En visite chez Smart à Hambach, Agnès Pannier-Runacher interpelle les dirigeants de Daimler

Jeudi 30 juillet, la ministre déléguée à l’Industrie auprès de Bruno Le Maire, Agnès Pannier-Runacher, s’est rendue sur le site de production de Smart, filiale du groupe Daimler-Benz, à Hambach (Moselle), que le groupe allemand entend céder. La ministre est venue mettre les dirigeants face à leurs responsabilités.

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Runacher Smart Hambach
Agnès Pannier-Runacher, veut faire en sorte de préserver les 1 600 emplois du site Smart à Hambach (Moselle).

En visite sur le site Smart d’Hambach, en Moselle, ce jeudi 30 juillet, Agnès Pannier-Runacher a rencontré les dirigeants du groupe Daimler, qu’elle a souhaité mettre devant leurs responsabilités. Alors que le groupe allemand annonçait en 2018 que l’usine d’Hambach serait chargée de produire un modèle de Mercedes électrique, le groupe s’est récemment rétracté en annonçant vouloir se séparer de son site mosellan, à cause de la crise que traverse en ce moment l’automobile. "Je veux dire ici la colère et la surprise qu’a engendrée la décision des dirigeants de Daimler", a déclaré la ministre aux journalistes.

Soutenir les salariés, c’est la mission que s’était fixé la ministre déléguée en rencontrant les représentants des 1 600 travailleurs du site d’Hambach. "Je suis ici pour manifester mon soutien aux salariés de Daimler et à tous les sous-traitants qui travaillent ici", a-t-elle déclaré. Après que le groupe ait investi 500 millions d’euros dans son site en 2018, eux-mêmes ne s’attendaient pas à la décision du groupe de vendre l’usine à un repreneur.

La responsabilité de Daimler

La ministre a annoncé vouloir mettre les dirigeants "devant leurs responsabilités", en les exhortant à "chercher des activités qui pourraient être affectées à ce site". "Les salariés ont fait leurs preuves, ils ont démontré leur excellence, la compétitivité du site n’est pas en cause". Déjà, en 2016, les employés avaient accepté de passer aux 39 heures de travail hebdomadaires en étant payé seulement 37 heures. En 2018, lors des investissements de l’usine pour produire des véhicules électriques, ces mêmes employés avaient dû s’adapter à la refonte de la production. Les dirigeants du groupe allemand "doivent à leurs salariés qui ont su s'adapter, qui se sont formés, qui ont été très vite pour réorganiser les lignes de production, la même exigence que celles dont les salariés ont fait preuve", a-t-elle ajouté.

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De plus, "le marché des véhicules électriques rebondit plus vite que celui des véhicules thermiques, et l’usine d’Hambach a justement bénéficié de 500 millions d’euros pour se moderniser et produire des véhicules électriques", arguait Agnès Pannier-Runacher. Elle a donc exhorté l’exécutif du groupe à réfléchir aux solutions qui pourraient permettre de "donner un avenir au site". "C’est dans cette direction que je veux travailler", avance la ministre déléguée à l’Industrie.

Lors de leur rencontre avec la ministre, les représentants syndicaux ont débriefé leur réunion avec le dirigeant du groupe, Ola Kallenius. "Nous n’avons pas eu les réponses que nous attendions… Pour l’instant la direction nous répond qu’ils n’ont pas de solution à nous proposer pour réutiliser l’usine. De plus, ils acceptent de réfléchir au cas des 1 300 salariés qui travaillent uniquement sur la Smart, sans s’occuper des 300 autres employés et sous-traitant avec lesquels nous travaillons sur le site", a déclaré Emmanuel Benner, délégué syndical CFTC.

Un possible repreneur bien mystérieux

Le pétrochimiste Ineos est pour l’instant le seul repreneur potentiel de l’usine d’Hambach, qu’il se propose d’utiliser afin de produire une nouvelle génération de 4 X 4 thermiques, baptisée Grenadier. Les délégués syndicaux ont également pu s’adresser aux dirigeants d’Ineos pour évoquer leur possible reprise de l’usine. Initialement, Ineos souhaitait ouvrir deux sites : l’un au Pays de Galles, l’autre au Portugal. L’entreprise compte désormais investir dans une seule usine. Mais le problème de fournir un emploi aux 1 600 salariés qu’embauche actuellement Daimler sur le site mosellan reste entier.

Selon Emmanuel Benner, "le projet initial des dirigeants d’Ineos faisait état de 500 postes sur son site gallois, et 500 de plus sur le site portugais. Mais la fusion de ces deux sites fera nécessairement diminuer le nombre de salariés d’une potentielle usine unique en Moselle. Ainsi, même si Ineos implantait une ligne de production pour le Grenadier en reprenant une partie de la production de Smart, cela ne nous garantit pas que les 1 600 travailleurs du site soient embauchés à terme".

Le délégué syndical déplore le manque de visibilité sur ce projet, et témoigne de la méconnaissance de la typologie du site par Ineos, qui empêche fatalement le groupe anglais de se prononcer sur le nombre d’emplois qui seraient disponibles en cas de rachat.

"Il faut donner aux salariés de la visibilité sur ce qui adviendra des emplois et des fonctions supports d’ici 2022, 2024, et encore après", estime Agnès Pannier-Runacher. "Il faut traiter les solutions avancées – par Daimler et Ineos - avec professionnalisme". Ainsi, la ministre déléguée a demandé au cabinet Roland Berger de mener des contre-expertises sur chaque solution afin "d’appuyer les négociations sur des éléments chiffrés, des éléments des fond". Mais elle n’a pas manqué de rappeler que la reprise de l’usine par  Ineos "n’est pas la seule solution".

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