L’électrique arrive sur les chantiers. L’entreprise Mecalac, basée à Annecy (Haute-Savoie) et spécialisée dans les engins de travaux urbains, a dévoilé début avril son premier camion de chantier (aussi appelé dumper) entièrement électrique. Il vient enrichir la gamme zéro émission du groupe familial, créé en 1974, qui compte déjà une chargeuse et une pelleteuse, commercialisées depuis un an. «Au-delà de l’avantage environnemental, les clients apprécient particulièrement la réduction du bruit, autant pour les conducteurs que les travailleurs ou les riverains du chantier», assure Alexandre Marchetta, président de l’entreprise haut-savoyarde de 1 200 salariés (dont plus d’un tiers en France) et 350 millions d’euros de chiffres d’affaires en 2023.
Cette stratégie d’électrification, commune à l’ensemble de l’industrie, a nécessité près de cinq ans et plusieurs millions d’euros en recherche et développement. Il faut dire que Mecalac s’est donné un cahier des charges très contraignant, en ne souhaitant faire aucun compromis sur la performance, la compacité et l’autonomie.
Mecalac La gamme électrique des engins de chantier de Mecalac a nécessité la refonte de toutes les lignes de production.©Mecalac
«Nous sommes les premiers à permettre de réaliser une vraie journée de travail de 8 heures sans besoin de recharger nos engins», explique Benoît Fénéon, son responsable marketing produit, devant une pelleteuse électrique qui ressemble en tout point à sa cousine thermique, à l’exception de ses deux batteries lithium-ion à l’arrière, fournies par le fabricant suédois Northvolt. «D’un point de vue industriel, ce changement est énorme. Il ne s’agit pas juste de remplacer un moteur diesel par un équivalent électrique et une batterie», précise Alexandre Marchetta. Outre ses composants, Mecalac a dû revoir en profondeur ses lignes de production.
Kévin Deniau Les engins de chantier zéro émission de Mecalac permettent d'économiser du CO2 mais répondent également à la limitation des nuisances sonores. © K. Deniau
Surcoût à l’achat
A Annecy, un nouveau bâtiment répondant aux normes de fabrication de machines haut voltage a ainsi vu le jour, afin d’assembler l’intégralité des modèles électriques, à partir des architectures de base produites sur les différents sites industriels du groupe (Angleterre pour les dumpers, Allemagne pour les chargeuses et France pour les pelleteuses). Au sein de ce Tech Center, véritable centre d’innovation de Mecalac, sortent pour l’heure une petite cinquantaine d’engins électriques par an - le groupe en produit environ 5 000 globalement en motorisation thermique.
«Nous devons disposer de solutions électriques, c’est une certitude. La question concerne plutôt la rapidité d’accroissement du marché», révèle Alexandre Marchetta, qui envisage déjà le développement d’autres modèles zéro émission, sans fixer d’objectifs commerciaux chiffrés.
Kévin Deniau Le nouveau camion de chantier zéro émission de Mecalac affiche une autonomie de 8 heures. © K. Deniau
Le prix représente, pour l’heure, un des enjeux majeurs. Un engin électrique coûte deux fois plus cher à l’achat que son équivalent thermique. Même si, selon les calculs de Mecalac, le coût d’exploitation tend à s’équilibrer sur cinq ans, la durée moyenne d’utilisation de ces machines, compte tenu du suramortissement et des dépenses énergétiques et en entretien moindres.
«La valorisation de l’aspect zéro émission d’un chantier par les donneurs d’ordre lors des appels d’offres sera indéniablement un élément déclencheur», plaide Alexandre Marchetta, ancien président du syndicat européen des matériels de construction (CECE). Un réflexe déjà installé en Scandinavie, souligne-t-il.



