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En Moselle, le projet d’usine de recyclage chimique des plastiques à 440 millions d'euros de Suez et Loop Industries suspendu

À Carling-Saint-Avold (Moselle), le projet d’une usine de recyclage chimique des plastiques est suspendu. D'un coût initial de 440 millions d'euros qui serait passé à 700 millions d'euros, le site devait créer 200 emplois et ouvrir en 2027. Loop Industries, SK Geo Centric et Suez RV France mettent en cause l’inflation des coûts et la conjoncture économique. Selon nos informations, l'annonce officielle devrait avoir lieu dans une dizaine de jours.

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Carlin Saint Avold
Les 600 hectares de la plateforme pétrochimique de Carling Saint-Avold disposent encore de 240 hectares de réserves foncières disponibles.

Le projet de construction d’une usine de recyclage chimique des plastiques sur la plateforme de Carling-Saint-Avold (Moselle) est suspendu. L'annonce devrait, selon nos informations, être officialisée dans une dizaine de jours. Porteur du projet «Parkes» avec le canadien Loop Industries, le sud-coréen SK Geo Centric (groupe SK), Suez RV France a confirmé la décision à L'Usine Nouvelle. «[Le projet] est mis en suspens d’un commun accord», indique Suez qui pointe «l’inflation des coûts et la situation macroéconomique remettent en cause l’équilibre du projet». Selon nos sources, son coût se monterait maintenant à 700 millions d'euros, soit une hausse du Capex de 60% qui rend le projet totalement irréalisable. Les hausses concernent la construction, l'ingénierie, sans parler de l'inflation du coût de l'énergie. Les travaux devaient commencer fin 2025.

C'est un coup dur alors que fin octobre, les trois entreprises n'avaient déjà pas validé l’option d’achat portant sur un foncier de 20 hectares auprès de la communauté d’agglomération de Saint-Avold Synergie (Casas), comme l'avait révélé France 3. Les trois partenaires prévoyaient d’investir 440 millions d’euros sur l’emprise d’une ancienne cokerie rattachée à la plateforme de 600 hectares où sont notamment implantés TotalEnergies, Arkema, la centrale thermique au charbon de GazelEnergie, ainsi que plusieurs unités de chimie verte.

Il s’agissait d’y déployer la technologie mise au point par Loop Industries en vue de dépolymériser des déchets plastiques de polyéthylène téréphtalate (PET) et obtenir ainsi des monomères pouvant être réintroduits dans les chaînes de production de PET. Suez précise que «le traitement moléculaire reste une technologie d’avenir en laquelle [il croit] et pour laquelle [il va] continuer [son] travail de recherche et de développement».

La dépollution du site presque terminée

Après une phase de concertation publique conduite à l’automne 2023 sous l’égide de la Commission nationale du débat public, le projet Parkes aurait dû engager son enquête publique cette fin d’année 2024. Le président de la Casas, Salvatore Coscarella, regrette le mutisme des industriels, expliquant «être sans nouvelle des porteurs du projet depuis plus de trois mois». L’élu indique que Loop Industries, SK Geo Centric et Suez RV France, ont demandé «la levée des réserves foncières qui leur donnait la priorité pour acquérir le site».

L’unité de recyclage chimique des plastiques suscitait de nombreux espoirs sur le territoire. Elle devait créer 200 emplois directs à sa mise en service en 2027, participant ainsi à la reconversion de la plateforme pétrochimique de 1200 salariés dans les procédés de recyclage et la chimie verte. L’usine devait s’implanter sur une partie des 45 hectares acquis en février 2023 par l’Établissement foncier public du Grand Est (EPFGE) pour le compte de la communauté d’agglomération, auprès du liquidateur de Cokerie de Carling.  L’établissement public spécialisé dans la reconversion des friches a réalisé les études, piloté et co-financé les travaux de dépollution des 20 hectares. Le chantier engagé au premier trimestre 2024 mobilise près de 10 millions d’euros d’investissement et doit s’achever cette fin d’année.

Du foncier industriel disponible

Alain Toubol, le directeur-général de l’EPFGE, demeure confiant dans l’avenir de cette ancienne friche dont le foncier conserve «un caractère exceptionnel» et «un intérêt stratégique» en raison de sa dimension, de son classement « Seveso seuil haut » et de sa situation géographique au cœur de l’Europe, à proximité du Bénélux et de l’Allemagne. «Dans une perspective de réindustrialisation, trouver un foncier de cette ampleur pour implanter de l’industrie lourde est loin d’être aisé. C’est pourquoi, il y a un intérêt territorial majeur à poursuivre sa réhabilitation», conclut-il. Sur un total de 600 hectares, la plateforme entrée en service en 1954 avec l’essor de la carbochimie lorraine ne manque toutefois pas de réserves foncières disponibles, afin d’accueillir des projets industriels. Ces réserves sont estimées à 240 hectares.

En attendant, les sources les plus optimistes parlent d'un projet qui serait décalé d'au moins deux ou trois ans, même si les acteurs «croient toujours dans le recyclage 2.0», nous a confié un spécialiste du sujet. Il faudra pour cela que les coûts de construction redeviennent abordables et que les réglementations européennes favorisent davantage l'utilisation des plastiques recyclés.

Philippe Bohlinger et Olivier Cognasse

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