Eiffage et cette école d'ingénieurs pensent à la coquille Saint-Jacques pour décarboner les routes

Eiffage Route et l’école d’ingénieurs Builders ont élaboré un liant hydraulique routier incorporant, en plus du ciment et du laitier de hauts-fourneaux, de la poudre de coquilles Saint-Jacques.

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Projet Libarot - Builders Eiffage
Un chantier test a eu lieu en mars dernier, à Monthyon (Seine-et-Marne).

Demain, vous pourrez peut-être rouler… sur des coquilles Saint-Jacques. Ou, plus précisément, sur un liant hydraulique routier intégrant de la poudre de coquilles (à hauteur de 40%), du laitier de hauts-fourneaux (40%) et du ciment CEM II (20%). Objectif : parvenir à un produit dont l'impact carbone est estimé à 200 kg de CO2 par tonne produite, contre de 400 à 600 kg pour un liant hydraulique classique, et de 748 kg par tonne pour un ciment de base (appelé Portland ou CEM I).

«Ce produit nous a permis de valoriser un matériau que nous n’avions jamais valorisé jusqu’ici», se réjouit Julien Waligora, le responsable technique économie circulaire d’Eiffage Route, la filiale du groupe Eiffage spécialisée dans les structures de chaussées et l’aménagement urbain. Pour l’occasion, elle s’est associée à l’école d’ingénieurs Builders, spécialisée dans le BTP, qui a notamment développé et breveté des pavés drainants ainsi que des chaussées drainantes avec des coproduits coquilliers. L’école travaille sur le sujet depuis 2010.

Pilotée par les deux entités dans le cadre d’un projet de recherche baptisé Libarot (liant bas-carbone pour l'infrastructure routière), qui court de janvier 2023 à juin 2025, la conception de ce matériau original s’est concrétisée par un chantier test. En mars 2025, 10 tonnes de liant ont été recouvertes de deux couches d’enrobés bitumineux dans une usine d’Eiffage située à Monthyon (Seine-et-Marne). Présentant des performances mécaniques identiques à celles obtenues avec un liant conventionnel, la chaussée a pu supporter le passage des poids lourds qui rallient le site industriel.

Une usine de retraitement des coquilles en cours de création

Encore fallait-il s’approvisionner en coquilles. Eiffage est entré au capital de l’entreprise CSBT-Environnement, qui projette de construire, à l’horizon 2026, une usine dédiée au broyage des coquilles Saint-Jacques à Saint-Martin-des-Entrées (Calvados), permettant de retraiter 30000 tonnes de déchets à l’année. En attendant, cette entreprise récupère déjà les déchets de coquilles, les lave, retire la matière organique, et les broie dans une granulométrie à 100 microns, voire moins (jusqu’à 10 microns) en fonction des applications.

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«La coquille est un très pur en carbonate de calcium. Cette pureté en fait potentiellement un très bon matériau pour les liants hydrauliques, et pour les additions minérales calcaires dans le béton, habituellement issues de carrières. On peut obtenir de meilleures performances mécaniques tout en valorisant un déchet en circuit court», se réjouit Julien Waligora. Pour autant, pas question d’imaginer un liant entièrement à base de déchets ou de coproduits, puisqu’une source de calcium permet d’activer chimiquement le laitier de hauts-fourneaux et la poudre de coquilles Saint-Jacques. Ce que permet le ciment.

De précédents liants hydrauliques à empreinte carbone réduite

Financé avec l’aide de l’Ademe, de la région Normandie et de la région Ile-de-France, le projet Libarot se poursuivra, après la phase de R&D, par l’analyse du cycle de vie du matériau dans ses différentes applications, qu’il s’agit béton de route pour les glissières de sécurité et les bordures), ou bien de stabilisation des couches de fondation routière. «Les matériaux routiers peuvent proposer davantage d’alternatives, de variantes techniques et environnementales que le domaine classique des bétons de génie civil», ajoute Julien Waligora.

Eiffage Route n’en est pas à son premier liant hydraulique routier alternatif, pusiqu’elle commercialise depuis 2004 un produit à base d’un mélange de laitiers sidérurgiques broyés et sans clinker, baptisé Sidmix, qui revendique 77 kg de CO2 par tonne produite. De 25000 à 30000 tonnes par an en sont commercialisées par une de ses filiales. En 2020-2021, à Gardanne (Bouches-du-Rhône), un liant hydraulique routier à base de cendres de biomasse (160 kg CO2/tonne), sans clinker également, a pour sa part été développé et breveté partenariat avec la société Surschiste, spécialisée dans les matériaux du bâtiment.

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