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[Exclusif] Découvrez le classement 2022 des 100 premiers équipementiers automobiles mondiaux

Dans son palmarès des 100 premiers équipementiers automobiles mondiaux réalisé en exclusivité pour L'Usine Nouvelle, le cabinet Roland Berger détaille les grands défis qui attendent les fournisseurs.

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Malgré un plan d'économies se traduisant par des centaines de départ en 2021, Michelin se maintient à la 13e place du classement.

Des composants électroniques qui n’arrivent pas, des factures d’énergie qui explosent, des camions chargés de pièces renvoyés par les constructeurs, faute d’activité… Les fournisseurs automobiles se retrouvent pris au piège d’une interminable crise. Les plus exposés voient leurs marges fondre, tandis que les plus agiles encaissent le choc en se diversifiant. Dans son classement des 100 plus grands équipementiers automobiles mondiaux, réalisé chaque année pour L’Usine Nouvelle, le cabinet Roland Berger fait l’état des lieux d’une filière forcée de se réinventer alors que les pénuries de semi-conducteurs et l’inflation plombent les ventes.

Avec 81,4 millions de véhicules légers vendus dans le monde en 2021, le marché a reculé de 10 % par rapport à son niveau de 2019. « Aucun acteur n’a été capable de tenir ses prévisions. Des constructeurs aux équipementiers, toutes les entreprises fonctionnaient au jour le jour. Tout le monde en a souffert, soit en faisant des surstocks, soit en annulant des livraisons », retrace Éric Espérance, associé chez Roland Berger. L’étude s’appuie sur des données de 2021, mais l’année 2022 ne s’annonce guère meilleure. La poursuite des pénuries, la guerre en Ukraine et les confinements en Chine ont douché les espoirs d’une reprise rapide. Sur les huit premiers mois, le marché européen affiche déjà un repli de 11,9 %. 

Les entreprises françaises se sont relativement bien défendues dans ce contexte. Parfois au prix de plans d’économies sévères. Chez Michelin, les départs se sont comptés par centaines en 2021. Le fabricant de pneumatiques se maintient tout de même à la 13e place du classement, Roland Berger saluant ses investissements dans la mobilité durable et les services. Le cabinet souligne aussi la performance de Plastic Omnium (42e), qui mène des projets prometteurs dans l’éclairage et l’hydrogène.

La France championne de l'éclairage

Forvia, Plastic Omnium et Valeo ont un nouveau point commun : les trois équipementiers veulent conquérir le marché de l’éclairage. Valeo revendique le titre de leader mondial dans ce domaine, avec une part de 16,5 %. Mais la concurrence se recompose... Faurecia a déboursé 5,3 milliards d’euros pour s’offrir un fabricant historique de phares automobiles, l’allemand Hella. De son côté, Plastic Omnium a acquis Varroc Lighting Systems (VLS) pour 600 millions d’euros. « Cela va susciter une compétition accrue sur le recrutement », estime Éric Espérance. Comment expliquer cette ruée vers le même métier ? Pour les fournisseurs exposés au déclin des moteurs thermiques, il s’agit de se repositionner sur des filières d’avenir. Et les entreprises anticipent une forte croissance dans les ventes d’éclairage, notamment grâce à l’électrification. La disparition des grilles de ventilation à l’avant des voitures donne plus de liberté aux designers. Les feux devraient aussi jouer un rôle plus important dans les systèmes d’aide à la conduite. « La signalisation et l’éclairage intelligent permettent d’éviter les accidents et d’améliorer la sécurité sur les routes », argumente Valeo. Selon les estimations de Plastic Omnium, le marché de l’éclairage pourrait atteindre près de 40 milliards d’euros en 2027, contre 29,5 milliards d’euros en 2021.

Des marges à rude épreuve

Difficile de prédire avec certitude un retour à la normale. Les fabricants de puces ont beau augmenter leurs capacités, la pénurie subsiste dans le domaine des circuits analogiques et des microcontrôleurs qui manquent tant à l’industrie automobile. Sur le front de l’inflation, les équipementiers ont pu s’adapter en indexant les contrats sur le cours des matières premières. «Mais les fournisseurs n’ont pas pu répercuter toutes les augmentations sur l’énergie et le transport, signale Éric Espérance. Dans ce type d’activité, l’énergie représente en moyenne 3 à 4 % de la valeur du bien. Si ce coût augmente fortement et n’est pas répercuté, c’est pratiquement l’équivalent de la marge qui disparaît. »

Les fermetures d’usines impromptues et les révisions de contrats n’ont pas amélioré les relations entre les constructeurs et les équipementiers. Éric Espérance met toutefois en garde les donneurs d’ordres qui se montrent trop sévères avec leurs fournisseurs : « Quand le marché va reprendre, il y aura à nouveau une tension sur les sous-traitants. Les constructeurs vont leur demander de faire un effort sur les livraisons. Généralement, les sous-traitants donnent la priorité à ceux qui les ont bien traités… Il va y avoir une période délicate entre 2023 et 2024, car beaucoup de plateformes électriques sortiront au même moment. »

L’heure des rapprochements stratégiques

Les révolutions technologiques et les difficultés économiques ont favorisé les fusions entre grands équipementiers, y compris en France. Faurecia a finalisé en février 2022 l’acquisition de son concurrent allemand Hella pour former le groupe Forvia. En Chine, l’État accompagne de façon proactive ces rapprochements stratégiques. Si bien que le nombre d’acteurs chinois ne cesse de grandir dans le classement : ils sont désormais 19, contre seulement deux en 2016. « Les groupes chinois se positionnent beaucoup sur les métiers du véhicule électrique et de l’intérieur du véhicule, en concurrence directe avec des entreprises comme Forvia », remarque Éric Espérance. Le fabricant chinois de batteries CATL a ainsi bondi de 21 places dans le classement. On remarque aussi l’entrée de Minth à la 68e place. En France, ce groupe a noué un partenariat avec Renault dans la fabrication de bacs de batterie, un produit hautement technique. 

L’émergence de nouveaux acteurs ne se limite pas à la Chine. Non présent dans le classement, le fonds d’investissement allemand Mutares s’est constitué un portefeuille de 2 milliards d’euros dans l’automobile en rachetant des entreprises en difficulté, dont le site Magna de Blanquefort (Gironde) en septembre. Outre les géants du numérique comme Google et Amazon, Roland Berger note la percée de fournisseurs de services d’ingénierie comme le groupe indien Wipro. « Nous allons continuer à voir des mouvements de consolidation dans l’électronique et le logiciel », prédit Éric Espérance.  

Méthodologie

Le classement de Roland Berger repose sur l’étude de 1 000 équipementiers automobiles à travers le monde. Les 100 premiers sont répartis en quatre groupes en fonction de leur chiffre d’affaires estimé pour l’activité automobile : supérieur à 25 milliards d’euros, de 8 à 25 milliards d’euros, de 4 à 8 milliards d’euros, et inférieur à 4 milliards d’euros. Chaque équipementier est ensuite noté selon trois critères, sur une échelle de 0 à 10 : le taux de croissance annuel moyen (CAGR) du chiffre d’affaires global des entreprises (automobile et hors automobile) de 2016 à 2021, la marge d’exploitation (Ebit) en 2021 (automobile et hors automobile), et la rentabilité des capitaux investis (Roce) en 2021 (automobile et hors automobile). Les équipementiers ex æquo sont classés selon leur Roce.

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