L’annonce a fait l’effet d’un coup de semonce. Le géant de la chimie BASF a décidé de supprimer 2 600 emplois, dont 700 dans son usine historique de Ludwigshafen (Rhénanie-Palatinat), ville dans laquelle il est implanté depuis 158 ans. «La compétitivité en Europe souffre de plus en plus des règlementations, de la lenteur bureaucratique et des coûts élevés de production, a justifié Martin Brudermüller, son PDG, lors d’une conférence de presse le 24 février. Et les prix élevés de l'énergie font maintenant peser une charge supplémentaire sur la rentabilité».
En Allemagne, le chimiste est en effet le plus gros consommateur industriel de gaz, avec 37 TWh absorbés dans ses process et la production d’électricité en 2021 et 24 TWh en 2022.
En dépit de cette baisse de 35 %, réalisée grâce à des réductions de production et à des optimisations, BASF fait tout de même état de 1,4 milliard d’euros de surcoûts sur le gaz naturel sur 2022, rien que pour le site de Ludwigshafen. Et bien que les prix aient de nouveau baissé de 40 % depuis le pic du mois d'août, il s'attend à ce qu'ils restent durablement élevés, en comparaison à d'autres régions, notamment aux Etats-Unis et au Moyen-Orient.
Résultat, au terme d’une analyse de ses activités les plus consommatrices en gaz, le groupe a entériné l’arrêt de la production à Ludwigshafen de caprolactame, une matière première utilisée pour la fabrication de polyamide 6 et des engrais azotés. Ceci lui permettra de fermer l’une de ses deux unités dédiées à l’ammoniac, qui entre dans la composition du caprolactame, et dont la production est très énergivore. Un partie de l’ammoniac sera désormais importée et la capacité de l’usine de caprolactame de Anvers, en Belgique, suffira à répondre à la demande en Europe.

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Autre évolution : la fabrication d'acide adipique sera réduite et le groupe s’appuiera surtout sur la coentreprise qu’il possède avec Domo Chemicals à Chalampé, en France, qui dispose d'une capacité suffisante pour approvisionner l'activité en Europe. Enfin, avec la fermeture de l’unité allemande de TDI, les clients européens seront approvisionnés via les usines de BASF à Geismar en Louisiane, à Yeosu en Corée du Sud, et à Shanghai en Chine.
Au total, l’objectif est de réaliser des économies annuelles de plus de 500 millions d'euros pour en rebasculer une partie vers les départements de R&D en Allemagne et en Europe. De fait, face aux critiques suite à ces coupes drastiques, Martin Brudermüller a tenu rappeler son attachement à l’usine de Ludwigshafen, qui emploie au total 39 000 personnes : «Nous restons fidèles à ce site, malgré tous les discours sur la délocalisation», a-t-il assuré.
Investissement massif en Chine
Il n'en reste pas moins que l'équilibre des forces se déplace. Car parallèlement à la fermeture de ces installations à Ludwigshafen, BASF poursuit un énorme projet d'investissement en Chine, avec la construction pour 2030 d’un complexe à Zhanjiang pour un montant de 10 milliards de dollars. Celui-ci doit devenir le troisième plus grand site de production du groupe après Ludwigshafen et Anvers. Autre signal fort : le 22 février, Saori Dubourg a quitté de manière anticipée ses fonctions à la tête du comité de direction au profit de Stephan Kothrade. Or, elle était connue pour être l’une des principales voies critiques de l’expansion de BASF en Chine.
«Le fait que BASF, l'une des entreprises les plus importantes de Rhénanie-Palatinat, annonce des coupes aussi massives doit être pour nous un signal d'alarme clair, s’est pour sa part ému la ministre de l'Économie du Land Daniela Schmitt (FDP). Nous avons besoin de procédures moins bureaucratiques et plus rapides à tous les niveaux et dans tous les domaines, afin d'offrir des perspectives à long terme aux entreprises, notamment celles qui sont portées par l'innovation ».
D’autant que BASF n’est pas la seule entreprise de la chimie à s’inquiéter de la conjoncture en Allemagne. Une enquête menée fin janvier par la Fédération allemande de la chimie (VCI) a ainsi révélé que près de la moitié des entreprises du secteur pourraient réduire leurs investissements en Allemagne en raison du coût de l'énergie. De son côté, le président du conseil d’administration du chimiste Lanxess, Matthias Zachert, a indiqué que, bien que l’entreprise souhaite conserver ses sites de production en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, elle envisage aussi de reporter ses investissements vers des sites plus compétitifs, comme les États-Unis, afin de poursuivre sa croissance.



