[Entracte - Livres] L'étau de Paul Greveillac, ou la responsabilité d'un industriel en temps de guerre

L'étau, nouveau roman de Paul Greveillac, revient sur l'histoire d'une famille tchèque confrontée aux deux totalitarismes du XXe siècle. Le patriarche, dirigeant d'une entreprise mécanique de premier plan, est accusé d'avoir collaboré avec le régime nazi. Une épopée industrielle et un récit politique.

Réservé aux abonnés
L'étau de Paul Greveillac
Dans L'étau, Paul Greveillac écrit le roman d'un industriel face à deux dictatures du XXe siècle.

Fernak est ce qu'on appellerait aujourd'hui une pépite industrielle tchèque du début du XXe siècle. Spécialisée dans l'automobile, l'entreprise connaît une croissance fabuleuse grâce à la vision de ses deux fondateurs, bientôt rejoints par un troisième comparse, Bohus Zdrazil, surnommé le Pape. « Le Pape ne goûtait rien si peu que le temps mal employé. Les heures du rêve, à son humble avis, bâillaient sur le néant », est-il décrit. L'usine tchèque tourne tellement bien que l'entreprise peut se permettre de refuser de travailler aux Etats-Unis. Une bonne idée qui survient quelques semaines avant le krach de 1929. 

Epopée industrielle

C'est donc une épopée industrielle que raconte L'étau de Paul Greveillac, qui est aussi, un grand récit politique. Etre une entreprise tchèque dans les années 30, c'est grandir à côté d'un voisin bientôt menaçant : l'Allemagne nazie. Quand, au début, on commande des side-cars pour l'armée nazie, les dirigeants de Fernak commencent par refuser. Mais une fois l'occupation du territoire effective et le Premier ministre remplacé par un SS en mission spéciale, Fernak produira des avions de combat. Et quand le manque de main-d'oeuvre sera important, on recourra au travail de prisonniers... C'est cet engrenage qui est décrit dans l'ouvrage, ainsi que son influence sur le fameux Pape, dirigeant de qualité en temps de paix, dirigeant empêché en temps de guerre. 

L'étau se refermera à la fin de la guerre, quand la dictature communiste venue d'URSS exercera son emprise sur la Tchécoslovaquie... Et que les fantômes du passé viendront tourmenter les enfants du Pape à la chute du rideau de fer. 

Avec ce nouveau roman, le (trop ?) discret Paul Greveillac creuse un peu plus les thèmes de ce qui commence à constituer une oeuvre. Depuis ses débuts en littérature, il interroge la place de l'individu à l'heure des grands totalitarismes du XXe siècle. Jusqu'ici, le romancier s'intéressait à des figures d'artistes (cinéaste, peintre ou musicien) sous les dictatures communistes, qu'elles fussent chinoises ou soviétiques. Cela donnait lieu à de passionnantes réflexions sur la liberté de création.

Quelle responsabilité face à la dictature

Tout en restant fidèle à ses thèmes, son précédent roman, Art nouveau, s'intéressait à un architecte travaillant à la fin de l'empire austro-hongrois. Avec L'étau, c'est la question de la responsabilité d'un homme d'entreprise, d'un dirigeant qui devra faire face à la dictature nazie, qui est posée. Jusqu'où s'abstenir, est-ce résister ? Surtout qu'ensuite arrive l'autre dictature qui s'abat sur l'Europe orientale entraînant ré-écriture de l'Histoire, rendant la question de la vraie résistance plus ambiguë encore. S'il est une chose qui apparaît à la lecture de ce roman (malgré ce qui précède, on parle bien d'un roman, pas d'un essai philosophique), c'est que c'est toujours une folie que de demander des comptes à la génération qui suit. 

L'étau, Paul Greveillac, Editions Gallimard

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
78 - Rambouillet
Date de réponse 30/04/2026
Trouvez des produits et des fournisseurs