Pour les 40 ans du TGV, Emmanuel Macron lève les freins sur les grands projets et le financement des Intercités

Venu lancer les festivités des 40 ans du TGV, le 17 septembre gare de Lyon à Paris, le président de la République a répondu à une demande récurrente de la SNCF, en annonçant la suppression de deux taxes sur la grande vitesse pour transférer à l'Etat le financement des Intercités. Emmanuel Macron a également confirmé la relance des grands projets de lignes à grande vitesse (LGV).

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Emmanuel Macron 40 ans TGV
Emmanuel Macron a confirmé les projets de LGV et même un peu plus...

L’anniversaire des 40 ans du TGV aura bien lieu le 22 septembre. En 1981, le président de la République de l’époque, François Mitterrand, avait inauguré ce jour-là la ligne Paris-Lyon avec ses fameux trains orange. Sept mois plus tôt, le 26 février, la rame numéro 16 avait pulvérisé le record du monde de vitesse, en atteignant 380 km/h. A partir du 27 septembre, elle roule à 260 km/h sur les tronçons adaptés pour la grande vitesse et relier Paris à l’ancienne capitale des Gaules en 2h40… Aujourd’hui, les rames roulent à 320 km/h. Et aller plus vite n’est plus un sujet d’actualité. Confort, économie et petits prix sont les priorités. Avec le financement des trains de demain, sur lequel Emmanuel Macron a quelque peu rasséréné la SNCF le 17 septembre. A la veille des Journées européennes du patrimoine, le président de la République, venu lancer les festivités de l'anniversaire du TGV au Ground Control, gare de Lyon à Paris, n'est pas arrivé les mains vides.

Abandon des taxes sur la grande vitesse

Il a annoncé l’abandon, à partir de 2023, des taxes sur la grande vitesse qui permettaient de financer en partie les Intercités. Un financement qui viendra désormais de l'Etat lui-même. En 2019, ces taxes - contribution de solidarité territoriale (CST) et taxe sur le résultat des entreprises ferroviaires (TREF) – avaient permis de prélever plus de 200 millions d’euros. Avec le Covid-19 et les pertes enregistrées, la SNCF n’a rien versé en 2020 et ne versera rien en 2021. L’abandon de ces taxes était réclamé de longue date par la SNCF, dans un contexte d'ouverture à la concurrence.

Cette manne financière devrait permettre à la SNCF de reprendre le rythme des livraisons, prévues à partir de 2024, de 12 TGV "M" par an, alors que les commandes avaient été abaissées à neuf en raison de la crise sanitaire. Enfin, Emmanuel Macron a confirmé l'investissement de 6,5 milliards d’euros dans les trois projets annoncés au printemps dernier par son Premier ministre Jean Castex. A savoir la LGV Bordeaux-Toulouse, les aménagements sur Marseille-Nice et la future ligne Montpellier-Perpignan, avec une première section jusqu’à Béziers.

Le retour du Paris-Normandie

Le Président est également revenu sur le projet Lyon-Turin, dont les travaux sont en cours, et sur le Roissy-Picardie et le Paris-Normandie, qui semblait avoir disparu. Mais sans fixer d'échéance. "C’est un pari industriel, écologique et d’aménagement du territoire", a ajouté Emmanuel Macron, qui a tenu à rappeler que la régénération du réseau classique restait la grande priorité.

La SNCF, elle, a tenu à souligner le redémarrage du TGV, particulièrement affecté par la crise sanitaire. "En 2019, le TGV a transporté 140 millions de voyageurs, dont 40 millions en Europe, a indiqué Alain Krakovitch, directeur général de Voyages SNCF. Nous avons passé un bel été, avec une hausse de 12 % de la fréquentation des trains par rapport à 2020. Nous sommes à -9% par rapport à 2019, qui était un été record." A l’international, la reprise est également perceptible avec cinq allers-retours pour l’Eurostar sur Paris-Londres et trois allers-retours entre Bruxelles et Londres. Pour se relancer, les deux sociétés Eurostar et Thalys devraient fusionner sous le nom de Greeen Speed, si elles obtiennent l'accord de l’Union européenne. La nouvelle société pourrait naître au premier trimestre 2022.

Le Ouigo vise l’Italie

La SNCF a bien préparé son plan de riposte à l’arrivée de la concurrence, incarnée par l'arrivée de l'italien Trenitalia entre Paris, Lyon et Milan dès la fin de l’année et de l'espagnol Renfe (Espagne) dès 2022. "Nous souhaitons développer la grande vitesse à petits prix sur l’Europe du sud, annonce Alain Krakovitch. Les trains Ouigo entre Barcelone et Madrid atteignaient un taux d’occupation de 99% fin août. Et nous allons ouvrir une nouvelle ligne entre Madrid et Valence dès avril 2022. Nous étudions la possibilité de s’implanter en Italie, en complément de l’offre de Trenitalia qui est plutôt sur le premium." Pas de doute, la SNCF veut déployer son Ouigo en Italie. Et son arme contre la concurrence sera bien entendu la huitième génération de TGV, censée lui permettre de garder un train d’avance.

"Le génie français"

La maquette de ce TGV "M" développé par la SNCF et Alstom a été dévoilée devant le Président de la République le 17 septembre à Paris. Quelques privilégiés - parmi lesquels L'Usine Nouvelle - avaient pu voir le nez de ce train dans l’usine de Belfort avant l’été. "Le TGV est une fierté industrielle, a déclaré Emmanuel Macron sur un quai de la Gare de Lyon. Et comme toujours avec la SNCF c’est une fierté humaine." Le président de la République s'enflamme devant la maquette du futur TGV. "Je suis venu vous dire que cette passion française, ce génie français, nous allons le construire ensemble." Et de rappeler que la réforme de 2018, nommée Nouveau pacte ferroviaire, a permis de remettre la SNCF sur les rails en reprenant une grande partie de sa dette (35 milliards d’euros). "On ne rebâtira pas un monde ferroviaire de demain avec les règles d’hier, a-t-il rappelé aux opposants à cette réforme, avant de revenir au nouveau TGV. Cette formidable innovation va nous permettre de bâtir la nouvelle décennie du TGV, de relancer la SNCF et toute la filière ferroviaire."

Depuis sa naissance, le TGV français a transporté plus de 3 milliards de voyageurs. La SNCF a acheté 549 rames, de sept générations. Elle en exploite actuellement 369 qui desservent 240 gares en France et en Europe. Avec un choix original, celui d’irriguer le territoire et d’emprunter en partie des lignes classiques, à vitesse réduite donc. A titre de comparaison le Shinkanzen, le train japonais à grande vitesse, ne dessert que 40 gares.

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