Le tour de table est bouclé, et les planètes alignées pour que le projet de Géotex Occitanie voit le jour, à Laroque d’Olmes, au cœur du Pays d’Olmes (Ariège), avec pour objectif la production de géotextiles à base de fibres de chanvre, capables de se substituer à des matériaux pétrosourcés dans le secteur de la construction et l’agriculture. Les géotextiles sont les sous-couches entre le sol et d'autres materiaux (comme des enrobés), le plus souvent en polymères.
Au total, l’investissement est de 7,5 millions d’euros pour une usine bâtie sur la friche d’une ancienne fabrique de textile, dont les travaux de démolition ont déjà commencé, ainsi que de 22 millions d’euros pour l’équipement industriel. Plusieurs investisseurs ont rejoint le projet, dont l’Ademe à hauteur de 6 millions d’euros.
«A terme, les rendements visés consistent en la production de 10 millions de mètres carrés de géotextiles biosourcés biodégradables par an», indique Victor Lamego, ingénieur porteur de ce projet d’ampleur. Avec une durée de vie de deux à cinq ans, ces produits pourraient remplacer nombre de produits aujourd’hui pétrosourcés dans des applications de génie, séparation, filtrage et drainage entre les sols et les activités qui y sont implantées par-dessus. Soit autant de pollution aux microplastiques en moins. «Notre produit offre une réelle alternative avec une volumétrie intéressante par rapport au marché français du géotextile, qui représentait 145 millions de mètres carrés consommés par la construction et l'agriculture en 2022. Nous orientons aussi des cas d'usage autour d'infrastructures de voies vertes, de chemins de halage, et de végétalisation de talus pour éviter le ravinement», détaille Victor Lamego. Des acteurs tels que SNCF et Eiffage ont déjà fait part de leur intérêt.
Ingénierie et cahier des charges
Concrètement, ce géotextile biodégradable sera fabriqué par ruban de 4 mètres de largeur, afin de se rapprocher des paramètres produits actuels. «Il y a eu un gros travail d’ingénierie pour mettre au point une telle largeur avec des produits naturels», souligne Victor Lamego. Qui vise également l’obtention prochaine de la certification ASQUAL, un «gage de sécurité pour les acteurs qui consomment ces produits, avec un label de performance sur la reproductibilité et la maîtrise totale du process et des techniques». Sur sa feuille de route, Victor Lamego table sur une entrée en production en 2026, et une part du marché des géotextiles de 5 à 7% en 2028 : «nous visons actuellement un chiffre d’affaires de 25 millions d’euros d’ici 2028», précise-t-il.
Au total, 40 emplois directs sont prévus pour l’unité de fabrication, avec une consolidation de 120 emplois sur le territoire. En effet, Occitanie Geotex va collaborer avec des acteurs industriels locaux tels que Sage Automotive Interiors et Superyarn afin de s’approvisionner en matières premières dans un rayon de 100 km² autour de l’usine.
Ce projet innovant découle d’une première étude initiée par la région Occitanie en 2018, et qui avait pour but de réunir des acteurs privés et publics afin de structurer une filière autour de produits textiles biosourcés. «Il serait également possible de créer et structurer d'autres filières dans d'autres régions sur le même modèle», conclut Victor Lamego.



