Les espoirs de reconversion de la plateforme pétrochimique de Carling-Saint-Avold (Moselle) dans la chimie verte et le recyclage, sont-ils en train de s’envoler ? Après la confirmation, le 12 novembre, de la suspension du projet d’usine de recyclage chimique des plastiques Parkes, c’est au tour du projet de bioraffinerie porté par Circa d’être mis en pause. Cette société norvégienne, cotée à la bourse d’Oslo, a été placée en liquidation judiciaire en octobre dernier, entraînant le gel de son projet phare : la construction d’une unité de solvants verts à Saint-Avold sur l’emprise de la centrale thermique au charbon Emile Huchet. Sur les 50 emplois directs anticipés par Circa, la moitié devait provenir de reclassements de salariés de la centrale exploitée par GazelEnergie.
Les travaux n’avaient pas encore démarré : l’entreprise a accumulé un retard de 18 mois dans la mise en œuvre de ce dossier industriel baptisé Resolute. Mais l’enquête publique portant sur la mise en service d’une première unité, d’une capacité de 1200 tonnes par an de molécules biosourcées, a bien été bouclée le 24 septembre dernier.
Dans un communiqué, Circa explique n’avoir «pas réussi à attirer des capitaux propres ou d'autres financements pour poursuivre ses opérations» et estime que «les marchés ont changé et la bioproduction est beaucoup moins demandée en tant qu'investissement qu'au moment de la cotation». Le Norvégien avait besoin de mobiliser 73 millions d’euros pour construire l’usine capable de synthétiser le solvant renouvelable demandé par les industries pharmaceutique, cosmétique, agroalimentaire et manufacturière.
Actionnaire dormant
David-Alexandre Leduc, porte-parole de la filiale française Circa sustainable chemicals France (CSC France), voit cependant dans la liquidation de la maison mère «une opportunité». «L’introduction en bourse de Circa en 2021 nous a desservi, tout comme la composition de notre actionnariat détenu à 26% par le papetier norvégien Norske Skog qui faisait passer notre société pour un grand groupe», poursuit-il. Le papetier norvégien qui avait aidé à la construction d’un pilote industriel en Tasmanie (Australie) était par ailleurs devenu, selon ses dires, un «actionnaire dormant».
Alors qu’une enveloppe de 40 millions d’euros a d’ores et déjà été consommée, CSC France espère mobiliser 55 millions d’euros d’ici janvier 2025 en prise de participation et prêts bancaires, afin d’engager le démarrage du projet et son fonctionnement jusqu’en 2028. «La banque publique d’investissement Bpifrance accepterait de nous accompagner sur la dette à condition que nous trouvions un investisseur qui nous accompagne en fonds propres», complète David-Alexandre Leduc. Un partenariat commercial pluriannuel fraîchement noué avec le groupe pharmaceutique MSD pourrait aider à décrocher ce précieux sésame. La filiale française refinancée reprendrait alors les 20 salariés de Circa (chiffre d’affaires de 1,7 million d’euros en 2023).
De nombreuses aides publiques débloquées
Initié en 2021, le projet Resolute est parvenu à mobiliser 20,2 millions d’euros d’aides via le programme européen "Bio-based industry", la Communauté d’agglomération Saint-Avold Synergie (Casas), la région Grand Est, ainsi que par l’État au travers du volet relocalisation du Plan de relance et du Fonds charbon. Thierry Zimny, chargé de mission industriel à la Casas, veut encore croire en l’avenir du projet, insistant sur le fait que «la situation de CSC France apparaît très différente de celle du projet de recyclage chimique des plastiques». «Contrairement au projet Parkes, plusieurs équipements clés comme le cœur du procédé catalytique ou la tour d’hydrogénation ont d’ores et déjà été livrés et l’autorisation d’exploitation devrait être délivrée d'ici à la fin de ce mois de novembre par les services de l’État».



