Un nouveau coup de massue sur une filière automobile française déjà meurtrie. Dans un communiqué inattendu, le constructeur allemand Daimler a annoncé vendredi 3 juillet son intention de se séparer de son usine de Hambach (Moselle), connue pour sa production des célèbres citadines Smart. Une décision que le groupe justifie par l’impact de la crise économique liée à l’épidémie de coronavirus. "Au vu de l'importance des investissements à venir, surtout dans les domaines de l'électrification et de la numérisation, nous mettons systématiquement en œuvre des mesures visant à accroître l'efficience", a précisé Daimler dans un communiqué.
"Les répercussions de la pandémie de Covid-19 sur l'économie engendrent par ailleurs de nouvelles conditions sur le marché et par conséquent, nous optimisons notre réseau de production mondial", a ajouté le groupe, qui s’est lancé depuis plusieurs mois dans un douloureux plan d’économies. En novembre dernier, Daimler a annoncé la suppression d’au moins 10 000 postes à travers le monde d’ici à 2022, afin d’obtenir des gains de 1,4 milliard d’euros par an visant à financer le passage à l’électrique. Un effort dont son dirigeant, Ola Kallenius, avait prévenu début juillet qu’il ne serait pas suffisant pour faire face à l’impact du coronavirus, tout en évoquant des réductions de salaires.
Des décisions contradictoires
En cédant son site français de Hambach, Daimler se déferait ainsi de 1 600 emplois supplémentaires. "Nous nous attendions à devoir faire des efforts. Des réductions d’effectifs et des baisses de salaires des cadres ont déjà été annoncées en Allemagne. Et Daimler ne peut toucher aux effectifs [dans ce pays] en raison de l’accord qui a été passé avec le syndicat IG Metall. C’est donc sur nous que ça tombe", a analysé auprès du journal LeMonde Jean-Luc Bielitz, élu CGT au comité social et économique (CSE) du site. Un choc d’autant plus important pour les salariés qu’ils ont consenti de nombreux efforts depuis plusieurs années pour maintenir l’activité sur le site.

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En 2016, les employés du site mosellan avaient ainsi accepté de repasser à un rythme de 39 heures hebdomadaires payées 37 heures. Deux ans plus tard, le groupe, alors dirigé par Dieter Zetsche, s’était engagé à investir 500 millions d’euros pour adapter le site à la production d’un modèle électrique de la marque Mercedes, aux côtés des Smart déjà fabriquées sur place. De quoi susciter l’enthousiasme. Mais pas pour longtemps. En 2019, les 1 600 salariés avaient appris la délocalisation de la production des célèbres citadines en Chine à partir de 2022, comme conséquence de la création de la coentreprise entre Daimler et le Chinois Geely portant sur la marque Smart.
Les fournisseurs déjà sous pression
Mais le maintien de la production des modèles Mercedes et les travaux engagés grâce à l’enveloppe de 500 millions d’euros ne laissaient pas augurer la décision finale de Daimler de vendre son usine de Hambach à un repreneur. De nombreuses questions restent désormais en suspens, en particulier le maintien ou non de la production sur le site de la production de ces véhicules électriques Mercedes malgré le rachat par un nouveau groupe. Au-delà des salariés du site, c’est l’ensemble de l’écosystème de sous-traitants qui pourrait être durement touché, d’autant que ces derniers se sont engagés dans une délicate transition vers l’électrique pour suivre le virage engagé par leur donneur d’ordre. Avec déjà des conséquences sur les cinq sous-traitants "partenaires" installés sur le site lorrain.
En 2019, Faurecia, Magna Uniport et SAS Automotive avaient engagé des plans de sauvegarde de l’emploi (PSE) portant sur 138 postes. L’idée d’une vente ne devrait pas faciliter la situation. Peu après l’annonce, le ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, a appelé Daimler à "garder toutes les options ouvertes, y compris celle de conserver le site". Au-delà de l’impact sur l’emploi, l’issue incertaine de cette possible vente de l’usine Smart témoigne du fait que le pari d’une localisation de la production de véhicules électriques en France, telle que demandée par l’exécutif, reste loin d’être acquise.



