[Entracte-Livre] Sept redditions, quand la science-fiction devinait la fin de la mondialisation heureuse

L’autrice américaine Ada Palmer redouble encore d’inventivité et d’éloquence dans Sept redditions. Paru fin mai (mais originalement publié en 2017) chez Le Bélial', ce livre fait le récit d’une mondialisation utopique qui tourne au vinaigre. Un roman étrangement actuel.

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ISS station spatiale internationale
La Terre vue depuis la Station spatiale internationale (ISS) en 2016.

Retour en 2454 ! Après un premier tome très remarqué, Le Bélial’ publie la suite de Trop semblable à l’éclair, toujours signée par l’autrice américaine Ada Palmer et traduite par Michelle Charrier. Dans ce roman intitulé Sept redditions, la science-fiction se mêle aux intrigues politiques et au fantastique. Une lecture assez pointue mais réjouissante si vous goûtez l’érudition et l’éloquence.

La machine infernale au XXVe siècle

C’est la marque des grands livres de science-fiction : la saga d’Ada Palmer fait étrangement écho à l’actualité. Paru avant la crise du Covid-19, Trop semblable à l’éclair dressait le portrait d’une Terre heureuse, sans États-nations et sans Églises. Une espèce de mondialisation exacerbée mais réussie. 

Comment une telle planète pourrait retomber dans la guerre en l’espace de quelques jours ? Les sociétés contemporaines peuvent-elles traverser une nouvelle “machine infernale”, semblable à celle qui a provoqué la Première Guerre mondiale ? C’est l’objet de Sept redditions, où nous retrouvons des communautés au seuil du conflit armé et des personnages aux croyances bouleversées.

Un récit aux allures de mascarade funèbre

Extrait

Imaginez, lecteur, la vue dont jouissent les heureuses étoiles autour desquelles orbitent des mondes jeunes, pleins de vie. Le tournoiement de leurs enfants offre à ces soleils de brefs aperçus d'océans vivants, de jungles de lichen étendant une terre toute neuve sur une roche qui n'a pas fini de refroidir, des premières consciences qui lèvent des yeux curieux vers leur parent éclatant. Une vue que partageait Martin Guildbreaker, assis dans la salle principale du réseau de transport Utopiste, dont les techniciens passaient en tournoyant d'un ordinateur à l'autre.

Grande styliste, Ada Palmer joue avec les digressions et les références classiques pour composer un récit aux allures de mascarade funèbre. Les dirigeants se trahissent, le réseau de voitures volantes cache un complot et les habitants de la Lune ne sont pas ce qu’ils prétendent… Après une fin haletante (mais inquiétante), un seul constat : vivement la suite.

Ada Palmer, Sept redditions, Le Bélial’, 544 pages, 24,90 euros.

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