Au terme d'un chantier de longue haleine, Essity revendique « une première mondiale » à Hondouville (Eure). Le spécialiste suédois des papiers d’hygiène recyclés a inauguré, le 17 octobre, une nouvelle ligne de recyclage entièrement dédiée aux emballages pour liquides alimentaires (ELA) – autrement dit les briques constituées de 75% de carton et 20% de polyéthylène (PE), bouchon compris, avec une couche d’aluminium en version aseptique – conçue pour récupérer près de 100% du kraft vierge issu des forêts nordiques.
Fruit d’un projet de cinq ans de recherche et développement (R&D) baptisé Delta, la ligne, brevetée, comprend une étape de récupération des fibres longues d'excellente qualité, suivie d’un nettoyage poussé qui débouche enfin sur la pâte à papier. Cette pâte est, par la suite, transformée en bobines sur la machine à ouate. Essity a mobilisé toute son expertise pour mener à bien cette innovation, les briques étant recyclées depuis 2008.
Premier débouché
Essity accroît au passage sa capacité de traitement de 40% en passant d’un volume annuel de 18 000 à 25 0000 tonnes. En captant désormais 60% des briques triées et collectées en France, l’usine normande devient le premier débouché pour cet emballage issu du bac jaune. Selon les chiffres de Citeo, la société agréée pour la valorisation des emballages et papiers ménagers au titre de la responsabilité élargie des producteurs (REP), le gisement total est de 70 000 tonnes sur 1,2 million de tonnes de papiers et cartons qui représentent 22% des 5,3 millions de tonnes d’emballages ménagers. Le taux de recyclage des briques est de 57%.
Meilleure qualité
Dans le prolongement d'une enveloppe de 47 millions d'euros ces dernières années, cet investissement de 16 millions conduit à deux développements. Essity entend créer, avec le concours d'Alliance carton nature (ACN), une filière industrielle de valorisation de la fraction de PE et d’aluminium dans la mesure où le PolyAl est de meilleure qualité, car débarrassé des résidus de fibres. Afin de supprimer la phase de blanchiment, l’objectif est ensuite de développer le marché des papiers bruns, la couleur du kraft naturel qui compose les briques. Il faut, dans ce cas, convaincre les utilisateurs. Avec sa marque Tork destinée aux professionnels et les gammes Demak’up et Lotus pour les particuliers, l’usine d’Hondouville est positionnée sur deux segments aux logiques commerciales très différentes.
Grands espoirs
À en juger par la solennité de l’inauguration, Essity fonde de grands espoirs sur ce « nouveau standard de l’industrie ». Le site transforme quelque 100 000 tonnes de papiers et cartons à recycler (PCR), d’ELA et des papiers d’hygiène collectés avec le programme de collecte Tork PaperCircle (TPC). La feuille de route est dès lors tracée : conjuguer usage unique et économie circulaire avec le « Net Zero » en 2050 comme objectif de décarbonation. Le prochain chantier est d’ores et déjà lancé : il concerne les boues issues du recyclage et du désencrage. En référence à la rivière Iton, le Calciton fait déjà l’objet d’une autorisation préfectorale pour une utilisation par les agriculteurs comme amendement basique en épandage.
Fort d’un chiffre d’affaires de 15 milliards d’euros en 2022, Essity emploie 48 000 personnes dans 150 pays. Avec 2500 salariés, six sites de production et un centre de recherche et développement (R&D), la France ressort comme le quatrième marché du groupe suédois. Hondouville emploie 360 personnes.



