Après bien des revirements, la ligne de TGV Bordeaux-Toulouse verra le jour en 2030

L'annonce, par le Premier ministre Jean Castex, que l'Etat financera à hauteur de 4,1 milliards d’euros la future ligne à grande vitesse entre les deux capitales du sud-ouest, Bordeaux et Toulouse, lève les doutes sur sa réalisation, prévue pour 2030.

Réservé aux abonnés
inauguration LGV Paris-Bordeaux
En 2030, avec le tronçon de ligne à grande vitesse prolongeant la LGV Paris-Bordeaux, Toulouse devrait être à 3h10 de Paris.

Jean Castex a annoncé que l’Etat s’engageait à soutenir financièrement la future ligne à grande vitesse entre Bordeaux (Gironde) et Toulouse (Haute-Garonne), dans un courrier adressé à la présidente de la région Occitanie, Carole Delga et au maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, le 27 avril. Dans ce courrier que l’Usine Nouvelle a pu consulter, le Premier ministre rassure les élus.

"Dès le début du quinquennat, le gouvernement a inscrit, dans la loi d'orientation des mobilités du 24 décembre 2019, un financement du projet de ligne à grande vitesse du sud-ouest (GPSO) à parité entre l'Etat et les collectivités, ce qui représente un engagement de l'Etat de 4,1 milliards d'euros (hors branche qui dessert Dax et qui sera intégrée dans la prochaine loi de programmation). Je vous confirme cet engagement et vous précise qu'une contribution de l'Union européenne sera recherchée à hauteur de 20% du coût total du projet. Ce projet de GPSO est aujourd’hui le plus avancé de tous les projets de ligne ferroviaire à grande vitesse en France, car il a été déclaré d’utilité publique en 2016." Le Premier ministre a également annoncé que l'enquête publique concernant la section Montpellier-Béziers de la future LGV Montpellier-Perpignan commencera avant la fin de l'été 2021, pour une déclaration d’utilité publique en 2022.

Réponse à la colère des élus d’Occitanie

Ce courrier est une réponse au courrier des deux élus occitans, en colère, qui avaient pris leur plume en apprenant l’accord sur la ligne nouvelle Provence-Côte d’Azur (LNPCA) reliant Marseille, Toulon, Nice et la Côte d’Azur. "Nous avons appris avec un grand étonnement qu’un accord avait été trouvé entre l’Etat et les collectivités concernées pour le financement, à hauteur de 3,5 milliards d’euros, de la Ligne nouvelle Provence-Côte d’Azur (LNPCA) alors même que le Grand projet ferroviaire du Sud-Ouest (GPSO), beaucoup plus avancé, n’est toujours pas accompagné d’un financement officiel de l’Etat. Cette disparité n’est pas admissible alors que cette ligne est inscrite comme prioritaire dans la loi d’orientation des mobilités et déclarée d’utilité publique depuis 2016.Toulouse Métropole et la Région Occitanie ont même participé au financement de la ligne Tours-Bordeaux (ligne Sud-Atlantique Europe), avec l’engagement de tous les partenaires, dont l’Etat, de poursuivre le projet jusqu’à Toulouse. Il ne manque aujourd’hui plus que l’engagement de l’Etat pour démarrer le projet."

L’Europe devrait financer 20 % du projet

Le financement de cette nouvelle ligne à grande vitesse devrait être réparti à 40% pour l’Etat, 40% pour les collectivités et 20% pour l’Europe, sur un montant total proche de 8 milliards d’euros. Les travaux devraient débuter en 2024 pour une mise en service en 2030. Toulouse sera alors à 3h10 de Paris, soit un gain d’environ une heure. C’est une bonne nouvelle pour les défenseurs de ce projet dont on parle depuis trois décennies. En 2004, le maire de Toulouse, Philippe Douste-Blazy évoquait même une mise en service en 2015…

Récemment, il a subi plusieurs revirements. Le 1er juillet 2017, à l’occasion de l’inauguration de la ligne à grande vitesse entre Tours et Bordeaux, le ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, avait quelque peu douché les espoirs des élus de la région sur sa prolongation jusqu’à Toulouse en affirmant qu’il ne fallait pas "confondre vitesse et précipitation", même si l’Etat allait faire appel de la décision du tribunal administratif de Bordeaux qui venait d’annuler la déclaration d'utilité publique (DUP) d'un tronçon, situé au sud de la capitale de la Nouvelle Aquitaine. Le même jour, à l’occasion de l’inauguration de la LGV  Paris-Rennes, le Président de la République Emmanuel Macron avait enfoncé le clou. "Améliorer les transports du quotidien et […] faire une pause sur les nouveaux grands projets. Il fallait sortir de cette dérive des projets non financés. Notre pays en a souffert."

De 2037 à 2030

En septembre 2018, le gouvernement - qui s’était basé sur le rapport du Comité d’orientation des infrastructures, présidé par l’ancien député socialiste Philippe Duron - n’avait certes pas abandonné le projet, mais l’avait repoussé aux calendes grecques (autour de 2037), en privilégiant les nœuds ferroviaires de ces grandes agglomérations. La Loi d’orientation des mobilités (LOM) avait effectivement mis l’accent sur la priorité aux transports du quotidien, mais elle avait tout de même permis au projet de LGV Bordeaux-Toulouse d’avancer. Si les élus d’Occitanie sont rassurés par l’engagement du Premier ministre, ils seront vigilants sur le bon respect du calendrier et attendent la signature d’un accord formalisé entre l’Etat et les collectivités. Chat échaudé craint l’eau froide...

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
Trouvez des produits et des fournisseurs