avril, elle a indiqué : «que l'Union européenne cherche à développer des accords de libre échange alternatifs à ceux que l'on pourrait avoir avec les États-Unis est une bonne politique. Mais pas à n'importe quel prix ! Le Mercosur était mauvais hier, il l'est toujours aujourd'hui pour des filières capitales pour notre pays. Je pense au marché de la volaille, du boeuf, du sucre...» Le village gaulois résiste encore et toujours. 

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.