L'Usine Nouvelle. - EDF milite pour une électrification plus intense de l’industrie. Est-ce pour assurer un débouché à l’électricité nucléaire ?
Comme les experts du Giec et l’Agence internationale de l’énergie, nous pensons que la décarbonation de nos économies passera par moins de dépenses d’énergie et par deux fois plus d’électricité, pour peu qu’elle soit produite par les renouvelables ou le nucléaire. C’est ce futur désirable qui inspire notre raison d’être, inscrite dans nos statuts : "Construire un avenir énergétique neutre en CO2 conciliant préservation de la planète, bien-être et développement grâce à l’électricité et à des solutions et services innovants." À partir de cette raison d’être, nous nous sommes fixé comme objectif d’être neutres en CO2 en 2050 sur l’ensemble de nos émissions, celles qui nous sont propres, que nous souhaitons diviser par deux d’ici à 2030, mais aussi celles que nous induisons chez nos clients.
L’essentiel des émissions, pour un groupe comme EDF, sont chez nos clients, qui se logent, qui consomment, qui produisent, notamment à l’international. Nous avons un programme stratégique fait de 25 chantiers, dont quatre sur cinq concourent directement à cet objectif de neutralité carbone. L’un d’eux porte sur la décarbonation des processus de production. Il vise à proposer à nos clients industriels des solutions à base d’hydrogène décarboné ou de pompe à chaleur industrielle. Nous voulons devenir le partenaire de leur neutralité carbone pour les aider à réduire leur dépendance aux fossiles et à ne plus émettre de CO2. Notre trajectoire, qui respecte celle d’un réchauffement à 1,5 °C, est en cours de labellisation auprès du programme Science based targets.
Quelle est la stratégie d’EDF en matière d’hydrogène ?

- 2.2337+2.05
3 Avril 2026
Gazole France TTC€/litre
- 1.2539+3.07
3 Avril 2026
Gazole France HTT€/litre
- 58.7+6.53
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
Notre stratégie vise en particulier à décarboner deux usages particulièrement émetteurs, la mobilité lourde et l’industrie. Pour cela, nous avons lancé Hynamics, une start-up qui produit et commercialise de l’hydrogène décarboné, soit à base de renouvelables soit à base de l’électricité du réseau, avec une première référence à Dijon. Nous sommes également entrés au capital de McPhy, un fabricant d’électrolyseurs, qui vient d’être sélectionné pour construire la plus grande unité de production d’hydrogène zéro carbone en Europe, au profit de Nouryon et Gasunie, deux groupes industriels de renommée mondiale.
Les concurrents internationaux d’EDF multiplient les annonces concernant les SMR (petits réacteurs modulaires). Où en est la France ?
Nous menons actuellement un projet, baptisé Nuward, qui est issu de plusieurs années de recherche menée par la R & D d’EDF en partenariat avec le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives, Naval Group et TechnicAtome. Nous en sommes à un stade pré-industriel, qui doit nous permettre de répondre aux attentes du marché lorsqu’elles s’exprimeront. Le SMR est un objet séduisant, mais qui doit encore rencontrer son marché. Notre premier objectif industriel sera de nous engager, avec l’accord de l’État, dans la construction d’un démonstrateur en France.
Le plan Excell de sauvetage de la filière nucléaire française, lancé par EDF en décembre dernier, est-il en bonne voie ?
Ce plan de remise en état d’excellence de la filière nucléaire est plus que jamais d’actualité. Alain Tranzer, qui vient de la filière automobile, nous a rejoints et a déjà pris ses responsabilités. Les travaux sont aujourd’hui lancés à marche forcée, avec un important programme de remise à niveau, y compris des compétences, qui conduira EDF à investir 100 millions d’euros sur deux ans. L’enjeu est considérable. Il s’agit de mettre le gouvernement en situation de décider, le moment venu, du lancement d’un nouveau programme d’EPR, dont nous pensons qu’il est nécessaire à l’atteinte des objectifs de neutralité carbone de notre pays.
Pourquoi la réorganisation du groupe EDF est-elle si liée à une réforme de la régulation Arenh de vente du nucléaire ?
La France a une programmation pluriannuelle de l’énergie extrêmement ambitieuse. Elle suppose de réaliser beaucoup d’investissements pour transformer tout le système de production d’électricité, mais aussi tout le système énergétique, car il s’agit de se désintoxiquer des fossiles. EDF est un grand investisseur et a un rôle majeur à jouer. Or avec l’Arenh [dispositif qui oblige EDF à vendre jusqu’à 100 térawattheures de nucléaire par an, au tarif de 42 euros le mégawattheure, aux fournisseurs alternatifs qui le demandent, ndlr], EDF souffre depuis dix ans d’une régulation déséquilibrée. Nous ne sommes pas payés au juste prix pour l’électricité nucléaire que nous produisons. Ce n’est pas en étant affaiblis que nous pourrons jouer vraiment notre rôle dans la transition énergétique et investir, notamment dans la prolongation de notre parc nucléaire – qui est l’un des meilleurs investissements que l’on puisse faire au service de la neutralité carbone –, dans l’hydrogène décarboné, dans le stockage et dans la R & D sur les renouvelables. S’agissant de l’organisation de notre entreprise, elle peut évoluer si cela nous permet d’investir plus massivement pour doubler nos capacités renouvelables et pour accompagner nos clients dans la décarbonation de leurs usages. Mais encore une fois, le problème essentiel d’EDF, aujourd’hui, c’est celui de la régulation qui pèse sur notre principale source de revenus.
Un juge a reconnu le Covid-19 comme une force majeure dans un contrat de vente d’électricité nucléaire avec Total. Craignez-vous d’autres procédures ?
Nous faisons appel pour obtenir un jugement sur le fond. Mais il s’agit là d’un épisode qui montre encore une fois le déséquilibre du mécanisme de l’Arenh. Il est devenu une machine à socialiser les pertes des grands acteurs privés aux dépens d’EDF et, in fine, de la collectivité. Ce n’est pas acceptable et c’est pourquoi nous souhaitons une réforme du système. La décision de justice fera-t-elle boule de neige ? Seule une minorité de fournisseurs a voulu faire jouer la force majeure. Beaucoup ne l’ont pas fait car EDF a fait le maximum pour être solidaire dans cette crise. Nous avons débloqué 16 millions d’euros de notre trésorerie afin qu’ils puissent décaler le paiement des quantités d’Arenh qu’ils ont achetées. Nous avons su nous montrer solidaires, y compris avec nos concurrents, mais nous ne pouvons pas jouer le rôle d’assureur en dernier ressort de tout le système.



