Chronique

En Martinique, la distillerie du Simon mise sur le retraitement de l’eau en boucle fermée

[Drinks stories] En Martinique, la distillerie du Simon, qui fournit notamment les rhums HSE, a installé un dispositif de traitement des vinasses afin de s’approvisionner en eau à hauteur de 80%.

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Distillerie du Simon - Le François - Martinique
La distillerie du Simon compte améliorer son empreinte environnementale.

Au François, en Martinique, 80% des besoins en eau sont désormais assurés par un retraitement interne au sein de la Distillerie du Simon. En 2024, à mi-campagne de distillation (sur une période totale du 30 janvier à mi-juin), 35000 mètres cubes d’eau, sur un total de 40000 mètres cubes consommés, avaient été récupérés. Une performance permise par l’installation d’une nouvelle machine en 2022, moyennant 3,2 millions d’euros d’investissement, et qui doit encore monter en puissance.

«En amont, il faut mouiller les cannes à sucre lorsqu’elles arrivent dans l’usine. L’industrie des spiritueux, notamment dans le rhum, est très gourmande en eau, car la vinasse est rejetée dans d’énormes bassins de rétention. La distillerie rejette autant de pollution, sous forme de demandes chimiques en oxygène, qu’une ville de 20000 habitants», illustre François Pinasa, le directeur de la Distillerie du Simon, qui approvisionne notamment la rhumerie Habitation Saint-Etienne (HSE). La distillerie, qui compte 32 personnes, traite environ 37000 tonnes de cannes par an, pour une production équivalente à 3,5 millions de litres de rhum à 55 degrés.

La distillerie rencontrait une problématique de traitement des vinasses. «C’est du lagunage et de l’aération forcée, et nous étions limités par le volume de nos bassins. Par ailleurs, comme dans une station d’épuration, le lagunage sent extrêmement mauvais», poursuit François Pinasa. Le voisinage se plaignait des odeurs. De plus, depuis 2020, le manque d’eau et les épisodes de sécheresse tendent à s’accumuler. Or, durant la phase de production, la distillerie consomme 50 à 60 mètres cubes d’eau par heure.

Plus de rejets aqueux en mer

Face à cette situation, la distillerie du Simon s’est rapprochée de Nereus, une société basée à Montpellier (Hérault), qui a développé une machine pour le traitement des digestats de méthanisation. «L’idée était de récupérer de l’eau pour faire de l’irrigation, et de faciliter l’épandage du lisier», souligne le directeur de l’usine.

En 2018, l’équipe de la distillerie a envoyé de la vinasse chez Nereus, avant de les rencontrer. Pendant la campagne 2020, Nereus a envoyé un pilote dans la distillerie, pour effectuer des mesures possibles. L’investissement a été réalisé en 2021, pour un démarrage l’année suivante. Les vinasses passent par des filtres, par un décanteur puis dans la nouvelle station. Une large partie de l’eau extraite est renvoyée en circuit fermé, afin d’être réutilisée pour le traitement des cannes à sucre. «Nous n’avons plus de rejets aqueux en mer», se félicite François Pinasa.

Cette solution permet aussi d’abaisser les prélèvements en eau de la distillerie, dans un contexte de sécheresse accrue. Par arrêté préfectoral, elle peut s’approvisionner à hauteur de 90000 mètres cubes dans le périmètre d’irrigation du sud-est de Martinique (Pise), une réserve d’eau artificielle, et de 40000 cubes dans une rivière. À mi-campagne, en 2024, 12000 mètres cubes ont été prélevés dans le Pise, et 1000 mètres cubes dans la rivière.

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