Comme l’Allemagne qui veut sortir du charbon d’ici à 2038, la France voudrait, elle, sortir du gaz naturel d’ici à 2050. Représentant 20 % de l’énergie finale consommée dans l’Hexagone, "il devra être supprimé du mix énergétique de 2050", selon la nouvelle programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), dont on attend sous peu le décret.
Pour atteindre la neutralité carbone en 2050, comme la fixe la loi énergie climat de novembre 2019, les pouvoirs publics veulent électrifier tout ce qui est possible, transport et chauffage en tête. Dans cette logique, la seconde stratégie nationale bas-carbone (SNBC) pose un scénario où la consommation de gaz annuelle en 2050 chuterait de plus de moitié, à 200 térawattheures (TWh) contre 450 TWh aujourd’hui. Et la PPE concentre la majorité des moyens budgétaires dédiés à la croissance des énergies renouvelables électriques, notamment pour atteindre l’objectif de ramener la part du nucléaire à 50 % en 2035, tout en traçant une réduction de la consommation de gaz en France de 19 % en dix ans pour 377 TWh en 2028.
La future réglementation environnementale pour le bâtiment neuf, la RE2020, enfonce le clou. Les paramètres de calcul retenus pour limiter les émissions de CO2 du chauffage "signent le retour en force du chauffage électrique", alerte Patrick Corbin, le président de l’Association française du gaz (AFG). Les règles pour la rénovation des bâtiments s’annoncent de la même veine.
Les signaux sont clairs. En France, l’électron rafle tout au détriment des molécules. Et les gaziers français sont vent debout. Ils ne remettent pourtant pas en cause la décroissance de la consommation de gaz, déjà engagée grâce aux efforts d’efficacité énergétique, notamment dans l’industrie. Et ce, même si, globalement "depuis quatre ans, hors production d’électricité, la consommation de gaz de l’industrie augmente pour remplacer le charbon et le pétrole", observe Thierry Trouvé, le directeur général de GRTgaz. Les gaziers sont même tout à fait d’accord pour envisager une consommation de 300 TWh en 2050, qu’ils assurent pouvoir alimenter en totalité en gaz vert. "En 2050, il n’y a plus que du gaz vert dans nos plans", prévient même Claire Waysand, la directrice générale d’Engie par intérim. Une étude de l’Ademe de 2018 démontre que le potentiel de ressources telles que les déchets, le bois… le permet. "Quand on dit gaz vert, il y a de l’hydrogène renouvelable, du biométhane et du méthane de synthèse ou de deuxième génération produit à partir de bois, de combustibles solides de récupération ou d’autres types de déchets", précise Didier Holleaux, le directeur général adjoint d’Engie.

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Mais les gaziers récusent vertement l’unique scénario de la SNBC qui vise, lui, 200 TWh de gaz en 2050. "Il est difficile de savoir quel est le mix énergétique à horizon 2050 qui permettra de produire de l’énergie de la manière la plus compétitive pour les entreprises et les ménages", observe Claire Waysand. Selon elle, il faut donc "que la puissance publique soutienne l’émergence des différentes filières de production pour faire preuve de leur passage à l’échelle et de leur décrue de coûts". Et en premier lieu, la filière méthanisation, sur laquelle les gaziers misent tout.
Un manque de financement criant
Mais là encore la PPE freine. Alors que la loi de transition énergétique pour la croissance verte de 2015 fixe un objectif de 10 % de gaz renouvelable dans la consommation de gaz en 2030, la PPE ne prévoit les moyens (7,9 milliards d’euros) que pour en financer environ 7 %. Et encore, sous condition de réduction drastique des coûts de production de 95 euros/MWh en moyenne aujourd’hui à 75 euros/MWh en 2023 et à 60 euros/MWh en 2028. À défaut, les volumes d’appels d’offres seront réduits pour rester dans l’enveloppe. Très difficile, "même si en agissant sur le rendement des méthaniseurs, la réduction des investissements et les coûts de fonctionnement, on peut raisonnablement descendre de 3% par an", assure Didier Holleaux. Confiant, ce dernier imagine néanmoins mal que le gouvernement refuse à des agriculteurs leurs projets car l’enveloppe de subvention serait épuisée. Ce serait dommage, observe l’écologiste Christian Couturier, de l’association NégaWatt, car la méthanisation "fait partie des filières EnR qui peuvent dépasser les objectifs alors que d’autres ne les atteignent pas". De fait, les gaziers sont persuadés de pouvoir atteindre 10 % de biométhane d’ici à 2030. "Cela crédibilise l’idée que l’on peut arriver à 100% de gaz verts dans la consommation en 2050", explique Didier Holleaux.
La bataille de la place du gaz dans le chauffage, elle, semble en revanche quasi perdue. Même si pour l’habitat collectif neuf, GRDF teste à Nantes (Loire-Atlantique) une solution fondée sur l’achat en avance et à long terme de biogaz à un producteur local. "Le dispositif fonctionne même avec un biométhane à 90 euros/MWh, car on consomme très peu", précise Édouard Sauvage, le directeur général de GRDF. La filière gaz tente aussi de promouvoir les chaudières mixtes gaz/pompe à chaleur, comme la solution "la plus pertinente en termes d’euro par tonne de CO2 évitée". Un indicateur pertinent, mais qui doit s’imposer dans les politiques publiques.
L’industrie de la chaudière mécontente
La filière française de chauffage et de la ventilation va bien. Les 86 entreprises rassemblées dans le syndicat Uniclima, soit 95 % de la profession, ont réalisé 6,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2019 dont 1,8 milliard à l’export, avec 21 400 salariés dont 9 600 dans 75 usines. Mais la filière n’apprécie que peu les arbitrages du gouvernement sur la future réglementation environnementale pour le bâtiment neuf (RE2020) en matière d’énergie primaire, qui "sont venus jeter le trouble". Certes, avec les politiques de la transition énergétique, le marché des chaudières gaz et fioul a chuté de 9,5 % en 2019. Mais celui des pompes à chaleur, beaucoup plus important en volume, et hybrides ne cesse de croître avec respectivement + 60 % et + 50 % l’an passé par rapport à 2018. Pour Uniclima, en étant trop favorable à l’électricité, la RE2020 "repositionne également le chauffage direct à effet joule". Ceci pourrait venir déséquilibrer fortement les principes de la réglementation thermique actuelle, dite RT 2012, qui leur allait très bien. Uniclima désapprouve aussi les opérations dites à 1 euro, "destructrices de valeur et créatrices de bulles spéculatives néfastes", pour les équipements de ses membres.
Ruée sur le biogaz injectable
- 1,5 % de biogaz dans la consommation, 7 à 10% prévus en 2030
- 123 unités de méthanisation injectent 2,1 TWh dans le réseau à fin 2019
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24 TWh par an de potentiel avec 1 085 projets en attente
Sources : Sia Partners, DGEC



