Face à la transition écologique, le monde ne cherche pas assez de métaux (et pas de la bonne façon)

L’exploration minière dans le monde est en baisse en 2023 alerte le cabinet S&P Global. Si le lithium et le cuivre continuent d’attirer, l’or continue lui de dominer la prospection. Ainsi, les chercheurs de métaux se concentrent souvent sur les étapes les moins risquées.

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Imerys
Le nombre de forage d'exploration minière, une étape indispensable pour trouver de nouvelles réserves, devrait diminuer de 23% en 2023.

L’activité minière n’a pas grand chose à voir avec le travail de poinçonneur du métro dans l’est parisien décrit par Serge Gainsbourg. Manque de soleil sous terre excepté, elle n’en a pas la monotonie et ne se prive pas de visiter les coins les plus improbables du globe. Elle aussi, pourtant, consiste en grande partie à faire des trous. Les grands trous qui servent à exploiter les gisements connus de métaux – les mines – sont bien connus du grand public. Mais ces derniers sont souvent précédés d’une multitude de petits trous plus discrets, de quelques centimètres de diamètre pour parfois plusieurs milliers de mètres de long. Ces trous de forage sont cruciaux. Ils permettent aux entreprises minières d'extraire de longues carottes rocheuses et de connaître la position des filons de métaux dans la croûte terrestre puis, si elles souhaitent les exploiter, de mesurer exactement la quantité de réserves et de ressources présentes en criblant le sol à intervalles resserrés. Cette activité d’exploration est longue, fastidieuse, mais fondamentale pour garantir que le monde ait son content de métaux dans les années à venir. C’est donc un indicateur très scruté pour comprendre les trajectoires que prend le monde minier. Selon l’édition 2023 de l’étude du cabinet S&P Global Commodity Insights sur le sujet, 41 086 trous ont été forés dans le monde de janvier à mi-octobre. Un chiffre en baisse de 23% par rapport à la même période en 2022.

Les chercheurs d’or restent majoritaires

Alors que la transition énergétique frappe à la porte et remet sur le devant de la scène les questions minières, au point que même la France s’intéresse à nouveau à ses ressources, cette tendance est étonnante. Malgré l’inflation, qui augmente le coût de chaque trou, les budgets globaux affectés à l’exploration devraient être en baisse de 3% par rapport à l’année dernière, à 12,8 milliards de dollars. Dans le détail pourtant, le tableau est plus mitigé.

D’un côté de la balance, le budget alloué à l’or, qui représente 46% du total, connaît une forte baisse de 1,1 milliard. Une situation paradoxale quand le prix du lingot tutoie les sommets, qui s'explique principalement par les difficultés des juniors à se financer. Le modèle risqué de ces entreprises spécialisées dans l’exploration consiste à prendre des droits d’exploration, puis investir beaucoup en espérant qu’une trouvaille leur permettra de revendre la concession et de rentabiliser l’opération.

A l'exception du lithium, l'exploration se concentre sur les mines déjà connues

De l’autre côté de la balance, des augmentations de budget attribuées au lithium, au cuivre, et au nickel (et dans une moindre mesure des terres rares et de l’uranium) contribuent à atténuer la chute. En adéquation avec son surnom d’or blanc, le lithium motive une prospection tout azimuts. Puisque ce métal était jusqu’alors inexploité et que les besoins explosent, une multitude de juniors sondent tous les recoins de l’Amérique Latine, de l’Australie, du Canada et des Etats-Unis (ainsi qu’un peu partout ailleurs) pour trouver de nouvelles mines. Le budget dédié à cette activité, qui avait quadruplé en 2022, a encore gagné 150% cette année. En comptant le budget destiné à vérifier que l’exploitation de gisements identifiés est faisable, comme le fait par exemple la firme française Imerys dans l’Allier, l’exploration dédiée au lithium charrie 830 millions de dollars en 2023. Il grimpe à la troisième place des métaux les plus recherchés.

Mais ce petit métal fait figure d’exception. Globalement, la recherche de cuivre ou de nickel est dominée par les forages au sein de sites miniers déjà connus. Cette tendance de long-terme, principalement portée par les stratégies prudentes des géants miniers comme Vale, Glencore, Rio Tinto ou BHP, se justifie. Il y a plus de chances de trouver un métal rare là où l’on sait qu’il y en a déjà et il est difficile d’obtenir de nouveaux permis. C’est aussi efficace puisque les réserves de cuivre identifiées dans le monde ont crû de 550 millions de tonnes en 10 ans. «Ce n’est pas génial pour la santé générale du secteur», juge pourtant Kevin Murphy, directeur de recherche mines et métaux chez S&P Global Commodity Insights. Des mines trop grandes posent des risques de rupture d’approvisionnement, voire devenir si gigantesques que les économies d'échelle s’annulent. Face à la demande de cuivre à venir, «sous investir au niveau de la base de la pyramide, de l’exploration, peut poser de graves difficultés à propos de la quantité de mines qui arrivent en production», souligne l’analyste. Mais il n'est pas simple de décider où faire de nouveaux trous.

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