Cet article concerne le quatrième tome de la saga, il est susceptible de divulgâcher des éléments de l'intrigue.
Les calendriers éditoriaux réservent parfois d'étranges coïncidences. Nous avions déjà fait la chronique des premières parties de Terra Ignota. Dans cette saga de science-fiction hors norme, Ada Palmer peint un lointain avenir où les États-nations ont disparu. Pas moins mortelle que les autres, cette civilisation en apparence utopique voit le retour d'un spectre longtemps oublié, celui de la guerre. Publié en 2021, le récit de ce conflit dans un monde sans frontières vient d'être traduit par Michèle Charrier chez Le Bélial', sous le titre L'Alphabet des Créateurs, quatrième et avant-dernier tome de la série.
« Le monde entier réduit au silence »
Nous voici donc de retour en 2454. Bien sûr, il ne faut pas exagérer les similitudes de cette fiction avec notre monde réel. Difficile pourtant de réprimer une sensation de vertige lorsque le roman dessine les motifs intemporels de la guerre : les réseaux de communication ont été coupés, les armées se disputent des infrastructures stratégiques et les organes de paix ont échoué.
L’Alphabet des Créateurs raconte aussi un monde hyperconnecté où la technologie déraille. Habitués aux voitures volantes, les citoyens du monde redécouvrent à leur grand malheur la distance. Puis, un calme soudain annonce la tempête lorsque les signaux finissent par être brouillés. « Le monde entier réduit au silence. Ou pas », écrit Ada Palmer.
Ressortez les sextants
Puisque nous faisons partie des optimistes, retenons ces moments de grâce du roman où l’espoir semble à nouveau permis. Les écrans se sont tous éteints ? De jeunes étudiants dressent des miroirs sur la mer pour communiquer à coups de laser. Les satellites ne répondent plus ? Des marins intrépides s’orientent en dépoussiérant les compas et les sextants. Ada Palmer dédie d’ailleurs son oeuvre « au premier être humain à qui est venue l’idée de creuser un tronc d’arbre pour en faire un bateau et à ses successeurs ».
Terra Ignota fait partie des sagas impossibles à résumer sans passer pour quelqu'un aux goûts bizarres. Chargé de références philosophiques, le livre s’inspire du style littéraire du XVIIIe siècle avec ses apostrophes grandiloquentes et ses phrases délicieusement alambiquées. Tout cela est parfois confus, à la limite du digeste dans certains chapitres. Des réserves que nous pouvons oublier en fin de lecture grâce à cette impression : jamais nous ne lirons quelque chose de semblable.
Ada Palmer, L’Alphabet des Créateurs, Le Bélial’, 544 pages, 24,90 euros



