Malgré le Brexit et le Covid-19, Brittany Ferries ne lâche pas la barre. La compagnie a annoncé le 20 juillet la poursuite de son programme de renouvellement de sa flotte, inscrit dans son plan de relance à cinq ans, avec une priorité accordée à la transition énergétique des activités. L’affrètement de deux nouveaux navires est désormais engagé. Il s’agira de deux bâtiments hybrides, propulsés au GNL et équipés de batteries électriques. Construits en Chine, ils devraient rejoindre la flotte en 2024 et 2025 pour être positionnés sur les lignes Saint-Malo - Portsmouth (Royaume-Uni) et Caen/Ouistreham - Portsmouth, en remplacement des ferries vieillissants Bretagne et Normandie, entrés respectivement dans la flotte il y a 32 ans et 30 ans.
220 millions d’euros d’investissements
Le plan d’investissements est évalué à 220 millions d’euros. Initialement, le coût des deux navires neufs s’élève à 380 millions d’euros au total. Pour réduire à 220 millions d'euros l'investissement de Brittany Ferries, les deux navires construits en Chine seront acquis au départ par le groupe suédois Stena RoRo, qui les affrètera à Brittany Ferries pendant quatre ans. Le contrat s’accompagne d’une option d’achat que la compagnie entend lever à l’issue de ces quatre ans afin de limiter son investissement.
Quatre navires au GNL, dont deux hybrides
Brittany Ferries est déjà engagé sur le déploiement d’une flotte à l’impact diminué sur l’environnement. Deux navires propulsés au GNL, le Salamanca et le Santona, en construction en Chine, seront mis en service dès 2023 sur des lignes de la compagnie entre le Royaume-Uni et l’Espagne. Les deux navires suivants ajouteront l’électrique à la propulsion GNL.
Frédéric Pouget, directeur du pôle Armement et des Opérations maritimes et portuaires de Brittany Ferries, explique que "le GNL est déjà, aujourd’hui, l’énergie la plus propre à disposition du monde maritime. Nous allons franchir une première étape en introduisant des batteries". Selon la société, ce type de navires est actuellement inédit sur le trafic trans-Manche et encore peu développé sur les navires mixant le transport de passagers et le fret. L’hybridation devrait offrir une "réduction des émissions de gaz à effets de serre de 25% à 30% au total sur ces navires, et permettre de supprimer la totalité des émissions pendant l’escale", affirme Jean-Marc Roué, président de Brittany Ferries.
Electrification portuaire
Pour parvenir au tout électrique et à ce niveau de réduction des émissions pendant les manœuvres d’appareillage et de mouillage, les navires auront aussi besoin de soutien en infrastructures disponibles dans les ports. Pour les batteries, si la propulsion permettra leur chargement pendant la navigation, il faudra bien un accès à des capacités de rechargement directement installées dans les ports, à quai. A Saint-Malo, la région Bretagne a engagé un programme de construction d’un nouveau terminal, à horizon 2024-2026, qui prévoit une électrification. Des travaux sont aussi engagés par la région Normandie sur le terminal Caen-Ouistreham pour les dispositifs d’appareillage, d’amarrage et de largage.
Les navires destinés à remplacer les Bretagne et Normandie seront de même largeur, soit 27,8 mètres, mais plus longs de 43,5 mètres, atteignant une longueur totale de 194,7 mètres chacun. Le futur remplaçant du Bretagne, qui opérera entre Saint-Malo et Portsmouth, devrait transporter 50 000 passagers et 3000 camions en plus par an. Le successeur du Normandie, entre Caen-Ouistreham et Portsmouth, disposera d’un potentiel de 15 000 passagers et de 5000 véhicules industriels en plus.
Vents économiques défavorables
Brittany Ferries continue, en attendant, de faire face à des vents économiques très défavorables, avec le Brexit et évidemment la crise du Covid-19. Le chiffre d’affaires s’est écroulé à 202,4 millions d’euros en 2020, contre 469 millions en 2019. L’impact sur le fret est resté limité, avec un trafic passé de 201 554 à 160 377 véhicules industriels entre 2019 et 2020. En revanche, le trafic passagers s’est effondré, passant de 2,5 millions en 2019 à seulement 752 000 l’an dernier. L’entreprise prévoit même un exercice 2021 encore plus difficile, car si la dernière saison estivale avait permis de compenser avec la levée des restrictions de voyage, ce n’est pas vraiment le cas cette année, et les annulations et reports de voyage pour 2022 se multiplient, selon Jean-Marc Roué.
Pour continuer toutefois d’avancer sereinement dans son programme de renouvellement de flotte, Brittany Ferries s’appuie sur quelques aides de l’Etat et sur le soutien des deux régions Bretagne et Normandie, qui lui ont alloué des avances remboursables, à partir de 2026, de 30 et 35 millions d’euros respectivement.



