A Bourges (Cher), où Nexter produit les canons Caesar, l’usine a changé de braquet. Cette pièce d’artillerie capable de toucher des cibles jusqu’à 40 km est réclamée plus que jamais par les forces ukrainiennes. «Nous sommes capables d’en fabriquer jusqu’à six par mois, contre deux avant le début de la guerre en Ukraine. Nous pourrions même monter à huit par mois dès l’année prochaine si les commandes le nécessitaient», indique-t-on du côté de l’industriel, qui a embauché une dizaine de personnes supplémentaires pour ces activités. Côté obus, produits dans l’usine voisine de La Chapelle-Saint-Ursin, les cadences suivent également. La production est passée de 1 000 obus par mois avant le conflit à 2 000 l’an passé, et à 3 000 depuis le début de l’année.
Les sites de Nexter ne sont pas les seuls qui ont augmenté leurs cadences ou vont le faire dans les prochains mois. Et pour cause. En 2023, la Direction générale de l’armement (DGA) a passé des commandes pour un montant de 20,3 milliards d’euros afin de renforcer et moderniser l’arsenal des armées. Un niveau historique. De quoi solliciter une grande partie des 4 000 entreprises qui forment la base industrielle et technologique de défense, la fameuse BITD.
Avions, bateaux, hélicoptères...
Parmi les commandes les plus significatives, figurent 42 Rafale au dernier standard auprès de Dassault Aviation, soit un investissement de l’ordre de 5 milliards d’euros. Longtemps en sous-régime, l’usine de Mérignac (Gironde) est désormais sous pression pour satisfaire l’État français, son client historique, mais également ses clients étrangers (Indonésie, Émirats arabes unis...). L’établissement compte augmenter sa cadence de production de deux à trois appareils par mois. Au total, la production du Rafale mobilise plus de 400 entreprises et sous-traitants, soit environ 7 000 salariés.
Au-delà des avions de combat, la DGA a également commandé sept navires patrouilleurs de haute mer (900 millions d’euros), qui seront réalisés dans différents chantiers navals (CMN, Piriou et Socarénam) ; huit hélicoptères NH90 Caïman (305 millions d’euros) pour les forces spéciales, qui seront fabriqués à Marignane (Bouches-du-Rhône) par Airbus Helicopters… «Réindustralisation, modernisation de nos capacités et réarmement de la France, les premiers résultats sont là», se félicite le ministre des Armées, Sébastien Lecornu.
Loi de programmation militaire et guerre en Ukraine
Les deux moteurs de ces commandes sont connus. D’une part, la loi de programmation militaire (LPM) promulguée en juillet 2023, qui a pour objectif de rattraper les sous-investissements durant les décennies précédentes dans les forces armées. Il s’agissait alors de profiter des fameux «dividendes de la paix» après la fin de guerre froide. Cette loi porte à 413 milliards d’euros le niveau d’investissements sur la période 2024-2030, soit une augmentation de près de 40% par rapport à la période précédente.
La guerre en Ukraine justifie également cet afflux de commandes. L’invasion russe a rappelé l’importance du combat terrestre de haute intensité. Et renouvelé l’intérêt pour l’artillerie et l’infanterie. Ces systèmes d’armes se retrouvent au premier rang des commandes passées au profit de l’armée de terre en fin d’année dernière, en vue de renforcer ses stocks et d’accélérer sa modernisation. Au programme : 109 canons Caesar de nouvelle génération ; 420 véhicules blindés Serval, 1 300 missiles antichars Akeron MP et 329 missiles de défense sol-air Mistral 3. Au total, ces achats représentent un montant de 1,15 milliard d’euros.

Plus d’une dizaine de sites industriels répartis sur toute la France vont en bénéficier. Les premiers exemplaires des canons Caesar seront livrés en 2026. Cette commande doit entraîner la création de près de 300 emplois de production aussi bien sur les sites de Nexter (Roanne, Bourges) que sur ceux de ses partenaires : Safran pour les équipements électroniques à Montluçon (Allier) et Massy (Essonne), Aubert & Duval pour le tube du canon aux Ancizes (Puy-de-Dôme) et à Firminy (Loire), ou encore Arquus pour le châssis à Limoges (Haute-Vienne).
La maîtrise des coûts, un impératif
Si le pays consent un effort significatif pour ses armées, Emmanuel Macron a affiché ses exigences vis-à-vis des différents acteurs de l’écosystème militaro-industriel. À l’occasion de ses vœux aux armées exprimés à Cherbourg (Manche), il a rappelé que « chaque euro de la LPM doit être utile ». Une exigence d’abord vis-à-vis à de la DGA. «Le pilotage par les délais est vital. Il ne faut plus compter en années, mais en mois et semaines. Le choix et la maîtrise des coûts sont un impératif. Les coûts de chaque composant acheté, de chaque heure facturée, de chaque taux horaire doivent être pilotés et non subis», a averti le Président.
Pour Nexter, MBDA et Safran, le sprint pour augmenter les cadences de production pourrait se transformer en marathon. Personne ne sait combien de temps la guerre durera. «La force de notre soutien, c’est la capacité à être fiable dans la durée et endurant», a prévenu Sébastien Lecornu. Le rythme du réarmement continuera d’être intense en 2024, avec près de 14 milliards d’euros de commandes déjà prévues.

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3728 - Mars 2024



