Une transaction immobilière et industrielle peu commune a été initiée cet été dans le département de Haute-Saône. Le hameau du Beuchot est à vendre à un prix avoisinant les deux millions d’euros. Le lot de 67 hectares comprend un étang, des terrains agricoles, une fontaine, deux maisons de caractère appartenant aux anciens contremaîtres, 13 logements ouvriers ainsi qu’une ancienne usine de tréfilage.
Du moulin au tréfilage
L’histoire de cet ancien site de tréfilage débute en 1539 avec un moulin. Très vite, il laisse sa place à un haut fourneau établi entre la fin du XVIème et le XVIIème siècle. Une date sculptée dans la pierre atteste d’une reconstruction ou d’un agrandissement en 1715, tandis que le fourneau est exploité à partir de 1739.
Les archives témoignent d’une production de 75 tonnes de fonte en 1790 tandis que cette activité cesse en 1795, le site étant alors converti en forge.
Mairie de Hautevelle En 1929 les tréfileries du Beuchot, produisaient du fil en acier, fer et laiton trempé, cuivré, étamé et galvanisé. ©Mairie de Hautevelle
L’évolution de l’activité
En 1866, l’usine du hameau du Beuchot se compose de deux foyers d'affinerie, deux marteaux à queue, un martinet, deux fours à réchauffer, une machine soufflante et de trois machines hydrauliques de la force de 24 chevaux. Il faut attendre 1880 pour que l’industrie se tourne vers l’activité de tréfilage et accueille de nouveaux bâtiments à partir de 1885. Propriété de la société Dauguet et Cie, en 1918, l’usine produit chaque mois de 40 à 50 tonnes de fil de fer fin, en acier et laiton destinés aux cordes, toiles métalliques ou encore fleurs artificielles. En 1929, répondant désormais au nom de Tréfileries du Beuchot, l’usine produit du fil en acier, fer et laiton trempé, cuivré, étamé et galvanisé. La production croit de façon régulière pour atteindre une fabrication mensuelle de 200 tonnes de fils d'acier fin, doux, extra-doux et dur en 1964.
Vers une fin d’activité
Reprise par la tréfilerie de Conflandey puis par le groupe allemand Saarstahl, l’usine voit peu à peu disparaître ses ateliers d’étamerie et de galvanisation devenus vétustes ainsi que sa cheminée en brique, tombée dans les années 90. Une machine à vapeur de 70 chevaux, deux chaudières et une turbine figurent dans les descriptifs des lieux au cours du XXème siècle. Alors que la forge employait 12 personnes en 1816, la tréfilerie a compté jusqu’à une centaine de personnes avant de ne s’appuyer que sur 20 salariés en 2006, date de la fermeture définitive du site. L’usine, dont l’assiette foncière s’étend sur 1,5 hectare, est rachetée en 2022 par le propriétaire actuel, resté anonyme. «Quand on entre, on pénètre dans une industrie d’un autre temps où la nature a repris ses droits» précise Rémy Keigerlin de l’agence immobilière Horae-Transactions, en charge de la transaction du hameau du Beuchot.
Horae-Transactions Le hameau du Beuchot est mis en vente depuis l'été 2023 comprenant, entre autres, l'ancien site de tréfilage. ©Horae-Transactions
Bien que le propriétaire du hameau ne souhaite pas dénaturer les lieux «qui ont gardé l’odeur de l’huile», sourit Rémy Keirgelin, «il ne s’interdit aucun projet.» Investisseurs privés, collectivités, projet d’écovillage ont ainsi été évoqués. «Le propriétaire ne souhaite toutefois pas voir l’ensemble devenir un parc d’attraction» souligne l’agent immobilier.



