Des machines flambant neuves aux carrosseries, tout brille dans l’usine Alfa Romeo de Pomigliano d’Arco, près de Naples (Italie). Les Tonale avancent lentement sur la chaîne. Les mains gantées des ouvriers caressent les voitures pour guetter le moindre défaut avant le début officiel des livraisons prévu en juin. Par-delà les Alpes, les dirigeants de Stellantis guettent l’arrivée de ce SUV qui incarne le redressement d’Alfa Romeo mais aussi l’offensive du groupe dans le premium.
LaPresse (Jean-Philippe Imparato veut lancer une offensive produit avec un nouveau modèle Alfa Romeo chaque année. Crédit : LaPresse)
Longtemps endormie comme le Vésuve, Alfa Romeo est entré en ébullition. Le Tonale renouvelle un catalogue qui n’avait pas connu de nouveau modèle depuis 2017. Le redressement de la marque centenaire faisait partie des priorités de Carlos Tavares. Si bien que le patron de Stellantis a missionné Jean-Philippe Imparato, l’ex-rénovateur de Peugeot, pour appliquer ses méthodes dans l’entreprise italienne. Avec un certain succès : l’entreprise est redevenue bénéficiaire en 2021. « On gagne de l’argent. C’est très important dans un groupe comme Stellantis qui compte 14 marques », souligne Jean-Philippe Imparato qui ne cesse de sourire devant son nouvel outil de production.
Un virage serré vers l’électrique

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Demi-produits X5 Cr Ni18-10 (1.4301) - Ecart d'alliage€/tonne
Sur la ligne, les convoyeurs font pivoter les voitures latéralement. Les ouvriers font désormais face au dessous de caisse et installent la batterie du Tonale. Avec son système 48 volts, le SUV représente le premier modèle électrifié de la marque. Il sera proposé en version hybride et hybride rechargeable. « Alfa Romeo non électrifié, c'est la mort d'Alfa Romeo», prévient Jean-Philippe Imparato.
Alfa Romeo (L'usine de Pomigliano d'Arco revendique un taux d'automatisation de 91%. Crédit : Alfa Romeo)
La marque doit lancer un premier modèle 100% électrique en 2025, avant de ne vendre plus que des voitures électriques en… 2027 ! Un virage très serré pour une marque qui séduit surtout des « petrolheads ». « Vers 2025, le marché et la technologie seront suffisamment mûrs pour que nous soyons capables de proposer un Alfa Romeo avec un très haut niveau de performance », promet Jean-Philippe Imparato en évoquant des travaux sur les vibrations du véhicule et l’intelligence artificielle au service du conducteur.
Chasse aux défauts
Dans un ronronnement électronique, les bras robotiques s’échangent des vitres, vissent les systèmes de propulsion et serrent des roues… En tenue rouge et blanche, les opérateurs évoluent au pied des machines et multiplient les contrôles visuels. Avec sa nouvelle identité premium, Alfa Romeo compte redorer la réputation des voitures italiennes. L’étoile montante de Stellantis veut rivaliser avec l’excellence des marques allemandes comme Audi et BMW. Pour y arriver, les pilotes de l’usine n’ont qu’un seul mot à la bouche dans cette phase de pré-production : qualité.
Alfa Romeo (Scanneurs 3D, palpeurs, meisterbocks... Alfa Romeo s'inspire des technologies de sa division F1 dans son atelier de métrologie. Crédit : Alfa Romeo)
Dans une salle séparée aux allures de laboratoire, les équipes cherchent à identifier les causes des éventuelles imperfections. Dans cet atelier de métrologie, les salariés travaillent avec des machines ultra-pointues. Sur le « meisterbock », des éléments de carrosserie sont fixés à des étalons de référence pour vérifier la dimension et le positionnement des différentes pièces entre elles. La précision des mesures atteint 0,07 millimètre sur ce poste. « Vous ne voyez pas cela dans toutes les usines du groupe », insiste Jean-Philippe Imparato.
« La seule voie est la montée en gamme »
Avec ses 4 300 salariés, l’immense usine de Pomigliano d’Arco pourra assembler 40 000 à 80 000 Tonale par an. Elle assure en plus la production de la Fiat Panda. Fidèle au sacerdoce de Carlos Tavares, Jean-Philippe Imparato privilégie la valeur aux volumes alors que l’électrification fait grimper les coûts de production. « Pour gagner de l’argent, nous avons fait deux choses : monter les prix, couper les coûts », expose le PDG d’Alfa Romeo. « Pour Alfa Romeo, la seule voie est celle de la montée en gamme », ajoute le dirigeant.
LaPresse (Stellantis espère que ses marques haut de gamme généreront 11% de ses revenus en 2030, contre 4% en 2021. Crédit : LaPresse)
Les conversations se font dans un mélange d’anglais, de français et d’italien. Alfa Romeo veut ainsi incarner l’alliance de la culture française de la qualité et de la vitesse d’exécution italienne. Un mariage parfait ? Les syndicats italiens doivent rencontrer Carlos Tavares le 31 mars pour faire entendre leurs inquiétudes sur l’emploi, largement partagées par les salariés français. À Pomigliano d’Arco, les investissements consentis pour le lancement du Tonale permettent d’assurer un avenir plus tranquille.



