[Entracte - Livres] Turbulences de Davis Szalay, pour ne pas oublier ce que voulait dire voler

Le britannique David Szalay imagine une fiction qui court autour du monde. Dans Turbulences, il décrit des personnages en transit dans un aéroport ou dans les airs...  et entre deux vies. Du grand art.

Réservé aux abonnés
Salle d'attente aéroport
Salle d'attente aéroport

Il est d'étranges coïncidences, que les esprits les plus désireux de croire appelleront destin. Ainsi en est il du court recueil de David Szalay, Turbulences paru en février 2020 aux éditions Albin Michel. Alors que la pandémie de Covid 19 immobilisait les avions paraissait la traduction de cet ouvrage qui utilise le voyage par les airs comme trame narrative.

Le romanesque des aéroports

Tout commence dans un avion, se poursuit dans un aéroport en un tour du monde qui est aussi un itinéraire sentimental. Ce court roman est composé de chapitres courts qui s'enchaînent selon un principe assez simple. Chaque chapitre met en scène deux personnages principaux. L'un va prendre,  a pris ou est dans un avion et croise un nouveau personnage. C'est une mécanique éprouvé depuis la pièce de théâtre du viennois Arthur Schnitzler, La Ronde. On passe ainsi d'une histoire à l'autre, d'un évanouissement à un deuil, d'une séparation à un conflit fratricide... 

Alors que les préoccupations écologiques condamnent ce mode de transport, le roman de David Szalay montre à quel point il est devenu indissociable de nos vies, comment l'aviation de masse a créé peut être plus que toute idéologie une interdépendance entre les habitants de la Terre - la classe moyenne mondiale plus précisément - qu'ils vivent à Londres, Rio, Hong Kong ou Dakar... Qu'on se déplace pour des motifs professionnels ou personnels, qu'on travaille dans une compagnie aérienne ou qu'on parte rejoindre un enfant ou un conjoint distant... 

Turbulences des airs, coeurs troublés

Le trafic aérien a produit une mondialisation des sentiments dont ce roman esquisse une carte, qui, par moments, a des allures de carte du Tendre, telle qu'on les dessinait au XVIIe siècle. Turbulences avec son joli titre tout en double sens (au pluriel en français mais au singulier dans la version originale, évoquant aussi bien les trous d'air que les désordres sentimentaux n'est pas un panagérique du transport aérien rémunéré par un constructeur ou une compagnie aérienne. C'est la version imprimée  d'un feuilleton radiophonique où David Szalay saisit tout le potentiel romanesque et littéraire de l'avion. Qui - parmi ceux qui ont la chance de pouvoir voyager - n'a jamais rêvé une autre vie dans un de ces lieux de transit, dans une salle d'attente ou un avion au dessus de l'océan ? 

Séparés ou réunis, les personnages de Szalay sont saisis dans un moment, en un mouvement où l'on retrouve tout le talent de cet écrivain découvert avec Ce qu'est l'homme aux mêmes éditions Albin Michel : un fin psychologue et un styliste précis, capable en quelques mots de créer un personnage et d'inventer en peu de pages une situation, son évolution, sa résolution et un rebond pour un nouveau vol. N'hésitez pas à embarquer pour un voyage immobile avec ce petit livre aux ressources infinies. 

Turbulences, David Szalay, Albin Michel Traduit de l'anglais par Etienne Gomez

Pour les amateurs de photographie, les éditions Textuel ont publié l'an dernier Last Call de l'immense photographe belge Harry Gruyaert. Comme son nom l'indique, il s'agit de photographies prises dans des aéroports où l'on retrouve les jeux graphiques prisés de cet artiste, et son travail sur la lumière à la limite de l'irréel. 

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
Trouvez des produits et des fournisseurs