Trop de pétrole est produit dans le monde. L’évidence, du point de vue de ceux qui luttent contre le changement climatique, s’impose depuis quelques semaines aux producteurs d'or noir pour des raisons économiques. A la suite d'une longue chute, les prix du baril de Brent (le brut de mer du Nord qui fait référence en Europe) sont passés sous la barre des 70 dollars mardi 10 septembre, proche des niveaux en vigueur avant la guerre en Ukraine. Une dégringolade – la même quantité d’or noir se vendait plus de 85 dollars il y a deux mois à peine, portée par les inquiétudes quant à l’escalade d’un conflit en Israël et l’Iran – qui devrait, incidemment, participer à la baisse de l’inflation qui débute timidement en Europe.
Faiblesse de la demande chinoise
«Nous anticiponsune surproduction potentielle en 2025», a expliqué Toril Bosoni, directrice industrie et marchés pétroliers à l’Agence internationale de l’énergie (AIE), lors d’une conférence de presse présentant les résultats du dernier rapport mensuel de l’institution, paru le 12 septembre un sous-titre évocateur : «Quand la musique s’arrête».
Attention à la méprise : la demande mondiale d’or noir dans le monde continue d’augmenter ! Elle ne fait que «décélérer», avec une croissance de 900 000 barils de pétrole par jour (bpj) en 2024 (pour une demande de 103 millions de bpj au total), qui devrait être similaire l’année prochaine estime l’AIE. De même, le paysage de l’offre n'est pas au beau fixe. On y voit d'abord les fortes tensions géopolitiques causées par la guerre de la Russie en Ukraine, les frappes des rebelles houthis sur les tankers qui circulent en mer rouge, ou encore la crainte d’un débordement de la guerre Israël-Hamas vers de grands producteurs comme l’Iran ou l’Irak... A cela s'ajoutent l’arrêt depuis août du grand champ pétrolier de Sharara en Libye, ainsi que sur les conséquences de la saison des ouragans dans le Golfe du Mexique, qui font remonter légèrement les cours du brut en fin de semaine (à un peu plus de 72 dollars le baril de Brent jeudi 12)…
Pourtant, les cours du pétrole restent déprimés et nombre d’analystes y voient une tendance pérenne. Même la décision, annoncée le 5 septembre par plusieurs pays de l’Opep+ (la version étendue du cartel des producteurs de pétrole), de retarder la fin de leurs coupes volontaires de production supplémentaires, initialement prévue pour octobre, jusqu’à la fin de l’année ne suffit pas à redonner du souffle au marché. La banque Goldman Sachs, par exemple a annoncé revoir à la baisse ses prévisions de prix, vers 75 dollars le baril fin 2025.

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27 Mars 2026
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Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
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27 Mars 2026
Gazole France TTC€/litre
En cause ? La demande chinoise, qui forme près de la moitié du marché, est entamée par la montée en puissance du véhicule électrique et des bus alimentés au gaz naturel, ainsi que par les difficultés économiques du pays, explique Goldman Sachs. «Le facteur clé est le ralentissement de la Chine», note aussi l'analyste de l'AIE Ciarán Healy, qui pointe que la superpuissance asiatique a représenté le gros de la croissance du marché pétrolier sur la dernière décennie. Les pays émergents ne prennent qu'en partie la relève, et l'économie mondiale reste en petite forme avec une croissance «tiède» et «anémique».
L’inconnue Opep
Face à cette situation, la production mondiale de pétrole est en forte hausse. Malgré les efforts concertés de l’Opep+, quatre pays américains qui ne font pas partie de l'alliance bouleversent le marché de l’or noir. En 2024, le quartet formé par les Etats-Unis, le Guyana, le Canada et le Brésil a ajouté plus d’un million de barils par jour sur le marché cette année et fera de même l’année prochaine, estime l'AIE. Au total, l’offre risque d’atteindre la barre des 105 millions de barils par jour en 2025, pronostique l’AIE, qui note que «l’Opep+ pourrait faire face à un surplus substantiel, et ce même dans le cas où leurs coupes de productions supplémentaires resteraient en place».
De quoi pousser à la constitution de stocks dans l’ensemble des cuves et réservoirs disponibles, et de poser un dilemme aux producteurs de pétrole de l’Opep+. Fatigués de perdre des parts de marchés sans faire remonter les cours, certains pays de l’alliance pourraient relancer leur production quitte à déclencher une guerre des prix. Une inconnue de taille : le cartel contrôle encore 48% de l’offre et dispose de larges capacités de production à l’arrêt, et pourrait amener le baril à 60$ en 2025 en arrêtant sa politique de modération, chiffrent les analystes de la Bank of America.



