Il faut se rendre dans la zone portuaire de Limay, en amont de Mantes-la-Jolie (Yvelines), sur la Seine, pour découvrir le fleuron du recyclage de bouteilles d’eau. France Plastiques Recyclage (FPR) est une usine originale, bicéphale dans son actionnariat et dans sa conception. À sa tête, une étonnante coentreprise entre deux concurrents, Paprec et Sita. Un attelage qui n’est pas de tout repos, tant les processus de décision sont différents chez Paprec et chez Suez, maison mère de Sita, reconnaissent certains cadres. Mais qui a été rendu possible par une histoire d’hommes.

Ses deux ateliers, tri, broyage et lavage d’un côté, extrusion et purification de l’autre, sont tout aussi différents. Le premier est un centre de tri qui a poussé à l’extrême les étapes nécessaires pour obtenir des paillettes de polyéthylène téréphtalate (PET) débarrassées de tous les indésirables, des liens métalliques qui tiennent en balles les bouteilles à recycler aux infimes fragments d’étiquettes et de bouchons.
Tri optique, spectroscopie dans le proche infrarouge, aspiration, flottation, lavage à la soude et au détergent, double rinçage… Aucune technologie n’a été écartée. Des machines de tri Tomra, puis Unisensor (spectroscopie laser), éliminent les derniers polluants qui se comptent alors en parties par million.
Le second atelier fait toute la force de FPR. À l’étape classique de fusion-extrusion, ses concepteurs ont ajouté un procédé de purification par polycondensation. D’abord, les paillettes fondues passent au travers de tamis d’une extrême finesse. En sortie de ligne, les joncs de résine liquide sont refroidis par arrosage puis découpés en granulés bleus translucides.


À l’étape de la polycondensation, ces granulés sont refondus à une pression et une température contrôlées pour ouvrir les liaisons moléculaires et laisser échapper les derniers polluants sous forme gazeuse, qui sont aspirés. Un refroidissement permet de leur redonner la forme cristalline. Les granulés en sortent opacifiés.

Collecter plus, mais pas n’importe comment
Ce sont ces granulés bleu pâle qui ont obtenu l’agrément de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments pour retourner au contact alimentaire, sésame à l’inauguration de FPR en 2009. La même année que l’usine Roxpet à Lesquin (Nord), où Cristaline recycle depuis dix ans le PET pour ses bouteilles d’eau. Et bien avant que n’ouvre, en 2013, Plastipak à Beaune (Côte-d’Or), puis Infineo à Sainte-Marie-la-Blanche (Côte-d’Or), en partenariat avec Coca-Cola European Partners. À elles trois, ces usines recyclent chaque année près de 110 000 tonnes de bouteilles en PET (55 000 chez Plastipak, 40 000 chez FPR et 14 000 chez Roxpet), sur un gisement de 300 000 tonnes. Ce qui fait de la France la championne du recyclage en boucle des bouteilles. Toutes augmenteraient leurs capacités si ce gisement était mieux éco-conçu, en passant systématiquement du PET coloré au PET clair, et mieux capté.
Soutiennent-elles la consigne ? Chez Coca-Cola, la réponse est oui. Luc Baeyens, le patron du groupe Alma (Roxane, Cristaline), est plus mesuré, ce qui a donné lieu à des tensions au sein du collectif Boissons, thuriféraire de la consigne. Quant au président de Paprec, Jean-Luc Petithuguenin, il n’a pas mâché ses mots contre ce projet. Techniquement, ce n’est pas si simple, explique Éric Labigne, le directeur de FPR : "Les machines de déconsignation qui compactent trop les bouteilles piègent les indésirables et complexifient l’élimination des étiquettes. Celles qui broient in situ nous obligeraient à tout trier au stade des paillettes, ce qui est impossible. Or la qualité du tri est primordiale à chaque étape. Dans tous les cas, plus on rentre de m…, plus il en reste à la fin."



