Si c'est la culture du lin (dont la Normandie est la première région productrice au monde) qui a donné l'envie à la coopérative Natup de créer une filature à Saint-Martin du Tilleul (Eure), d'autres fibres naturelles venues de France peuvent alimenter l'outil de production. Deux ans après sa création, pour se diversifier, la "French Filature" met donc le cap vers le chanvre, qui représente déjà 50% de son activité.
Deux matières premières, un même processus de transformation
Le directeur général de la filature Karim Behlouli considère le chanvre comme un complément idéal à l'exploitation du lin. «Penser qu'on peut faire pousser du lin partout, c'est utopique», affirme-t-il. «Il faut donc des alternatives». Le chanvre constitue alors une solution idéale. «Si je vous montre une chemise en lin et une autre en chanvre, vous ne verrez pas la différence», s'amuse Karim Behlouli. Et de rappeler une réalité biologique à laquelle les producteurs de lin ne peuvent se soustraire : le lin se cultive par rotations de sept ans, sans quoi les sols s'épuisent. En alternant lin et chanvre sur une même terre, l'agriculteur double sa production de plantes à fibres. Autre atout : comme pour le lin, la matière première travaillée par la filature est largement locale : le chanvre vient de Normandie, mais aussi de Vendée et de l'Aube.
Il n'a pas fallu investir pour accueillir cette nouvelle activité. En parcourant l'usine, au milieu des machines, on comprend aisément ce qui a motivé le choix stratégique de l'usine de Natup Fibres, filiale de la coopérative agro-industrielle. L'outil utilisé pour filer le lin est rigoureusement adapté à la filature du chanvre. «Nous n'avons eu qu'à adapter l'outil agricole, car le chanvre pousse plus haut que le lin», explique le directeur général de l'entreprise. Une fois dans l'usine, le chanvre subit les mêmes transformations que le lin : peignage, préparation, filature au mouillé. Si le processus est largement robotisé, il est opéré et supervisé par les 35 salariés que compte l'entreprise. En fin de ligne, le lin comme le chanvre seront conditionnés en bobines, prêtes à être vendues aux ateliers de confection comme Mijuin, situé lui aussi en Normandie. La French Filature entend donc s'appuyer non seulement sur ses infrastructures linières, mais également sur ses débouchés.
«L'acte d'achat a un sens»
La French Filature joue résolument, ne serait-ce que par son nom, la carte du Made in France. L'entrepreneur reste cependant lucide quant à la difficulté de la tâche. A 22 euros le kilo de fil de lin contre 16 euros pour la concurrence chinoise, l'enjeu est d'aller chercher une clientèle engagée. «A un moment, l'acte d'achat a un sens», veut croire le patron de la French Filature. «Les clients sont attachés à notre modèle social, nos retraites, notre sécurité sociale, notre chômage. Le produit concurrent chinois, il est moins cher, il est de bonne qualité, mais il ne permet pas de sauvegarder ce modèle».

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Contractualiser pour durer
La filiale fibres du groupe Natup compte donc sur le chanvre pour consolider son modèle économique. La French Filature est encore largement soutenue par sa grande sœur Eco-Technilin, à Valliquerville (Seine-Maritime), spécialisée dans la fibre végétale à usage technique – transports, équipements sportifs … Les deux entités affichent un chiffre d'affaires cumulé de 15 millions d'euros, dont 11 millions environ sont imputables à Eco-Technilin.
Pour installer durablement la French Filature dans le paysage européen, Karim Behlouli entend actionner deux leviers : les plateformes collaboratives Bleu Blanc Lin et Bleu Blanc Chanvre, créées avec des marques telles que Saint-James et Petit Bateau, d'une part ; la contractualisation avec les fournisseurs et les clients, d'autre part, pour éviter la fluctuation des prix du chanvre comme c'est aujourd'hui le cas pour le lin. «La Chanvrière, une entreprise de l'Aube, est le leader européen aujourd'hui, parce qu'elle contractualise avec ses producteurs et ses clients», assure-t-il. C'est donc ce que le patron de la French Filature s'emploie à mettre en œuvre, pour rivaliser avec son concurrent bien installé. Le chanvre à usage technique couvre aujourd'hui 20 000 hectares en France, la French Filature fait le pari d'accroître les débouchés textiles pour cette plante qui «pousse très vite et monte très haut».



