Enquête

Enedis en première ligne pour moderniser le réseau électrique

Le gestionnaire du réseau de distribution d’électricité Enedis mise sur la technologie pour le moderniser et connecter rapidement les nouvelles capacités en énergie renouvelable, afin de faire face aux besoins futurs.

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Réseau électrique
Réseau électrique

«Nous sommes face au défi de la deuxième électrification de la France.» Rien que cela ! Ces mots sont de Marianne Laigneau, la présidente du directoire d’Enedis. Pour le gestionnaire du réseau de distribution d’électricité, l’enjeu est connu. La part de l’électricité dans notre mix énergétique va s’envoler. Elle devrait passer à 55 % d’ici à 2050, contre 25 % aujourd’hui. Il faut donc investir et innover à tout va pour réussir ce chantier tentaculaire. C’est pourquoi Enedis a annoncé, en mars, le plus gros plan d’investissement de son histoire : près de 100 milliards d’euros (96 milliards exactement) d’ici à 2040.

Enedis doit déjà réussir le pari de la modernisation du réseau. Ce dernier est gigantesque, il équivaut à 35 fois le tour de la Terre et représente à lui seul 15 % de tous les réseaux d’Europe. Et tous les quatre ans, c’est comme si l’on rénovait l’équivalent d’un tour complet de la Terre. «C’est un peu notre grand carénage à nous», selon Marianne Laigneau. Plus de 1 milliard d’euros est consacré par an à cette tâche. «On met de l’IA partout. On ne le dit pas assez, mais nous sommes aujourd’hui une boîte de tech», précise-t-on chez Enedis. L’idée vise à prévenir le plus de pannes possible. Un exemple très pragmatique : des drones permettent de savoir quand couper les arbres autour des lignes à haute tension et de signaler aussi les portions les plus abîmées à changer en priorité. Il faut également continuer à enfouir les lignes. Aujourd’hui, 90 % de tout ce qui est construit est automatiquement enterré. Cela limite le risque de pannes en cas de gros vent ou de tempête.

La France rattrape son retard dans les ENR

Le réseau électrique français représente à lui seul 15% du réseau européen.

—  Marianne Laigneau, présidente du directoire d’Enedis

Il faut aussi adapter le réseau aux aléas climatiques (vents violents, épisodes de givre ou de neige collante, crues ou encore forte chaleur). Au moment des pics de chaleur, la température peut vite atteindre 90° C dans les sols, ce qui n’était pas prévu au moment de la création du réseau. Il faut donc remplacer les câbles les plus anciens par d’autres de nouvelle technologie. «Est-ce que cela va suffire ? Ce n’est pas sûr. Alors pour faire les bons choix, on modélise le changement climatique à 2050», précise Marianne Laigneau. Mais le plus gros des défis reste le raccordement du réseau. Si l’on veut éviter les risques de pénurie en 2030-2035, avant l’arrivée des nouveaux EPR, il faut d’urgence accélérer dans le renouvelable. Aujourd’hui, la part des ENR dans le mix électricité s’élève à 24 %. Cela doit, sans doute, être un peu plus de 40 % en 2030, et 50 % en 2035... Concernant les renouvelables, Enedis table sur un parc photovoltaïque raccordé au réseau public de distribution d’une capacité de 42 gigawatts en 2032, contre 14 en 2022. La puissance installée de l’éolien terrestre atteindrait 28 GW en 2032 à elle seule. Pour réussir ces objectifs, il faut raccorder 5 gigawatts chaque année. C’est deux fois plus qu’en 2019. «La France est partie en retard, mais on rattrape nos voisins grâce au boom du solaire. Les particuliers s’équipent massivement en panneaux», se réjouit Marianne Laigneau.

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La France rattrape son retard sur les énergies renouvelables grâce à l’installation de panneaux solaires par les particuliers.

—  Marianne Laigneau

Fin juin, 725 000 sites ENR étaient reliés au réseau. «C’est une révolution de la décentralisation», selon Enedis. 60 % de ses installations ont en effet été effectuées dans des communes de moins de 2 000 habitants. Et ce n’est qu’un début. Il va falloir raccorder 1 million de sites de production ENR en plus d’ici à 2028. Pour être en capacité de le faire, l’entreprise a revu de fond en comble ses processus de raccordement. «Le temps du développement des infrastructures est plus long que le temps des ENR. Il faut que l’on soit plus rapide», dit-on chez Enedis. Jusque-là, comme il y avait très peu de clients dans ces zones rurales, l’opérateur public avait adapté en conséquence ses investissements en matière de postes sources, les bâtiments reliant le réseau public de transport d’électricité à celui de distribution. Il va donc falloir mieux mailler le territoire. «À l’horizon 2030, nous allons construire 80 postes supplémentaires, prioritairement pour les ENR», précise le gestionnaire du réseau. Aujourd’hui, il en compte 2 300. Ces postes relient le réseau public de transport d’électricité à celui de distribution d’électricité. Jusque-là, il fallait entre deux et trois ans (précédé d’une instruction administrative de trois ans) pour construire un poste. Enedis s’engage à passer la période de travaux à dix-huit mois.

Un dernier défi de taille : l’humain

Et il faut aller vite car les besoins croissent rapidement. Il suffit de voir le développement du parc de voitures électriques. Enedis estime que la France en comptera 8 millions à l’horizon 2028. «Il faut un vrai plan Marshall pour le développement de la mobilité électrique», affirme Marianne Laigneau. Il s’agira pour la société de raccorder les infrastructures de recharge sur autoroute, mais surtout dans le résidentiel collectif (240 000 copropriétés qui ont au moins dix places de parking vont devoir s’équiper en prises, d’ici à 2035).

La production des ENR, c’est une révolution : 60% des installations se trouvent dans des communes de moins de 2 000 habitants.

—  Marianne Laigneau

En fin d’année, le gestionnaire du réseau promet qu’il aura fini de raccorder toutes les aires d’autoroute en charge rapide. Reste un dernier défi de taille à relever. Celui de l’humain. L’entreprise de 39 000 salariés va devoir recruter le plus tôt possible. Quelque 2 900 embauches (1 600 CDI et 1 300 apprentis) sont prévues cette année. Cela représente une augmentation de plus 10 % par rapport aux recrutements de 2022 et le plus haut niveau d’embauches et d’effectifs depuis 2016.

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