Connaissez-vous le byssus ? Ce filament (qui ressemble à des cheveux) par lequel les moules s’accrochent aux rochers ou aux pieux chez les mytiliculteurs, recèlerait les vertus d'un biomatériau d'avenir. Telle est la conviction de Robin Maquet, fondateur en 2021 de la société Bysco, à Nantes. «Le byssus a des propriétés d’isolation thermique, d’absorption acoustique tout en étant naturellement ignifuge», mentionne cet ingénieur Cesi de 29 ans, également formé à l’ingénierie textile, à celle des matériaux, et diplômé de l’IAE de Nantes.
Passé par l’industrie nautique, au sein d’une écurie de course au large et du groupe Beneteau, Robin Maquet a notamment planché sur le bilan carbone des courses à la voile. «J’ai constaté que le bilan carbone de la course au large était maximal, or 70% à 80% de la masse d’un bateau est fait de matériaux fibreux.» Robin Maquet s’est, dès lors, intéressé à diverses fibres naturelles avant de s'intéresser au byssus. La matière serait disponible en abondance, selon France Agrimer, qui évalue le gisement annuel à 4500 tonnes.
Plusieurs marchés explorés
Bysco, basé à Nantes, a donc installé un site de production à Cancale (Ille-et-Vilaine), à proximité des grands bassins de production mytilicoles, pour transformer la soie marine (l'autre nom du byssus). La start-up, qui dispose de 300 m² de bâtiments et de 1 000 m² de terrain sur ce site, a ainsi produit une tonne de matériau en 2023. Elle prévoit 5 tonnes en 2024 puis 20 tonnes à l’horizon 2026. L’entreprise compte boucler avant l’été une levée de fonds de 500 000 euros pour accompagner cette montée en puissance.
Bysco, qui emploie cinq salariés, vise entre autres les marchés de l’emballage isotherme, celui des matériaux de charge dans la plasturgie, de la mobilité (planchers de train…), de l’isolation thermique et acoustique dans le bâtiment, comme le calorifugeage des chaudières ou le coffrage de volets. Des projets sont aussi à l’étude pour l’industrie du camping-car ou du nautisme, sachant que le byssus peut aussi être mélangé à d’autres fibres comme la laine, le lin ou le chanvre. Pour l’heure, l’entreprise livre le matériau, principalement sous forme de balles, à des clients et industriels, dont deux récurrents, qui testent la matière.
Bysco Projet à Nantes
Robin Maquet envisage par la suite un site industriel de plus grande envergure à Nantes selon un schéma industriel un peu différent. Il s’agirait de fabriquer des lignes de lavage pour faire réaliser cette étape directement chez les mytiliculteurs. L’usine centrale conserverait la transformation et préparation matière dont le séchage, l'ennoblissement, les mélanges… En parallèle, Robin Maquet développe aussi, sous l’entité Sagyx, une activité de bureau d’études dans le domaine de la transition environnementale des matériaux dont les procédés, la caractérisation ou l’analyse du cycle de vie.




