Face à l’embargo américain, Huawei a des chances réelles de s’en sortir, selon un analyste

Terrassé dans les smartphones par l’embargo américain, Huawei lutte pour sa survie. Mais, grâce à l’énorme marché en Chine et son repositionnement stratégique sur le numérique pour entreprises et le secteur automobile, le grand équipementier télécoms chinois a des chances réelles de s’en sortir, estime un analyste du cabinet IDTechEx.

 

Réservé aux abonnés
Huawei
Huawei lutte pour sa survie... mais tout n'est pas perdu.

Huawei va-t-il survivre ? C’est la question que se pose Yu-Han Chang, analyste au cabinet britannique d’études de marché IDTechEx. Sa conclusion a de quoi donner de l’espoir aux 190 000 salariés du géant chinois de la high-tech, toujours numéro un mondial des équipements télécoms et ce malgré l’embargo américain qui l’asphyxie depuis mai 2019. "L’entreprise souffre, mais rien n'indique qu’elle va abandonner le combat, affirme-t-il. Compte tenu de la taille énorme du marché intérieur chinois, de son rôle dans le déploiement en plein essor de l'infrastructure 5G, de ses investissements technologiques majeurs dans les principales tendances futures et du soutien financier et politique du gouvernement chinois, les chances de Huawei de changer le cours des choses à l'avenir sont réelles. "

Changement de priorités

Pourtant, l’impact de l’embargo se fait durement ressentir sur les résultats. Selon l’analyste, sous le coup des sanctions américaines, le chiffre d'affaires de Huawei au premier semestre 2021 s’établit à 320,4 milliards de yuans (43,2 milliards d’euros), ce qui représente une baisse de 38 % par rapport à la même période de l'année précédente. La chute est encore plus vertigineuse dans l’activité grand public, dominée par les smartphones. Elle atteint – 47 %. Cette activité était la plus lucrative du groupe avec plus de 52 % du chiffre d’affaires total en 2020. De la deuxième place mondiale dans les smartphones au troisième trimestre 2020, Huawei est tombé à la dixième au troisième trimestre 2021 selon le cabinet Omdia. Ce bouleversement l’a contraint à revoir ses priorités, en se désengageant des smartphones et en se diversifiant dans des activités ne dépendant pas des puces avancées.

Les puces avancées sont vitales aux smartphones 5G de Huawei. Mais l’embargo américain lui en ferme l’accès, et ce partout dans le monde. Le groupe, qui conçoit ses propres puces clés via sa société HiSilicon, ne peut même plus les faire fabriquer par le fondeur taiwanais TSMC. Pour atténuer l'impact sur sa chaîne d'approvisionnement, il a d'abord stocké près d'un an de puces et de composants électroniques 5G, ce qui a catalysé la pénurie sur le marché, selon l’analyste de IDTechEx. Ensuite, il s’est résolu à vendre sa marque de smartphones Honor, qui formait le tiers de ses ventes, à Shenzhen Zhixin New Information Technology Company en 2020. L’objectif étant d’en assurer la survie. Le pari est gagné puisque Honor, société indépendante depuis le début de l’année, a retrouvé l’accès au marché des puces 5G notamment auprès du fournisseur américain Qualcomm.

Epuisement du stock de puces 5G

Huawei n’est pas sorti pour autant du marché. Mes ses derniers smartphones, le P50 et le Nova 9, se limitent à la 4G, alors que presque tous les produits vedettes des concurrents arborent la 5G. "Ceci indique que l'entreprise a officiellement épuisé son stock de puces 5G et qu'elle a du mal à en trouver d'autres, conclut Yu-Han Chang. Les rumeurs disent qu'elle pourrait même vendre le reste de son activité de smartphones cette année. Ce qu’elle a démenti. Néanmoins, il ne fait aucun doute que son activité smartphones ne retrouvera probablement pas sa gloire d'antan de sitôt. "

Malgré ses déboires, Huawei résiste dans son activité historique d’équipements de réseaux pour opérateurs télécoms.  Une bonne tenue que l’analyste d’IDTechEx explique par l’énorme expansion de la 5G en Chine, qui représente 60 % du marché mondial d’infrastructure 5G. "Huawei est le principal fournisseur de réseaux 5G en Chine, rappelle-t-il. Selon les résultats des enchères 5G pour 2021 publiés par les opérateurs China Mobile et China Telecom, il truste environ 60 % des parts de ce marché. À l'avenir, le marché d’infrastructure 5G continuera de croître en Chine.  Et grâce au soutien du gouvernement chinois et aux prix d’équipements 5G les plus bas du marché, il pourra bénéficier aussi du déploiement de la 5G dans des pays émergents, en Afrique et en Asie du Sud-Est."

N°2 du cloud en Chine

Après l'effondrement de son activité de smartphones, Huawei place son salut dans le développement de deux activités : le numérique pour entreprises et le secteur automobile. Il est encouragé dans cette voie par l’impulsion donnée par le gouvernement chinois pour accélérer la transformation numérique des administrations et entreprises du pays. Il est également conforté par la croissance de 18 % au premier semestre 2021 de son activité pour entreprises qui fournit des serveurs, logiciels et services cloud. Son succès est tel qu’il est devenu le deuxième fournisseur de cloud d’infrastructure en Chine, derrière Alibaba, selon le cabinet Canalys.

"Huawei investit actuellement massivement dans le développement de logiciels, ce qui n'était auparavant pas sa priorité, indique l’analyste d’IDTechEx. Des technologies telles que l'analyse de big data et l'intelligence artificielle, qui définiront l'avenir des télécommunications et des applications associées, constituent désormais une de ses grandes priorités de recherche"

Investissement de 3,8 milliards d'euros dans l'automobile

Mais c’est la diversification dans l’automobile qui est regardée avec le plus d’attention. Pas question à ce stade de vendre sa propre voiture comme envisage de le faire Xiaomi. Huawei veut valoriser son expertise dans le numérique et la 5G en accompagnant les constructeurs automobiles dans leur évolution vers la connectivité, la conduite autonome ou l’électrification. "Les véhicules autonomes auront besoin d'une connexion 5G pour atteindre tout leur plein potentiel, et l'industrie chinoise des véhicules autonomes est massive, note  Yu-Han Chang. Huawei a annoncé cette année qu'il investirait 28,3 milliards de yuans (l’équivalent de 3,8 milliards d’euros) dans les technologies de conduite autonome et de voitures électriques, et il a déjà commencé à collaborer avec des constructeurs automobiles locaux sur plusieurs projets. " Parmi ces partenaires figurent les constructeurs SAIC et Hozon.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.